lundi 30 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2300195 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 janvier 2023, M. F E, représenté par Me Mary, demande au tribunal :
1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert aux autorités autrichiennes ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de prendre en charge sa demande d'asile sans délai, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
M. E soutient que :
- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;
- l'acte attaqué méconnait les articles 9 et 29 du règlement 603/2013/UE du 26 juin 2013 ainsi le point 21 de son préambule ;
- il n'est pas établi qu'il a bien pu bénéficier d'un entretien individuel et confidentiel avec un agent spécialement qualifié, conformément à l'article 5 du règlement 604/2013/UE ;
- il n'est pas établi qu'il a bien pu bénéficier de l'information prévue à l'article 4 du règlement 604/2013/UE ;
- l'administration ne justifie pas que les autorités autrichiennes aient été saisies d'une demande de transfert, ne justifie pas de leur réponse ni de ce qu'elles ne le renverront pas en Afghanistan ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3-2 du règlement n° 604/2013/UE, l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et l'article 3 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet aurait dû faire usage de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement n° 604/2013/UE en raison, d'une part, de la présence en France de son neveu, qui bénéficie de la protection subsidiaire, et, d'autre part, de la circonstance que l'Autriche renvoie les ressortissants afghans dans leur pays d'origine après le rejet de leur demande d'asile ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête comme infondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement du Parlement européen et du Conseil n° 603/2013 du 26 juin 2013 ;
- le règlement du Parlement européen et du Conseil n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Leduc, premier conseiller, pour statuer en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C ;
- les observations de Me Mary représentant M. E, assisté de M. A, interprète, qui reprend et développe les moyens de la requête. M. E s'est personnellement exprimé au cours de l'audience.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue, en application des dispositions de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. F G, ressortissant afghan né le 5 mai 1990, a saisi le préfet de la Seine-Maritime d'une demande d'asile le 30 novembre 2022. L'administration a constaté qu'il avait été enregistré en qualité de demandeur d'asile sur le territoire autrichien le 30 juillet 2022, et après avoir été sollicitées à cette fin le 8 décembre 2022, les autorités autrichiennes ont reconnu leur responsabilité par un accord implicite intervenu le 23 décembre 2022. Par un arrêté du 5 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime a ordonné le transfert de M. E aux autorités autrichiennes.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, de prononcer l'admission provisoire de M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, par arrêté n°22-052 du 29 août 2022, régulièrement publié, Mme D B a reçu délégation du préfet de la Seine-Maritime à l'effet de signer l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, le point 21 de l'exposé des motifs du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 prévoit qu'il convient que les résultats positifs obtenus dans Eurodac soient vérifiés par un expert en empreintes digitales, qui ait reçu une formation, de manière à garantir la détermination exacte de la responsabilité au titre du règlement (UE) n°604/2013. Selon l'article 2 de ce règlement, cette vérification constitue pour les Etats membres une obligation. Toutefois, cette obligation a pour seul objet de garantir la fiabilité des résultats de la comparaison, de sorte que sa méconnaissance ne saurait affecter la régularité de la procédure suivie lorsque la fiabilité des informations issues de la comparaison n'est pas sérieusement critiquée. En ce qui concerne les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles 9 et 29 du règlement (UE) n°603/2013 du 26 juin 2013, ils ne sont pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doivent par conséquent être écartés.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E s'est vu remettre les brochures A et B en langue pashto qu'il a déclaré lire et comprendre, contenant l'ensemble des éléments d'information exigés par l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pu bénéficier des informations prévues à l'article 4 du règlement du 26 juin 2013.
6. En quatrième lieu, l'administration établit par les pièces qu'elle verse au dossier qu'un entretien individuel mené par un agent qualifié en vertu du droit national s'est tenu avec l'intéressé, le 30 novembre 2022, à la préfecture de la Seine-Maritime, avec l'assistance d'un interprète en pashto officiant par téléphone et dans des conditions que les pièces du dossier ne permettent pas de regarder comme insusceptibles de garantir sa confidentialité. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'entretien individuel doit être écarté.
7. En sixième lieu, l'administration établit, par les documents produits et nonobstant la communication, pour regrettable qu'elle soit, d'un document mentionnant " Destination state : DE1 ", avoir saisi les autorités autrichiennes le 8 décembre 2022 à 13h55 de la situation de M. E référencée 993065988, ce numéro de dossier figurant sur chacune des pièces concernant le requérant et notamment sur l'accusé de réception électronique de cette demande. L'accord implicite des autorités étant intervenu le 23 décembre 2022, le moyen tiré de l'absence de saisine des autorités compétentes et de leur accord doit être écarté.
8. En septième lieu, l'entretien individuel évoqué ci-dessus a fourni à M. E la possibilité de faire état, de manière utile et effective, de l'ensemble des éléments relatifs à sa situation. En tout état de cause, il ne fait part d'aucun autre élément qu'il aurait souhaité porter à la connaissance de l'autorité administrative et qui, s'il avait pu être communiqué à temps, aurait été de nature à faire obstacle à l'édiction de la mesure de transfert en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté méconnaîtrait le principe général du droit d'être entendu, qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne, doit être écarté.
9. En huitième lieu, si M. E soutient qu'il existe des défaillances systémiques dans la prise en charge des demandeurs d'asile en Autriche, de nature à l'exposer au risque de subir des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'apporte pas aucun élément précis au soutien de cette allégation, se bornant à indiquer que celles-ci " sont liées, en partie, à la politique menée actuellement ". Il ne verse au dossier aucun élément pertinent relatif à l'allégation selon laquelle les autorités autrichiennes réacheminent les ressortissants afghans dont la demande d'asile a été rejetée. Il ne saurait par ailleurs être tiré du caractère implicite de l'accord des autorités autrichiennes que la situation du requérant aurait, pour ce motif, revêtu un caractère spécial. Pour l'ensemble de ces motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait l'article 3-2 du règlement n° 604/2013/UE, l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et l'article 3 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En neuvième lieu, le lien familial avec le ressortissant afghan présenté comme étant son neveu, titulaire de la protection subsidiaire en France, n'est pas suffisamment établi par les pièces du dossier, et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 17 du règlement européen précité ne peut qu'être écarté.
11. En dernier lieu, au regard de l'ensemble des éléments ci-dessus exposés, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant n'est pas établie.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux dépens ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : M. E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, à Me Mary et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.
Le magistrat désigné,
Signé :
C. C
La greffière,
Signé :
P. HISLa République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026