mercredi 1 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2300370 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | FRANCE TERRE D'ASILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 et 31 janvier 2023, M. C A demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard, conformément aux dispositions de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de procéder à un nouvel examen de sa situation.
M. A soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- a été prise en violation de son droit d'être entendu ;
- a été prise en violation du 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît sa situation personnelle ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public ;
La décision portant fixation du pays de destination :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- méconnaît sa situation personnelle ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er février 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme D en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thielleux, magistrate désignée, qui informe les parties en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal est susceptible de soulever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la " décision " du 28 janvier 2023 portant refus de séjour implicite, cette décision étant inexistante ;
- les observations de Me Lepeuc, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ; elle soutient également que l'arrêté en litige comporte une décision de refus de séjour implicite, dont elle demande l'annulation ; elle allègue que cette décision est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle aurait dû être précédée de la saisine de la commission du titre de séjour ; elle soutient également que cette même décision méconnaît le point 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle soutient ensuite que la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour implicite ; elle ajoute que le préfet de la Seine-Maritime n'était pas en situation de compétence liée pour refuser d'octroyer à M. A un délai de départ volontaire et que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français en litige est entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé ;
- et les observations de M. A, assisté de Mme B, interprète assermentée en langue arabe, qui répond aux questions posées par le tribunal ;
- le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant algérien né le 3 avril 1999 à Alger, serait entré en France au cours de l'année 2017 selon ses déclarations. Par un arrêté du 11 octobre 2021, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un jugement n° 2104064 du 6 janvier 2022, devenu définitif, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a rejeté le recours formé par M. A à l'encontre de cet arrêté. Par un arrêté du 1er avril 2022, le préfet lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois mois. Le 27 janvier 2023, l'intéressé a été interpelé par les services de police et placé en garde à vue pour des faits de violence volontaire par concubin sans incapacité. Par un arrêté du 28 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par sa requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 28 janvier 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la " décision de refus de séjour implicite " :
2. Il ne ressort pas du dispositif de l'arrêté contesté du 28 janvier 2023 que le préfet de la Seine-Maritime aurait entendu refuser à M. A la délivrance d'un certificat de résidence. Les mentions de ce que " l'intéressé ne remplit aucune des conditions d'admission au séjour prévu par l'accord franco-algérien précité " et de ce que " l'intéressé ne remplit donc pas les conditions stipulées par l'article L. 411-1 du CESEDA " constituent des motifs de la décision par laquelle le préfet a obligé M. A à quitter le territoire français et ne permettent pas, à elles seules, de révéler l'existence d'une décision implicite de refus de séjour. En tout état de cause, il est constant que M. A n'a présenté aucune demande de certificat de résidence. Ainsi, les conclusions dirigées contre un refus implicite de délivrance de certificat de résidence sont dirigées contre une décision qui n'existe pas et doivent, dès lors, être rejetées comme irrecevables.
Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a déclaré être entré en France au cours de l'année 2017, s'est marié le 26 décembre 2020 avec une ressortissante française, soit plus de deux ans avant la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée, et avec laquelle il soutient sans être contesté être en couple depuis plus de trois années à la date de cette même décision. L'existence d'une vie commune depuis la célébration de ce mariage n'est pas remise en cause par le préfet de la Seine-Maritime qui n'apporte, alors que la charge de la preuve lui incombe sur ce point, aucun élément de nature à renverser la présomption légale résultant de l'article 215 du code civil en vertu duquel les époux s'obligent mutuellement à une communauté de vie. M. A justifie en outre, par les pièces qu'il produit, et notamment une facture Engie, d'une vie commune antérieure au mariage au plus tard depuis le mois d'octobre 2020. Dès lors, si le requérant n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu la majorité de son existence, il justifie cependant de la réalité et de l'ancienneté de la communauté de vie avec son épouse, qui était présente à l'audience et qui a retiré la plainte qu'elle avait déposée à son encontre à la suite d'une dispute, depuis plus de deux années à la date de la décision en litige. Il ressort en tout état de cause des pièces du dossier que les époux A ont engagé un protocole d'assistance médicale à la procréation. De plus, par les différentes attestations qu'il produit, le requérant justifie entretenir des relations stables et régulières avec les membres de la famille de son épouse. Il suit de là que dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard à la stabilité et à l'intensité de ses attaches sur le territoire français, et alors même que le requérant n'aurait pas déféré à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre, le préfet de la Seine-Maritime a, en prononçant la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige, porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale et ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 28 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler les décisions du même jour portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de sa destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. L'exécution du présent jugement implique, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il soit enjoint au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer la situation de M. A et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Un délai de deux mois est imparti au préfet de la Seine-Maritime à cette fin, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
7. Par ailleurs, en application de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient également au préfet de la Seine-Maritime de procéder à la suppression du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 28 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, au réexamen de la situation de M. A et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Maritime.
Copie en sera adressée, pour information, à Me Lepeuc.
Lu en audience publique le 1er février 2023.
La magistrate désignée,
D. D
La greffière,
A. Lenfant
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026