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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300192

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300192

lundi 23 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300192
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantALLIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 janvier 2023, et un mémoire en production de pièces enregistré le 19 janvier 2023, M. B C, représenté par Me Allix, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant la durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2023 ordonnant son assignation à résidence ;

4°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La décision de refus d'un délai de départ volontaire :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de destination :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- est illégale par exception de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La décision portant assignation à résidence :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 731-1 et L 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu la décision du président du tribunal désignant Mme F comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 19 janvier 2023, ont été entendus le rapport de Mme F, et les observations de Me Allix, qui persiste dans ses conclusions et moyens, le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité égyptienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant la durée d'un an et l'arrêté du 16 janvier 2023 ordonnant son assignation à résidence.

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence, d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par arrêté n° 22-072 du 28 décembre 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 29 décembre 2022, le préfet de la

Seine-Maritime a donné délégation à Mme A E, en qualité d'adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement, signataire de la décision contestée, à l'effet de signer la décision contestée, en cas d'absence ou d'empêchement simultané du directeur de l'intégration et des migrations, de la directrice adjointe et de la cheffe du bureau de l'éloignement. Rien n'établit que le directeur, la directrice adjointe et de la cheffe du bureau n'étaient pas simultanément absents ou empêchés. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C a été entendu le 16 janvier 2023 par les services de police et mis à même de faire valoir ses observations sur la régularité de son séjour en France, sa situation personnelle et des éventuelles décisions d'éloignement, d'interdiction de retour sur le territoire français et d'assignation à résidence. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision qu'il conteste a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu.

5. En deuxième lieu, si M. C soutient être entré sous couvert d'un visa délivré par la République Tchèque, il ne conteste pas ne pas avoir procédé à la déclaration d'entrée prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen. Il n'est donc pas entré régulièrement en France. Il pouvait donc faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit donc être écarté.

6. En dernier lieu, si M. C soutient résider en France depuis février 2012, il n'apporte aucune pièce démontrant sa résidence habituelle sur le territoire avant 2018. Il est entré irrégulièrement en France et s'y est maintenu sans solliciter la régularisation de sa situation. S'il soutient que son épouse, enceinte, réside avec lui, elle est elle-même en situation irrégulière. M. C a travaillé de manière irrégulière et est dépourvu de tout contrat actuellement. Il n'est pas dépourvu de toute attache en Égypte où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 28 ans et où n'établit pas encourir de risques de traitements inhumains ou dégradants. Dès lors, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas, en l'obligeant à quitter le territoire français, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de la décision, de la méconnaissance du droit à être entendu, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les motifs exposés aux points 3, 4 et 6.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

9. M. C est entré irrégulièrement en France et s'y est maintenu, pendant près de dix ans selon lui, sans demander la régularisation de sa situation. Il présente donc un risque de soustraction à la mesure d'éloignement en litige et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 8 doit, dès lors, être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de la décision, de la méconnaissance du droit à être entendu, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les motifs exposés aux points 3, 4 et 6.

11. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 6 que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. C n'est pas entachée d'illégalité. Il n'est donc pas fondé à soutenir que la décision contestée est dépourvue de base légale.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de la décision, de la méconnaissance du droit à être entendu, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les motifs exposés aux points 3, 4 et 6.

13. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 9 que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. "

15. La situation de M. C, qui ne travaille pas légalement et dont l'épouse est en situation irrégulière, qui est entré en France irrégulièrement et s'y est maintenu de nombreuses années sans tenter de régulariser sa situation, n'établit pas de circonstances humanitaires faisant obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant la durée d'un an. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

Sur la légalité de la décision portant assignation à résidence :

16. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de la décision, de la méconnaissance du droit à être entendu et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les motifs exposés aux points 3, 4 et 6.

17. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 6 que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. C n'est pas entachée d'illégalité. Il n'est donc pas fondé à soutenir que la décision contestée est dépourvue de base légale.

18. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () " et aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ".

19. M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et pouvait donc faire l'objet d'une assignation à résidence même s'il possède un document de voyage en cours de validité. Les moyens tirés de la méconnaissance des articles cités au point 18 doivent donc être écartés.

20. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est fondé à demander l'annulation ni de l'arrêté du 16 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant la durée d'un an, ni de l'arrêté du 16 janvier 2023 ordonnant son assignation à résidence. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte et au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : M. C est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Allix et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2023.

La magistrate désignée,

Signé :

H. FLa greffière,

Signé :

M. D

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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