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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300199

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300199

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300199
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 janvier 2023, M. B A, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant la durée de deux ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2023 ordonnant son assignation à résidence ;

4°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La décision de refus d'un délai de départ volontaire :

- a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de destination :

- a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- est illégale par exception de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire et fixation du pays ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La décision portant assignation à résidence :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- est illégale par exception de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire et fixation du pays ;

- est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu la décision du président du tribunal désignant Mme F comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 23 janvier 2023, ont été entendus le rapport de Mme F, et les observations de Me Vercoustre, et de M. A, assisté de M. C, interprète, et de Mme D, qui persiste dans ses conclusions et moyens, le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité égyptienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant la durée de deux ans et l'arrêté du 17 janvier 2023 ordonnant son assignation à résidence.

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence, d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a été entendu le 16 janvier 2023 par les services de police et mis à même de faire valoir ses observations sur la régularité de son séjour en France, sa situation personnelle et des éventuelles décisions d'éloignement et d'assignation à résidence. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision qu'il conteste a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu.

4. En second lieu, si M. A soutient résider en France depuis 2014, il n'apporte pas de preuves suffisantes d'une résidence habituelle sur le territoire avant avril 2017. Il est entré irrégulièrement en France et s'y est maintenu sans solliciter la régularisation de sa situation. S'il soutient résider depuis deux ans avec sa compagne de nationalité française, il a déclaré être séparé aux services de police. Si M. A et Mme D soutiennent à l'audience avoir menti en déclarant leur séparation, la vie commune n'est établie qu'à compter de janvier 2022 et est donc récente. M. A a travaillé de manière irrégulière et n'a pas de contrat de travail actuellement. Il n'est pas dépourvu de toute attache en Égypte où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 26 ans et où n'établit pas encourir de risques de traitements inhumains ou dégradants. Dès lors, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas, en l'obligeant à quitter le territoire français, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

5. En premier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance du droit à être entendu, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les motifs exposés aux points 3 et 4.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ".

7. M. A est entré irrégulièrement en France et s'y est maintenu, pendant près de 8 ans selon lui, sans demander la régularisation de sa situation. Il présente donc un risque de soustraction à la mesure d'éloignement en litige, alors même qu'il remplirait les conditions pour être assigné à résidence, et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 8 doit, dès lors, être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance du droit à être entendu et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les motifs exposés aux points 3 et 4.

9. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 4 que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. A n'est pas entachée d'illégalité. Il n'est donc pas fondé à soutenir que la décision contestée est dépourvue de base légale.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance du droit à être entendu, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les motifs exposés aux points 3 et 4.

11. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 9 que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire et fixation du pays de destination.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

13. M. A ne travaille pas légalement, sa relation de couple, à la supposée actuelle, est récente, il est entré en France irrégulièrement et s'y est maintenu de nombreuses années sans tenter de régulariser sa situation. Il pourra demander l'abrogation de l'interdiction de retour sur le territoire français une fois reparti dans son pays d'origine. Il n'établit dès lors pas de circonstances humanitaires faisant obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant la durée de deux ans. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

Sur la légalité de la décision portant assignation à résidence :

14. En premier lieu, la décision en litige mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, notamment l'obligation de quitter le territoire français sans délai prise à l'encontre du requérant et la production par l'intéressé d'un passeport en cours de validité. Elle est donc suffisamment motivée.

15. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance du droit à être entendu et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les motifs exposés aux points 3 et 4.

16. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 13 que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français.

17. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () "

18. M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et pouvait donc faire l'objet d'une assignation à résidence même s'il possède un document de voyage en cours de validité. Rien ne laisse à penser que le préfet de la Seine-Maritime se serait cru en compétence liée pour assigner l'intéressé à résidence. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article cité au point 17 et de l'erreur de droit dans son application doivent donc être écartés.

19. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est fondé à demander l'annulation ni de l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant la durée de deux ans, ni de l'arrêté du 17 janvier 2023 ordonnant son assignation à résidence. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte et au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

La magistrate désignée,

Signé :

H. FLa greffière,

Signé :

M. E

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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