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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300049

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300049

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300049
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantLEROY Magali

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 4 janvier 2023 et le 30 avril 2023, M. D C, représenté par Me Leroy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de ce jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de ce jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît le droit à une bonne administration et le droit d'être entendu, tirés de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît le droit à une bonne administration et le droit d'être entendu, tirés de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- est entachée d'erreur de droit, dès lors qu'il remplissait les conditions pour se voir délivrer, de plein droit, un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 23 novembre 2022 par laquelle M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- l'ordonnance du 4 mai 2023 fixant la clôture de l'instruction au 17 mai 2023 à 12h ;

- les autres pièces du dossier, notamment celles produites par M. B, enregistrées le 17 mai 2023.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- et les observations de Me Leroy, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Le requérant déclare être entré en France le 4 février 2020. Ayant alors été regardé comme étant âgé de seize ans, il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance le 24 février 2020. Le 28 avril 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 27 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "

3. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. " Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. "

4. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

5. D'une part, le préfet de la Seine-Maritime a considéré, au regard en particulier des rapports émis par les services de la direction interdépartementale de la police aux frontières (PAF) du Havre le 3 mai 2022, que la copie intégrale et l'extrait du registre des actes de l'état civil n° 348 de la commune de Yassap, concernant M. D C, né le 7 août 2003 à Yassap, ne pouvaient pas être regardés comme étant authentiques et que, dès lors, l'intéressé ne justifiait pas avoir été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans. Cependant, les services de la PAF se sont borné à émettre un " avis défavorable " s'agissant de l'extrait du registre des actes de l'état civil, eu égard à l'alignement des mentions pré-imprimées, alors au demeurant que le même document avait fait l'objet d'un avis favorable des mêmes services, le 25 janvier 2021, qui l'avaient considéré comme présentant les caractéristiques et sécurités d'un document authentique. Si les services de la PAF ont considéré que la copie intégrale du registre des actes de l'état civil était falsifié en raison de la présence de traces de grattage, il ressort des pièces du dossier et de l'examen de ce document en particulier que les traces visées par l'expertise documentaire ne concernent, à l'exception de la mention pré-imprimée " est né ", que des mentions variables relatives aux parents de l'intéressé ou aux conditions de déclaration de la naissance. Par ailleurs, il ressort du jugement de placement du requérant en date du 20 mars 2020 que le tribunal pour enfants de A avait, à l'époque, relevé l'existence d'un faisceau d'indices cohérents avec l'état civil dont il se prévalait, au regard notamment du récit relatif à son parcours migratoire. Dès lors, l'autorité administrative, qui se borne à se prévaloir des conclusions de ces analyses documentaires, n'apporte pas d'éléments suffisamment probants susceptibles de faire regarder les documents d'état civil du requérant comme irréguliers, falsifiés ou comme faisant état de faits ne correspondant pas à la réalité, s'agissant en particulier de sa date de naissance. Par suite, il doit être tenu pour établi que M. B a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B a été inscrit au centre de formation des apprentis interconsulaire de l'Eure à compter du 14 septembre 2020, pour la préparation d'un certificat d'aptitude professionnelle " boulanger ", formation dans le cadre de laquelle il a conclu un contrat d'apprentissage avec la société NetJ Boulangerie. Il justifie de résultats corrects et d'appréciations très positives de ses enseignants quant à son sérieux et son implication dans cette formation, qui ont d'ailleurs conduit à l'obtention de ce diplôme au mois de juillet 2022. La note sociale établie par sa structure d'accueil le 15 avril 2021 fait état de son autonomie matérielle et de son sérieux dans la poursuite de sa formation, dans la perspective de son insertion professionnelle. S'il n'est pas contesté que M. B entretenait, à tout le moins jusqu'au moins d'août 2020, des relations avec sa mère restée dans son pays d'origine, cette seule circonstance, eu égard à ce qui précède, n'est pas de nature à justifier que soit refusée la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, en ayant refusé à M. B la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision, contenue dans l'arrêté du 27 septembre 2022, par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour et, par voie de conséquence, des décisions, contenues dans le même arrêté, portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'annulation de l'arrêté attaqué, eu égard aux motifs qui la fondent, implique nécessairement que le préfet territorialement compétent délivre à M. B une carte de séjour temporaire, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Leroy, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Leroy de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 27 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Leroy la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Leroy renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Magali Leroy et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

Le rapporteur,

Signé

A. LE VAILLANT

Le président,

Signé

P. MINNELe greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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