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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300429

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300429

lundi 6 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300429
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge Unique
Avocat requérantSELARL BENGONO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 janvier 2023 au greffe du tribunal administratif de Nantes sous le n° 2301342, M. B A, représenté par Me Bengono, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2022 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 100 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions combinées des articles L. 422-1 et L. 412-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un arrêté du 14 janvier 2023, le préfet de la Sarthe a placé M. A en rétention administrative.

Par une ordonnance du 1er février 2023, dès lors que M. A a été transféré au sein du centre de rétention administrative d'Oissel, le vice-président désigné du tribunal administratif de Nantes a transmis le dossier de la requête de l'intéressé au tribunal.

Le 1er février 2023, la requête de M. A a été enregistrée au greffe du tribunal sous le n° 2300429.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. E comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier, notamment celles produites par le préfet de la Sarthe, enregistrées le 30 janvier 2023.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 6 février 2023, après la présentation du rapport, ont été entendues les observations M. A, qui reprend les conclusions et moyens de la requête, rappelle le déroulement de son parcours migratoire depuis qu'il a quitté l'Ukraine le 28 février 2022 et précise qu'il ne peut pas retourner au Maroc dès lors qu'il n'a plus, notamment, l'original de son diplôme du baccalauréat, resté en Ukraine.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 24 novembre 1998, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 28 août 2022. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant. Par l'arrêté attaqué du 24 novembre 2022, le préfet de la Sarthe a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur le refus de séjour :

2. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 776-16 et L. 776-17 du code de justice administrative que, si les conclusions formées par un étranger placé en rétention administrative dirigées contre les décisions, notamment, portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, relèvent de la compétence du magistrat désigné par le président du tribunal, le cas échéant du ressort dans lequel est situé le centre de rétention administrative où a été placé l'étranger, les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour relèvent, quant à elle, de la compétence d'une formation collégiale du tribunal du lieu de résidence de l'intéressé. Par suite, il y a lieu d'observer que les conclusions de la requête n° 2301342 enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nantes, en tant qu'elles tendent à l'annulation du refus de séjour contenu dans l'arrêté du préfet de la Sarthe du 24 novembre 2022 de la compétence d'une formation collégiale de cette juridiction et doivent être réservées jusqu'à la fin de cette instance.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté n° DCPPAT 2022-0155 du 19 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Sarthe du même jour, le préfet de ce département a donné délégation à M. Zabouraeff, secrétaire général, à l'effet de signer, notamment, tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Sarthe, dont relèvent les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.

4. En second lieu, M. A excipe, au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de l'illégalité de la décision par laquelle le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

5. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que M. D était compétent pour signer la décision portant refus de séjour dont M. A a fait l'objet le 24 novembre 2022.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. " Aux termes de l'article L. 412-3 du même code : " Par dérogation à l'article L. 412-1 l'autorité administrative peut, sans que soit exigée la production du visa de long séjour mentionné au même article, accorder les cartes de séjour suivantes : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " prévue à l'article L. 422-1 ; " Aux termes de l'article L. 422-1 de ce code : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ".

7. M. A est entré en Ukraine au mois d'octobre 2021, sous couvert d'un visa de long séjour en qualité d'étudiant, afin d'y poursuivre des études, en première année de préparation en langue ukrainienne. Il s'est vu délivrer par les autorités ukrainiennes, le 2 décembre 2021, un titre de séjour valable un an, en qualité d'étudiant. Il indique avoir fui l'Ukraine le 28 février 2022, à la suite de l'invasion de cet Etat par la Russie, en passant successivement par la Pologne, l'Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique. S'il soutient avoir cherché à poursuivre ses études en Allemagne et aux Pays-Bas, il n'apporte aucun élément suffisamment circonstancié de nature à établir la réalité de ces allégations. Au demeurant, il soutient avoir bénéficié d'un droit au séjour aux Pays-Bas qui lui aurait permis, à supposer cette circonstance établie, de poursuivre des études supérieures dans cet Etat. M. A, qui serait entré en France le 28 août 2022 selon ses déclarations, fait valoir qu'il est inscrit à l'Université du Mans, depuis le début de l'année universitaire 2022-2023, en première année de licence " Sciences et Vie de la Terre ". Cependant, il ressort des pièces du dossier et de ses déclarations lors de l'audience publique qu'il préparait, en Ukraine, la poursuite d'études dans le domaine de l'intelligence artificielle et de la robotique, au sein de l'Université d'Etat du Transport Ferroviaire. En se bornant à soutenir qu'il ne lui était plus possible lors de son arrivée sur le territoire français de s'inscrire dans une école d'ingénieur et qu'il avait l'intention de rechercher une formation professionnelle dans le domaine de l'informatique, il n'apporte aucune explication suffisamment circonstanciée de nature à établir la cohérence de son projet d'études supérieures, alors qu'il indique en outre avoir déjà créé une entreprise dans son pays d'origine, avant son départ pour l'Ukraine. Par ailleurs, M. A déclare toujours entretenir des liens réguliers avec les membres de sa famille demeurant au Maroc, notamment son père qui subvient à ses besoins. S'il soutient qu'il ne pourra pas, en cas de retour dans son pays d'origine, obtenir de visa de long séjour en qualité d'étudiant pour poursuivre ses études notamment en France, la circonstance qu'il invoque, tirée de la perte de l'original de son diplôme du baccalauréat, n'est pas à elle seule de nature à faire obstacle à la délivrance d'un tel visa. Dans ces conditions, le préfet de la Sarthe, qui a procédé à un examen particulier de la situation de M. A et notamment de la possibilité de le dispenser de l'obligation de visa de long séjour, n'a pas, en refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiant, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions combinées des articles L. 422-1 et L. 412-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de la Sarthe n'a pas, pour les mêmes motifs, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant. Par suite, M. A n'est pas fondé à exciper, au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Sur le pays de destination :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. En second lieu, en vertu de la délégation visée au point 4, M. D était compétent pour signer la décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions, contenues dans l'arrêté du 24 novembre 2022, par lesquelles le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction constituant l'accessoire de ses conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette décision, ainsi que ses conclusions relatives aux frais liés à l'instance n° 2300429, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : : La requête de M. A enregistrée sous le n° 2300429 et les conclusions de sa requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nantes sous le n° 2301342 dirigées contre les décisions d'obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et désignant le pays de destination sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions de la requête n° 2301342 sur lesquelles il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservées jusqu'à la fin de cette instance pendante devant le tribunal administratif de Nantes.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bengono et au préfet de la Sarthe.

Copie en sera transmise, pour information, au président du tribunal administratif de Nantes.

Lu en audience publique le 6 février 2023.

Le magistrat désigné,

Signé :

A. E

La greffière,

Signé :

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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