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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300328

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300328

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300328
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantMICHEL NATHALIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 25 janvier 2023, 25 juillet 2023 et 22 octobre 2024, la SNC Batavia, représentée par Me Michel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 25 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prononcé la fermeture pour une durée de quatorze jours de l'établissement exploité sous l'enseigne " Le Batavia ", situé place Jenner au Havre ;

2) de condamner l'Etat à lui verser la s somme de 12 106,13 euros au titre de la perte de chiffres d'affaires et la somme de 10 000 euros au titre du préjudice moral, en réparation de la faute résultant de l'illégalité de l'arrêté de fermeture ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été prise sans que ne soit respectée la procédure contradictoire préalable prévue par le code des relations entre le public et l'administration dans la mesure où le rapport de police ne lui a pas été communiqué ;

- la motivation de l'arrêté est insuffisante et erronée ;

- la matérialité des faits n'est pas établie ;

- elle est entachée d'erreur de droit, notamment dans la qualification des faits reprochés ;

- elle est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " dans le choix de la mesure de police ;

- elle justifie de ses préjudices.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la SNC Batavia ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mulot, premier conseiller ;

- et les conclusions de M. Dujardin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que les 26 et 28 octobre 2022, des troubles à l'ordre public ont été signalés place Jenner au Havre, à proximité de l'établissement " Le Batavia ", exploité par la société requérante, nécessitant l'intervention des forces de police, qui auraient notamment constaté des faits de contrebande de tabac. A l'issue d'une procédure contradictoire, le préfet de la Seine-Maritime a prononcé par un arrêté du 25 novembre 2022 pris sur le fondement de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, la fermeture de l'établissement pour une durée de quatorze jours. Par la présente requête, la SNC Batavia demande au tribunal d'annuler cet arrêté et de condamner l'Etat à l'indemniser de son préjudice.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, auxquelles renvoient expressément celles du 5. de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ", et aux termes de l'article L. 122-1 du même code, " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 8 novembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a informé la gérante de l'établissement de son intention de prononcer une mesure de fermeture administrative et a indiqué les motifs de cette mesure envisagée, notamment une rixe intervenue le 26 octobre 2022 et le contrôle de police du 28 octobre suivant, au cours duquel un individu avait été appréhendé avec du tabac de contrebande destiné à la revente. Contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet n'était pas tenu de joindre les rapports de police dont il disposait pourvu que, comme il l'a fait, il mette l'administrée à même de présenter des observations utiles sur la mesure envisagée. L'exploitante a présenté des observations par l'intermédiaire de son conseil le 22 novembre 2022, dont les termes démontrent la parfaite compréhension des éléments reprochés. Par suite, c'est sans méconnaitre les dispositions citées au point précédent que le préfet de la Seine-Maritime a pu adopter la mesure en litige.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ", c'est-à-dire comporter, comme l'exigent les dispositions de l'article L. 211-5 du même code, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

5. Il ressort de l'examen de la décision attaquée qu'elle comporte l'indication des dispositions dont elle fait application et qu'elle énonce le motif sur lequel elle repose, en l'espèce la constatation de la présence d'un client proposant des cigarettes de contrebande. Cette motivation permettait au destinataire de la mesure d'en appréhender la portée et les motifs de fait et de droit qui la fondent, quand bien même une hésitation serait susceptible de subsister, à la seule lecture de la décision, sur le point de savoir si le représentant de l'Etat s'est fondé sur le 1. ou sur le 3. de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique. En outre, la circonstance que la mesure serait entachée d'une erreur de droit ou serait confuse est sans incidence sur l'appréciation du caractère suffisant de sa motivation. Par suite, le moyen tiré du vice de forme dont serait entachée la décision attaquée doit être écarté.

6. En troisième lieu, la matérialité des faits reprochés, qui n'est plus sérieusement contestée en réplique, résulte suffisamment du rapport du commissaire divisionnaire central du Havre du 28 octobre 2022 qui relate l'interpellation de l'individu contrôlé avec une dizaine de paquets de cigarettes proposée à la revente et des autres éléments du dossier.

7. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, " 1. La fermeture des débits de boissons et des restaurants peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas six mois, à la suite d'infractions aux lois et règlements relatifs à ces établissements. Cette fermeture doit être précédée d'un avertissement qui peut, le cas échéant, s'y substituer, lorsque les faits susceptibles de justifier cette fermeture résultent d'une défaillance exceptionnelle de l'exploitant ou à laquelle il lui est aisé de remédier () 3. Lorsque la fermeture est motivée par des actes criminels ou délictueux prévus par les dispositions pénales en vigueur, à l'exception des infractions visées au 1, la fermeture peut être prononcée par le représentant de l'Etat dans le département pour six mois. Dans ce cas, la fermeture entraîne l'annulation du permis d'exploitation visé à l'article L. 3332-1-1 () 4. Les crimes et délits ou les atteintes à l'ordre public pouvant justifier les fermetures prévues au 2 et au 3 doivent être en relation avec la fréquentation de l'établissement ou ses conditions d'exploitation ".

8. Si comme la requérante le soutient, l'arrêté se fonde de manière équivoque sur la commission d'un " acte délictuel relatif aux débits de boissons prévu par les dispositions pénales en vigueur ", compte-tenu de l'économie générale de la décision, celle-ci peut être regardée comme reposant sur le 3. de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique dans la mesure où la contrebande de tabac n'est pas une infraction spécifique aux débits de boissons. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'une erreur de droit doit être écarté.

9. En dernier lieu, il ressort des éléments produits par le représentant de l'Etat que l'établissement exploité par la société requérante avait déjà fait l'objet d'une mesure de fermeture administrative d'une durée de sept jours par un arrêté du 6 janvier 2022, en raison de méconnaissances répétées des mesures prophylactiques alors en vigueur. Par suite, en prononçant la fermeture de l'établissement pour une durée de quatorze jours, le préfet de la Seine-Maritime a adopté une mesure nécessaire, adaptée et proportionnée aux faits de l'espèce.

10. Il résulte de ce qui précède que la SNC Batavia n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. En l'absence d'illégalité fautive, elle n'est pas plus fondée à demander au tribunal de condamner l'Etat à l'indemniser des préjudices qu'elle invoque.

11. Enfin, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la SNC Batavia la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SNC Batavia est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SNC Batavia et au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 6 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

MM. Mulot et Baude, premiers conseillers,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

Le rapporteur,

Robin Mulot

La présidente,

Anne Gaillard

Le greffier,

Henry Tostivint

La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300328

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