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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300345

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300345

mercredi 1 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300345
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 janvier 2023, M. A se disant M. G B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2023 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard, conformément aux dispositions de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de procéder à un nouvel examen de sa situation.

M. A se disant M. B soutient que l'arrêté attaqué :

- a été pris par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé ;

- méconnaît sa situation personnelle ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. A se disant M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme F en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thielleux, magistrate désignée ;

- les observations de Me Lepeuc, représentant M. A se disant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ; elle soutient également que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que M. A se disant M. B ne peut faire l'objet d'une telle mesure d'une durée totale supérieure à cinq années ;

- et les observations de M. A se disant M. B, assisté de Mme C, interprète assermenté en langue arabe, qui répond aux questions posées par le tribunal ;

- le préfet du Calvados n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A se disant M. G B, ressortissant algérien, également connu sous de multiples identités, serait entré en France au cours de l'année 2018 selon ses déclarations. Après avoir été interpelé le 5 septembre 2019 pour des faits de violences volontaires aggravées, le préfet du Calvados a, par un arrêté du 7 septembre 2019, obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai. Le 25 février 2020, M. A se disant M. B s'est de nouveau fait interpelé et a fait l'objet, par un arrêté du 26 février 2020 du préfet du Calvados, devenu définitif, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Le 28 février suivant, l'intéressé a été interpelé pour des faits de violences volontaires aggravées et rébellion. Par un jugement du 2 mars 2020 du tribunal correctionnel de Caen, il a été condamné à huit mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violences sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, rébellion et refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques intégrés dans un fichier de police par personne soupçonnée de crime ou délit. Le 6 novembre 2020, M. A se disant M. B a été placé en garde à vue pour des faits d'association de malfaiteurs en vue de la commission d'un crime. Par un jugement du 8 décembre 2020 du tribunal correctionnel de Rouen, il a été condamné à quatre mois d'emprisonnement pour des faits de communication de renseignement inexact sur son identité par un étranger ne permettant pas l'exécution d'une mesure d'éloignement. Par jugements du 5 janvier 2021 du tribunal correctionnel de Caen, l'intéressé a été condamné à trois mois et un mois d'emprisonnement pour, d'une part, refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques intégrés dans un fichier de police par personne soupçonnée de crime ou délit et usage de stupéfiants, et, d'autre part, refus de se soumettre au prélèvement biologique destiné à l'identification de son empreinte génétique. Par un arrêté du 27 janvier 2021, le préfet de la Seine-Maritime a prolongé d'une durée de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée le 26 février 2020. Par un jugement n° 2100458 du 18 mars 2021, devenu définitif, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a rejeté la requête formée par M. A se disant M. B à l'encontre de cet arrêté. Par un arrêté du 9 décembre 2021, le préfet du Calvados lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un arrêté du 29 novembre 2022 du préfet du Calvados, l'intéressé a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Le 30 décembre 2022, les services de police ont établi un procès-verbal indiquant que M. A se disant M. B avait cessé de respecter ses obligations de pointage à compter du 9 décembre 2022. Le 24 janvier 2023, l'intéressé a été interpelé et placé en garde à vue pour des faits de vente à la sauvette en réunion. Par un arrêté du 25 janvier 2023, le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par sa requête, M. A se disant M. B demande l'annulation de l'arrêté du 25 janvier 2023.

2. En premier lieu, par un arrêté du 19 janvier 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 14-2023-012 de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à M. E D, chef du bureau de l'asile et de l'éloignement, signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers [et du droit d'asile] ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait par ailleurs pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle de M. A se disant M. B, mentionne, avec une précision suffisante, les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement pour mettre utilement le requérant en mesure de discuter les motifs de cet arrêté et le juge d'exercer son contrôle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. En l'espèce, M. A se disant M. B déclare être entré en France au cours de l'année 2018, soit depuis près de cinq années à la date de la décision contestée. Toutefois, par les seules pièces qu'il produit, le requérant ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle d'une particulière intensité sur le territoire français depuis cette date. De plus, si le requérant soutient être en couple depuis trois mois avec Mme D., laquelle serait enceinte, cette relation présente cependant un caractère très récent à la date de la décision contestée. Par ailleurs, M. A se disant M. B n'établit ni même n'allègue être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine, où il a vécu la majorité de son existence. Dans ces conditions, au regard de la durée, des conditions de son séjour en France, et de ce qui a été dit au premier point du présent jugement, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A se disant M. B une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Calvados aurait entaché l'arrêté contesté d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-11 de ce code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; / 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; / 3° L'étranger est revenu sur le territoire français après avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français, alors que l'interdiction de retour poursuivait ses effets. / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. ".

8. Pour contester la décision du 25 janvier 2023 portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans dont il fait l'objet, M. A se disant M. B soutient que les durées des précédentes interdictions de retour dont il a fait l'objet, prononcées par arrêtés des 7 septembre 2019, 26 février 2020, cette interdiction ayant été prolongée par arrêté du 27 janvier 2021, et 9 décembre 2021, doivent se cumuler avec la durée de l'interdiction de retour en litige et que ces durées cumulées dépassent la durée de cinq ans prévue par les dispositions précitées de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Toutefois, il ressort des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative doit assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai d'une interdiction de retour, sauf circonstances humanitaires. M. A se disant M. B, qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, et ne justifie pas de circonstances humanitaires, entre dans le champ d'application de ces dispositions. Dès lors, le préfet doit être regardé comme ayant pris une nouvelle décision portant interdiction de retour sur le territoire français, en lieu et place des précédentes décisions ayant le même objet, qui n'avaient pas pris effet, M. A se disant M. B n'ayant pas déféré aux précédentes obligations de quitter le territoire français dont il avait fait l'objet plus d'un an avant la décision contestée. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français en litige aurait été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A se disant M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 janvier 2023 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions de la requête présentées aux fins d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A se disant M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant M. G B et au préfet du Calvados.

Lu en audience publique le 1er février 2023.

La magistrate désignée,

D. F

La greffière,

A. Lenfant

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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