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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300013

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300013

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300013
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantLEPEUC MARIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 3 janvier 2023 et le 15 mars 2023, M. A B, représenté par Me Marie Lepeuc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois suivant le jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois suivant le jugement à intervenir ;

4°) à titre infiniment subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de ne pas mettre à exécution la mesure d'éloignement qu'il a prise à son encontre ;

5°) en tout état de cause, d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un récépissé constatant le dépôt d'une demande de titre de séjour avec autorisation de travail dans le délai de sept jours à compter du jugement à intervenir ;

6°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Lepeuc, en application des dispositions combinées des articles 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ladite condamnation valant renonciation de Me Lepeuc au versement de l'aide juridictionnelle.

M. B soutient que :

La décision portant refus de séjour :

- est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été préalablement saisie ;

- est entachée d'une erreur de droit et d'une méconnaissance des dispositions de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant fixation du pays de destination :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 décembre 2022.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Lepeuc, pour M. B.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

Vu la pièce en délibéré, enregistrée le 22 mai 2023, présentée pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 3 décembre 1987, déclare être entré en France le 20 octobre 2018 muni de son passeport en cours de validité, revêtu d'un visa touristique. Le 14 mars 2022, il a sollicité son admission au séjour en qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 20 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit ; () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () ".

3. Aux termes de l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen : " 1. Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties Contractantes sont tenus de se déclarer, dans les conditions fixées par chaque Partie Contractante, aux autorités compétentes de la Partie Contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent. Cette déclaration peut être souscrite au choix de chaque Partie Contractante, soit à l'entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l'entrée, à l'intérieur du territoire de la Partie Contractante sur lequel ils pénètrent. / 2. Les étrangers résidant sur le territoire de l'une des Parties Contractantes et qui se rendent sur le territoire d'une autre Partie Contractante sont astreints à l'obligation de déclaration visée au paragraphe 1. () ".

4. Aux termes de l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les dispositions de l'article L. 621-2 lorsqu'il est entré ou a séjourné sur le territoire français sans se conformer aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20, et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21, de cette convention, relatifs aux conditions de circulation des étrangers sur les territoires des parties contractantes, ou sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité. ". La souscription de la déclaration prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen et dont l'obligation figure à l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est une condition de la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à cette convention qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a obtenu un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires espagnoles au moyen duquel il est entré en Espagne, le 19 octobre 2018, puis déclare être entré en France, le 20 octobre 2018, sans toutefois avoir souscrit la déclaration prévue à l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen, qui constitue une condition de la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à cette convention l'ayant admis à entrer ou à séjourner sur son territoire. Dans ces conditions, son entrée en France est irrégulière, ainsi que l'a relevé à bon droit l'administration. Dès lors, et pour ce seul motif, le préfet de la Seine-Maritime pouvait légalement refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour " conjoint de Français " sur le fondement de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien susvisé. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de droit et d'une méconnaissance des dispositions de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ".

7. M. B soutient que le fait d'être en situation irrégulière ne peut l'empêcher d'être régularisé par l'administration, qu'il a fixé le centre de ses intérêts familiaux en France, qu'il est marié avec Mme C depuis le 9 octobre 2021, que cette dernière est enceinte et qu'il dispose d'une promesse d'embauche permettant de considérer qu'il dispose de perspectives d'intégration. Toutefois, il ressort de ce qui a été dit précédemment que M. B est entré irrégulièrement en France en octobre 2018 et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français. De plus, s'il ressort des pièces du dossier qu'il est marié avec Mme C et qu'une communauté de vie est établie depuis le 15 juin 2021, il est également constant qu'il n'est marié que depuis un an à la date de la décision attaquée et que la communauté de vie est récente. En outre, M. B ne justifie d'aucune activité professionnelle actuelle ou passée ni d'aucune formation qualifiante et il s'est borné à produire une promesse d'embauche en qualité de " livreur " et " organisateur des tournées ". Aucun autre élément du dossier ne permet d'établir l'existence d'une insertion sociale en France. Enfin, la circonstance que son épouse soit enceinte ne permet pas davantage de démontrer qu'en adoptant la décision litigieuse, le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant d'adopter la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : /1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".

10. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou par les stipulations équivalentes prévues par l'accord franco-algérien, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Ainsi qu'il a été dit, M. B ne remplissant pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour de plein droit, le préfet n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de statuer sur sa demande.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5 et 7, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, la décision vise l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont le préfet de la Seine-Maritime a fait application. L'autorité préfectorale, qui n'avait pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, y mentionne, notamment sa situation administrative, sa situation personnelle et sa situation professionnelle. La décision est ainsi, en tout état de cause, suffisamment motivée en droit et en fait.

13. En deuxième lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette illégalité entraînerait celle de la décision portant obligation de quitter le territoire.

14. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5 et 7, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la décision portant fixation du pays de destination :

16. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise notamment l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et énonce que l'intéressé n'établit pas être exposé à la torture ou à des traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée.

17. En second lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette illégalité entraînerait celle de la décision fixant le pays de destination.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction de délivrance d'un certificat de résidence ou de récépissé de demande de titre de séjour ou à fin de réexamen de sa situation sous astreinte et celles présentées au titre des frais liés à l'instance. Si M. B a fait valoir qu'il allait devenir père d'un enfant français à la fin de mois de mai 2023 et a d'ailleurs fait préciser lors de l'audience que la naissance était prévue le 20 mai 2023 , cette circonstance, si elle est de nature à faire obstacle, en application du 5° de l'article L 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la mise à exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français à la condition que M. B établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de cet enfant, ne permet, en tout état de cause, pas d'enjoindre au préfet de ne pas mettre à exécution sa décision portant obligation de quitter le territoire français, le présent jugement, qui rejette les conclusions de M. B aux fins d'annulation, n'impliquant aucune mesure nécessaire d'exécution.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Marie Lepeuc et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Anne Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller,

Assistés de M. Tostivint greffier .

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.

La présidente- rapporteure,

A. D

L'assesseur le plus ancien,

C. BOUVETLe greffier,

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300013

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