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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300299

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300299

lundi 30 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300299
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantGRAVELOTTE BERENGERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du président du tribunal administratif de Lille du 24 janvier 2023, la requête enregistrée au greffe de ce tribunal le 3 janvier 2023, présentée par M. A E, a été transmise au tribunal administratif de Rouen.

M. E, représenté par Me Gravelotte, demande au tribunal :

- d'annuler l'arrêté du 2 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé pour une durée de deux années l'interdiction de retour sur le territoire français de trois ans notifiée le 14 octobre 2022 ;

- d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour à compter d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

- de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1200 euros au titre des frais d'instance.

Il soutient que la décision attaquée :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- n'est pas motivée ;

- ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- est entachée d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code des relations entre le public et l'administration ;

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

­ le code de justice administrative.

Vu la décision du président du tribunal désignant M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 27 janvier 2023, ont été entendus :

- le rapport du magistrat désigné ;

- les observations de Me Gravelotte, représentant M. E, assisté de Mme D, interprète.

La clôture de l'instruction est intervenue, en application des dispositions de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant tunisien né le 31 mai 2003, affirme séjourner sur le territoire français depuis cinq ans. Il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans le 9 août 2021, dont la demande d'annulation a été rejetée par le tribunal de céans le 29 septembre 2021. Il a fait l'objet de deux condamnations pénales en octobre 2021 et avril 2022, et a, postérieurement à son incarcération jusqu'au 21 novembre 2022, de nouveau été interpellé par les services de police pour des faits de vol par effraction et détention de stupéfiants. Par l'arrêté attaqué en date du 2 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime a pris à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Le 4 janvier 2023, le préfet l'a par ailleurs assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, Mme B F, adjointe à la cheffe du bureau éloignement de la préfecture de la Seine-Maritime, qui a signé la décision attaquée, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime en date du 24 novembre 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer l'acte en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué manque en fait.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée comprend les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est par conséquent suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, si le requérant soutient que l'acte attaqué ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend, il n'établit ni même n'allègue avoir sollicité l'assistance d'un interprète, alors, par ailleurs, qu'il se prévaut d'une résidence en France depuis cinq années. En outre, une telle circonstance est par elle-même sans influence sur la légalité de l'acte attaqué et n'est pas de nature à démontrer utilement la méconnaissance des droits de la défense. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-11 du même code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants: 1o L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai; 2o L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé; 3o L'étranger est revenu sur le territoire français après avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français, alors que l'interdiction de retour poursuivait ses effets. Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

6. Eu égard à la situation en France du requérant, telle que présentée au point 1 de ce jugement, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont serait entachée la décision contestée ne peut qu'être écarté. La réalité de la vie commune avec une ressortissante française présentée comme sa concubine, résidant au Grand-Quevilly, à la supposer établie, ne peut qu'être particulièrement récente en raison de l'incarcération de M. E jusqu'au 21 novembre 2022, est par ailleurs sans incidence sur l'acte attaqué et ne saurait être regardée comme l'entachant d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par la mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

Signé :

C. C

La greffière,

Signé :

P. HISLa République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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