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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300130

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300130

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300130
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 janvier 2023, Mme A B, représentée par Me Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui accorder un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Mary et Inquimbert en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

le refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivé ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour sur lequel elle se fonde ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

la décision fixant le pays de renvoi :

- est insuffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale, la décision portant obligation de quitter le territoire français étant illégale ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2023, le préfet de Seine-Maritime conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 décembre 2022.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, entendu :

- le rapport de Mme Boyer, présidente-rapporteure ;

- et les observations de Me Inquimbert, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, née le 23 mars 1961, de nationalité congolaise est entrée en France sous couvert d'un visa court séjour délivré par les autorités belges le 2 mars 2020. Le 14 avril 2022, Mme B, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté contesté du 19 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer le titre sollicité, a obligé Mme B à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les dispositions de l'article L. 423-23

du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a été fait application à Mme B. Il mentionne également les considérations de fait, propres à cette dernière, qui constituent le fondement de la décision portant refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des

étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Mme B fait valoir qu'elle vit en France depuis 2020 où résident son fils, titulaire du statut de réfugié, ainsi que ses petits-enfants, et arrière-petits-enfants. Toutefois, la requérante est entrée en France en 2020 accompagnée de son époux et a obtenu un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale pour accompagner son époux auquel un titre de séjour étranger malade avait été délivré et n'avait ainsi pas vocation à y demeurer. La requérante en se bornant à produire des photographies et des attestations peu circonstanciées, n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle entretiendrait des liens étroits et réguliers avec son fils majeur, ses petits-enfants et arrière-petits-enfants. Il ne ressort en outre d'aucune pièce du dossier et cela n'est d'ailleurs pas allégué que de tels liens auraient été noués antérieurement à son entrée en France, en 2020. En outre, il est constant que la requérante réside sur le territoire français avec son époux, compatriote en situation irrégulière qui fait également l'objet d'une mesure d'éloignement. Par ailleurs, si la requérante établit avoir occupé un poste d'agent de service au sein de la société GNT Services, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps partiel, à compter du 3 novembre 2021, qu'elle a au demeurant quitté le 30 avril 2022 et avoir conclu un contrat à durée déterminée à temps partiel du 5 juillet 2022 au 31 août 2022, renouvelable deux fois pour des périodes ne pouvant pas excéder une durée de dix-huit mois, elle ne justifie toutefois pas d'une insertion professionnelle stable sur le territoire français en raison du caractère récent de sa situation d'emploi et de l'incertitude pesant sur sa pérennité, aucun bulletin de salaire n'étant au demeurant produit à compter de novembre 2022. Enfin, elle ne justifie pas qu'elle serait dépourvue de toute attache en République démocratique du Congo où elle a résidé plus de 50 ans. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu son droit au respect à une vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

5.En troisième lieu, pour les motifs exposés au point 4 et dès lors qu'elle ne se prévaut d'aucun autre élément, Mme B ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

6. En dernier lieu, pour les motifs exposés aux points 4 et 5, le préfet de la Seine-Maritime

n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 19 octobre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () " et aux termes de l'article L. 613 1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611 1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

9.La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français de Mme B a été prise concomitamment à celle refusant de lui délivrer un titre de séjour. Cette dernière étant, ainsi qu'il a été dit au point 2 du présent jugement, suffisamment motivée, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire.

11. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 4 et 6, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante, doivent être écartés.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 19 octobre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime l'a obligée à quitter le territoire français.

Sur la décision portant fixation du pays de destination :

13. En premier lieu, l'acte attaqué est suffisamment motivé dès lors que le préfet énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il s'est fondé pour le prononcer.

14. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 12 que Mme B ne peut se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la mesure d'éloignement pour demander l'annulation de la décision contestée.

15. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché la décision contestée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

16. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 19 octobre 2022 du préfet de la Seine-Maritime. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

La présidente-rapporteure,

C. BOYER L'assesseur le plus ancien,

S. GUIRAL

Le greffier,

J.-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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