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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300346

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300346

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300346
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantSARHANE HIND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 27 janvier 2023 et le 5 février 2023, M. B A, représenté par Me Sarhane, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert en Bulgarie ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que la décision de transfert :

- est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- méconnaît l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- méconnaît l'article 29 du règlement n° 603/2013 du 26 juin 2013 ;

- méconnaît l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- est entachée d'une erreur de droit dans l'application des dispositions du 2 de l'article 29 et du 1 de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors que le préfet n'a pas saisi les autorités autrichiennes, auprès desquelles il avait sollicité l'asile après avoir déposé une telle demande en Bulgarie, d'une demande de réadmission, que ces autorités avaient toujours la possibilité d'accepter ;

- méconnaît l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- méconnaît les dispositions des articles 53-1 de la Constitution, L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreurs manifestes d'appréciation dans l'application de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier, notamment celles produites par le préfet de la Seine-Maritime, enregistrées le 30 janvier 2023 et le 6 février 2023.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. A à l'aide juridictionnelle.

Sur le transfert :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 26 décembre 2022 vise le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, outre la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Genève du 28 juillet 1951 et le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003. Il énonce que la Bulgarie a explicitement accepté de reprendre en charge le requérant sur le fondement du c) du 1 de l'article 18 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a pris connaissance, le 12 décembre 2022, de la brochure A " Information sur la demande d'asile et le relevé d'empreintes " et de la brochure B " Information sur la procédure Dublin " ainsi que le guide du demandeur d'asile. Ces livrets étaient rédigés en langue pachto, que l'intéressé a déclaré comprendre. M. A, qui n'a formulé aucune observation à cet égard lors de son entretien individuel, a déclaré s'être vu remettre ces informations et avoir compris la procédure engagée à son encontre. Par suite, le moyen tiré de ce que M. A n'aurait pas reçu les informations prévues par l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, si M. A soutient que la décision méconnaîtrait l'article 29 du règlement n° 603/2013 du 26 juin 2013, il n'assortit ce moyen, au demeurant inopérant, d'aucune précision.

5. En quatrième lieu, aucune disposition, ni aucun principe, n'impose la mention, sur le compte rendu de l'entretien individuel, de l'identité de l'agent qui l'a mené. Il apparaît, à la lecture du compte rendu produit, que M. A a bénéficié d'un entretien individuel, en langue pachto, conduit par un agent qualifié de la préfecture de la Seine-Maritime, dans un lieu garantissant sa confidentialité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

6. En cinquième lieu, le requérant soutient que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché sa décision d'erreur de droit en considérant que la Bulgarie était l'Etat membre responsable en vertu du c) du 1 de l'article 18 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, alors qu'il avait introduit une demande d'asile en Autriche, postérieurement à l'enregistrement de sa demande en Bulgarie. Toutefois, il ne résulte des dispositions des articles 17 et 29 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, dont se prévaut le requérant, ni que les autorités françaises étaient tenues, dans de telles circonstances, de saisir les autorités autrichiennes d'une requête aux fins de reprise en charge, ni que sa demande d'asile auprès de ces dernières, alors qu'il avait précédemment introduit une telle demande dans un autre Etat membre, serait de nature à faire de l'Autriche l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En sixième lieu, eu égard au niveau de la protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire.

8. La Bulgarie est un État membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les rapports à caractère général sur la situation des demandeurs d'asile en Bulgarie, les données de l'office statistique de l'Union européenne Eurostat concernant l'octroi d'une protection internationale aux ressortissants afghans et la circonstance que la Commission européenne a mis en demeure la Bulgarie, le 8 novembre 2018, de se conformer au droit de l'Union européenne en matière d'asile, s'ils sont préoccupants, ne suffisent pas à eux-seuls à renverser la présomption mentionnée au point précédent et à établir qu'il existerait des raisons sérieuses de croire à l'existence de défaillances systémiques en Bulgarie dans la procédure d'asile ou dans les conditions d'accueil des demandeurs d'asile. Par ailleurs, M. A, dont le récit de ses conditions de séjour en Bulgarie, qu'il n'a pas été en mesure d'étayer à l'audience publique à laquelle il n'était pas présent, est peu personnalisé et comporte des incohérences avec les pièces du dossier, n'établit pas, par les éléments qu'il produit, qu'il risquerait de subir personnellement en Bulgarie des traitements inhumains ou dégradants au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

9. En septième lieu, M. A se borne à se prévaloir, au soutien de son moyen tiré de la méconnaissance de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, des conditions dans lesquelles il aurait séjourné en Bulgarie et des mauvais traitements qu'il y aurait subis. Cependant, ainsi qu'il a été dit au point précédent, ses écritures font de ces conditions un récit peu personnalisé, que M. A, qui n'était pas présent à l'audience publique, n'a pas été en mesure de détailler à cette occasion. Au demeurant, s'il soutient aux termes de son mémoire complémentaire avoir été retenu par les autorités bulgares pendant plusieurs mois, il ressort des pièces du dossier qu'il a rejoint l'Autriche moins d'un mois après avoir déposé sa demande d'asile en Bulgarie. Par suite, les éléments propres à la situation personnelle de M. A ne sont pas tels qu'en n'ayant pas fait usage de la clause dite discrétionnaire que lui offrent les dispositions du 1 de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 53-1 de la Constitution et de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent être écartés.

10. En huitième lieu, M. A n'établit pas, par les éléments dont il se prévaut, que son transfert vers la Bulgarie impliquerait nécessairement qu'il soit éloigné à destination de l'Afghanistan, ni que sa demande de protection internationale ne pourrait pas ou plus être examinée dans cet Etat, ni encore qu'il n'y disposerait pas, le cas échéant, de voies de recours effectives contre une éventuelle décision d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance, par ricochet, des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

11. En dernier lieu, si M. A soutient que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché sa décision de plusieurs erreurs manifestes d'appréciation dans l'application de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, il n'assortit ce ou ces moyens d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 décembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert vers la Bulgarie. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Hind Sarhane et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

Le magistrat désigné,

A. C

La greffière,

A. LENFANT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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