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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300203

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300203

lundi 23 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300203
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantLANGUIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 janvier 2023, et un mémoire enregistré le 23 janvier 2023, M. D G demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a maintenu en rétention administrative.

M. G soutient que l'arrêté :

- est entaché d'un vice d'incompétence ;

- est insuffisamment motivé ;

- méconnaît l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'une d'erreur de fait ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal administratif de Rouen a désigné Mme C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique du 23 janvier 2023, présenté son rapport et entendu les observations orales :

* de Me Languil, représentant M. G qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans ses écritures et que fait valoir en outre:

- la décision est entachée d'erreur substantielle de faits dès lors que, contrairement à ce qu'indique la préfecture, M. G n'a pas déclaré lors de son audition du 5 mai 2022 qu'il acceptait de retourner dans son pays d'origine mais qu'il était d'accord pour quitter la France ;

- il a formé appel de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 19 janvier 2023 de rejet pour irrecevabilité de sa demande d'asile ;

* de M. G qui indique qu'il n'a pas souhaité déposé de demande d'asile lors de son arrivée en 2013 en France dès lors qu'il envisageait de travailler pour demander un titre de séjour ; qu'il souhaite revoir son fils et son ancienne compagne résidant en Belgique.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. G déclare être entré en France en 2013. L'intéressé a été écroué à la maison d'arrêt de Rouen à compter du 6 mai 2022 du fait de sa condamnation, par le tribunal judiciaire de Rouen, à la peine de 10 mois d'emprisonnement pour des faits de violation de domicile et vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance. Par arrêté du 6 mai 2022, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par arrêté du 6 décembre 2022, il a été placé en rétention. Suite aux contrôles effectués sur la borne Eurodac, les autorités danoises et les autorités allemandes saisies le 29 décembre 2022 ont rejetées la demande de reprise en charge de l'intéressé respectivement les 4 janvier 2023 et 2 janvier 2023. Ayant sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 17 janvier 2023, alors qu'il se trouvait en rétention, M.G a fait l'objet, le même jour, d'un arrêté lui refusant l'admission au séjour au titre de l'asile et prononçant le maintien de son placement en rétention administrative. Par sa requête,

M. G demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il porte maintien de son placement en rétention administrative. L'OFPRA a rejeté sa demande d'asile comme irrecevable par une décision du 19 janvier 2023.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, la signataire de l'acte attaqué, Mme B H, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement de la préfecture de la Seine-Maritime, dispose d'une délégation à cet effet figurant dans l'arrêté préfectoral n° 22-070 du 24 novembre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, en cas d'absence ou d'empêchement simultané du directeur des migrations et de l'intégration, de la directrice adjointe et de la cheffe du bureau de l'éloignement. Il n'est pas établi que ces personnes n'étaient pas simultanément absentes ou empêchées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. () ". En l'espèce, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement M. G en mesure de discuter les motifs de cette décision et le juge d'exercer son contrôle. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit, dès lors, être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 754-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'asile d'un étranger placé ou maintenu en rétention n'est pas recevable si elle est formulée plus de cinq jours après qu'il s'est vu notifier ses droits en matière d'asile dans les conditions prévues à l'article L. 744-6. Toutefois, cette irrecevabilité n'est pas opposable à l'étranger qui invoque, au soutien de sa demande, des faits survenus après l'expiration de ce délai. / L'irrecevabilité de la demande d'asile peut être opposée par l'autorité administrative lorsque cette demande a été présentée par un étranger, en provenance d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr en application de l'article L. 531-25, au-delà des cinq premiers jours de rétention dans le seul but de faire échec à l'exécution effective et imminente de la décision d'éloignement ". L'article L. 754-2 de ce code dispose : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13 ". Aux termes de l'article L. 754-3 de ce code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. / A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7 ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative ne peut ordonner le maintien en rétention administrative d'un ressortissant étranger ayant présenté une demande d'asile durant cette rétention que si elle estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement préalablement prise à son encontre. La circonstance qu'un étranger présente une demande d'asile postérieurement à son placement en rétention administrative ne saurait, à elle seule et sans une appréciation au cas par cas, permettre de présumer que cette demande n'a été introduite qu'en vue de faire échec à son éloignement.

6. En l'espèce, M. G, qui serait entré en France en 2013 selon ses déclarations, n'établit pas être entré régulièrement sur le territoire français. L'intéressé a été condamné par jugement du 27 juillet 2022 du tribunal judiciaire de Rouen à la peine de 10 mois d'emprisonnement pour des faits de violation de domicile et vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance. Il est constant que, suite aux contrôles effectués sur la borne Eurodac, les autorités danoises et les autorités allemandes saisies le 29 décembre 2022 ont rejetées la demande de reprise en charge de l'intéressé respectivement les 4 janvier 2023 et 2 janvier 2023. Le requérant soutient qu'il a été informé de la décision de rejet des autorités allemandes le 13 janvier 2023. Toutefois, il est également constant que M. G, qui s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français et n'a présenté de demande d'asile ni lorsqu'il a été écroué à la maison d'arrêt de Rouen à compter du 6 mai 2022, ni lorsqu'il a fait l'objet, le même jour, d'une mesure d'éloignement, ni lorsqu'il a fait l'objet d'un placement en rétention le 6 décembre 2022, n'a sollicité l'asile que le 17 janvier 2023. Le requérant n'établit ni n'allègue que sa volonté de demander l'asile reposerait sur des éléments dont il n'avait pas connaissance au cours de ses années de présence en France. Par ailleurs, lors de son audition du 5 mai 2022, l'intéressé, célibataire, a déclaré que son enfant de 3 ans résidait en Belgique. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime, en se fondant notamment sur les conditions du séjour de M. G sur le territoire français, a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation au vu de ces données objectives, estimer que sa demande d'asile formulée par le requérant en rétention n'avait d'autre objet que de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet et décider, en conséquence, de maintenir son placement en rétention pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande par l'OFPRA. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 754-2 et L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, ainsi, être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entaché l'arrêté attaqué doit être écarté.

7. Si le requérant soutient que le préfet de la Seine-Maritime a commis une erreur substantielle de fait dès lors que l'arrêté attaqué indique que, lors de son audition du 5 mai 2022, il a déclaré qu'il acceptait de retourner dans son pays d'origine alors qu'il a seulement précisé être d'accord pour quitter la France, cette circonstance est sans incidence sur le sens de la décision prise. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

8. En dernier lieu, l'erreur commise par le préfet de la Seine-Maritime, lequel a indiqué qu'un arrêté portant placement en rétention administrative a été notifié le 6 juin 2022 à M. A E, alors que M. G a fait l'objet d'un placement en centre de rétention administrative le 6 décembre 2022, est sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Par suite, l'erreur de l'administration, pour regrettable qu'elle soit, ne constitue qu'une erreur de plume et non une erreur de fait qui entacherait d'irrégularité l'acte attaqué.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a maintenu en rétention.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D G et au préfet de la

Seine-Maritime.

Lu en audience publique le 23 janvier 2023.

La magistrate désignée,La greffière,

Signé : Signé :

L. CM. F

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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