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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300212

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300212

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300212
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2023, Mme A C, assistée par Me Elatrassi-Diome, demande :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert en Lituanie ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte journalière de 100 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que la décision de transfert :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- méconnaît l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- méconnaît l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- méconnaît les 1 et 2 de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- méconnaît l'article 53-1 de la Constitution ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle M. B a été désigné comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier, notamment celles versées le 27 janvier 2023 pour Mme C.

Vu :

- la Constitution ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Au cours de l'audience publique du 30 janvier 2023, après avoir présenté son rapport, ont été entendues :

- les observations de Me Elatrassi-Diome, pour Mme C, qui reprend, en les précisant, les conclusions et moyens de la requête,

- et les observations de Mme C, assistée par M. D, interprète en langue soussou.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement Mme C, ressortissante sierra-léonaise, à l'aide juridictionnelle.

Sur le transfert :

2. En premier lieu, l'arrêté du 5 janvier 2023 attaqué vise le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, outre la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Genève du 28 juillet 1951 et le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003. Il énonce que la Lituanie a explicitement accepté de reprendre en charge la requérante sur le fondement du d) du 1 de l'article 18 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 applicable au cas du ressortissant de pays tiers dont la demande a été rejetée et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'attestation de remise signée le 17 novembre 2022, que la requérante a pris connaissance des deux documents, rédigés en langue anglaise, relatifs à la mise en œuvre du règlement Eurodac II, de la brochure A " Information sur la demande d'asile et le relevé d'empreintes " et de la brochure B " Information sur la procédure Dublin " ainsi que le guide du demandeur d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme C n'aurait pas reçu les informations prévues par l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 manque en fait.

4. En troisième lieu, aucune disposition, ni aucun principe, n'impose la mention, sur le compte rendu de l'entretien individuel, de l'identité de l'agent de la préfecture de la Seine-Maritime qui l'a mené. Il apparaît, à la lecture du compte rendu produit, que l'entretien s'est déroulé le 17 novembre 2022 et qu'il a permis de recueillir les observations de Mme C relatives, notamment, à sa situation de famille et à sa santé ainsi qu'à sa grossesse de deux mois environ. Aucun texte, ni aucun principe n'impose la remise du compte rendu d'entretien à l'issue de celui-ci. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté dans toutes ses branches.

5. En dernier lieu, il est constant que Mme C est enceinte de trois mois à la date de la décision attaquée. Les comptes rendus d'échographie produits, notamment celui effectué en janvier 2023, mentionnent, sous la signature d'un médecin, un fœtus de bonne vitalité de croissance satisfaisante, une absence de détection d'éléments morphologiques inhabituels et une stabilité des fibromes analysés par Narrow Band Imaging (NBI). Si des douleurs abdominales et pelviennes notées par des sages-femmes en novembre et en décembre 2022 ont donné lieu à une prescription d'un antidouleur, de paracétamol et d'un antispasmodique ainsi qu'à deux orientations au service des urgences, aucun compte rendu de ces consultations, intervenues avant la dernière échographie, n'est produit. Rien n'établit que les autorités françaises ne mettront pas en œuvre le dispositif des articles 29 et suivants du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 qui imposent un échange d'informations avec la Lituanie, en particulier en ce qui concerne la grossesse de Mme C et son suivi jusqu'au terme. Ainsi, la requérante n'est pas exposée à un risque réel d'une détérioration significative de son état en cas de transfert dans le pays de reprise en charge dès lors qu'il n'est pas établi que ce pays ne lui prodiguerait pas les soins et l'assistance que requiert cet état. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des explications recueillies au cours de l'audience que la Lituanie, État membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qui a explicitement accepté le 30 décembre 2022 la reprise en charge. Enfin, la requérante n'apporte aucun élément précis permettant de considérer avec un degré suffisant de certitude qu'elle serait personnellement exposée à des risques actuels et personnels en cas de transfert vers la Lituanie. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance, ensemble, du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, des articles 3 et 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, des articles 3 et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 5 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert en Lituanie. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Djehanne Elatrassi-Diome et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.

Le magistrat désigné,

Signé :

P. BLa greffière,

Signé :

P. HIS

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°230021

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