vendredi 3 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2300214 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | ELATRASSI-DIOME |
Vu les procédures suivantes :
I./ Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2023 sous le n° 2300214, Mme E C, assistée par Me Elatrassi-Diome, demande :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert en Allemagne ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte journalière de 100 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que la décision de transfert :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît le 2 de l'article 12 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- méconnaît les 1 et 2 de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît l'article 53-1 de la Constitution ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.
II./ Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2023 sous le n° 2300217, Mme D C, assistée par Me Elatrassi-Diome, demande :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert en Allemagne ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte journalière de 100 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que la décision de transfert :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît le 2 de l'article 12 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- méconnaît les 1 et 2 de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît l'article 53-1 de la Constitution ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu :
- la décision par laquelle M. A a été désigné comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces des dossiers, notamment celles versées le 30 janvier 2023 pour Mmes C.
Vu :
- la Constitution ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Au cours de l'audience publique du 30 janvier 2023, après avoir présenté son rapport, ont été entendues :
- les observations de Me Elatrassi, pour Mmes C, qui reprend, en les précisant, les conclusions et moyens de la requête,
- et les observations de Mme E C, assistée par Mme B, interprète,
- et les observations de Mme D C, assistée par Mme B, interprète,
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mmes C, ressortissantes nigérianes, sont deux sœurs jumelles nées le 4 septembre 2000. Entrées en Europe sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires allemandes à Ouagadougou (Burkina Faso), elles se sont présentées en préfecture de la Seine-Maritime le 27 septembre 2022 pour y déposer une demande d'asile. Les requêtes, enregistrées sous les nos 2300214 et 2300217, présentent à juger de la légalité d'arrêts préfectoraux de transfert en Allemagne pris le 28 novembre 2022 concernant deux sœurs jumelles placées dans la même situation et présentant des conclusions et des moyens identiques. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement les requérantes à l'aide juridictionnelle.
3. En vertu de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles, la part contributive versée par l'Etat à l'avocat choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire. La réduction de la part contributive de l'Etat à la rétribution des missions d'aide juridictionnelle assurées par l'avocat devant la juridiction administrative s'applique lorsque celui-ci assiste plusieurs bénéficiaires de l'aide juridictionnelle présentant des conclusions similaires et que le juge est conduit à trancher des questions semblables, soit dans le cadre d'une même instance, soit dans le cadre d'instances distinctes reposant sur les mêmes faits. Tel est le cas en l'espèce ainsi qu'il est dit au point 1. L'instance n° 2300217 donnera ainsi lieu à une réduction de 30 % appliquée à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Sur le transfert :
4. En premier lieu, les arrêtés du 28 novembre 2022 attaqués visent le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, outre la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Genève du 28 juillet 1951 et le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003. Ils énoncent que l'Allemagne a explicitement accepté de prendre en charge les requérantes sur le fondement du 2 de l'article 12 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 applicable au cas du demandeur d'asile muni d'un visa délivré par les autorités consulaires de ce pays. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des attestations de remise signées le 27 septembre 2022, que les intéressées ont pris connaissance des deux documents, rédigés en langue anglaise, relatifs à la mise en œuvre du règlement Eurodac II, de la brochure A " Information sur la demande d'asile et le relevé d'empreintes " et de la brochure B " Information sur la procédure Dublin " ainsi que le guide du demandeur d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que Mmes C n'auraient pas reçu les informations prévues par l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 manque en fait.
6. En troisième lieu, aucune disposition, ni aucun principe, n'impose la mention, sur le compte rendu de l'entretien individuel, de l'identité de l'agent de la préfecture de la Seine-Maritime qui l'a mené séparément avec chacune des deux requérantes. Il apparaît, à la lecture des comptes rendus produits, que les entretiens se sont déroulés le 27 septembre 2022 et qu'ils ont permis de recueillir leurs observations relatives, notamment, à leur situation de famille et à leur santé. Aucun texte, ni aucun principe n'impose la remise du compte rendu d'entretien à l'issue de celui-ci. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté dans toutes ses branches.
7. En quatrième lieu, en vertu du 2 de l'article 12 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est, en principe, responsable de l'examen de la demande de protection internationale. En vertu du 2 de l'article 7 du même règlement, la détermination de l'État membre responsable en application des critères énoncés dans son chapitre III, dont fait partie l'article 12, se fait sur la base de la situation qui existait au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un État membre.
8. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date du 27 septembre 2022 où elles ont présenté leur demande d'asile pour la première fois, Mmes C étaient l'une et l'autre munies d'un visa de court séjour qui expirait le surlendemain 29 septembre 2022. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés de transfert attaqués méconnaissent les dispositions du 2 de l'article 12 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 n'est pas fondé.
9. En dernier lieu, l'état de Mmes C, caractérisé par une hypertension artérielle, à la supposer en lien avec un syndrome post-traumatique, ne les expose pas à un risque réel et d'une détérioration significative et irrémédiable de leur état de santé en cas de transfert en Allemagne dès lors qu'il n'est pas établi que ce pays, où il n'existe pas de défaillances systémiques en termes de prise en charge médicale ou concernant de manière générale l'accueil des demandeurs d'asile, ne leur prodiguerait pas les soins et l'assistance que requiert cet état. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance, ensemble, de l'article 53-1 de la Constitution, des articles 3 et 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, des articles 3 et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mmes C ne sont pas fondées à demander l'annulation des arrêtés du 28 novembre 2022 par lesquels le préfet de la Seine-Maritime a ordonné leur transfert en Allemagne. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Mmes C sont admises provisoirement à l'aide juridictionnelle dans les conditions énoncées au point 3 du présent jugement.
Article 2 : Les requêtes de Mmes C sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C, à Mme D C, Me Djehanne Elatrassi-Diome et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.
Le magistrat désigné,
Signé :
P. ALa greffière,
Signé :
P. HIS
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2300214,2300217
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026