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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300443

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300443

mercredi 8 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300443
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 février 2023, M. D B, retenu au centre de rétention de Oissel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé son pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard et de réexaminer sa situation ;

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai départ volontaire :

- la décision attaquée est illégale dès lors que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est illégale dès lors que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée est illégale dès lors que la décision fixant son pays de destination ainsi que celle lui refusant un délai de départ volontaire sont elles-mêmes illégales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 février 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delacour, magistrate désignée ;

- les observations de Me Gratien, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B né le 1er janvier 1999 à Gaoual (Guinée), de nationalité guinéenne, déclare être entré sur le territoire français en 2018. Il a fait l'objet d'un transfert vers l'Allemagne en octobre 2019, avant d'entrer à nouveau en France. Le 30 juin 2022, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté cette demande par une décision du 31 août 2022. Par un arrêté du 1er février 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, Mme A E, adjointe à la cheffe du bureau éloignement de la préfecture de la Seine-Maritime, qui a signé l'arrêté attaqué, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime en date du 24 novembre 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer l'acte en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué manque en fait.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué, qui mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, fait état de la situation administrative, personnelle et familiale de l'intéressée. Par suite, l'arrêté attaqué, dont la motivation n'apparaît pas stéréotypée, énonce, eu égard à l'objet de chacune des décisions litigieuses, les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il suit de là que le moyen ainsi soulevé manque en fait et doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il ressort du procès-verbal d'audition produit au dossier que le requérant a été interrogé par les services de police le 31 janvier 2023 notamment sur son parcours migratoire, sa situation administrative sur sa situation familiale en France ainsi que dans son pays d'origine, et a été invité à s'exprimer sur la perspective d'un éloignement. Par suite, le moyen tiré de la violation de son droit d'être entendu doit être écarté.

5. En second lieu, si M. B soutient qu'il a engagé des démarches en vue de la régularisation de sa situation au titre de l'asile, il se borne à invoquer sa volonté de présenter une nouvelle demande d'asile, alors qu'il n'établit ni même n'allègue avoir exercé un recours contentieux devant la Cour nationale du droit d'asile à l'encontre de la décision prise par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides rejetant sa demande d'asile, qui lui a été notifiée le 8 septembre 2022, dans le délai d'un mois prévu à l'article L. 532-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai départ volontaire :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit plus haut que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à solliciter l'annulation par voie de conséquence de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 du code précité : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5.".

8. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet s'est fondé, pour refuser d'octroyer à B un délai de départ volontaire, sur l'existence d'un risque de soustraction par l'intéressé à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet en application des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressé, dépourvu de tout de document d'identité ou de voyage en cours de validité, ne justifie pas en outre d'une adresse stable. Eu égard à l'absence de garantie de représentation suffisantes, le préfet a pu, pour ce seul motif, et en l'absence de circonstances particulières de nature à renverser la présomption de risque de fuite, légalement lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit plus haut que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à solliciter l'annulation par voie de conséquence de la décision fixant son pays de destination.

10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

11. En dernier lieu, si M. B soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'apporte aucun élément de nature à étayer de telles allégations. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit plus haut que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire. Par suite, il n'est pas fondé à solliciter l'annulation par voie de conséquence de la décision l'interdisant de retour sur le territoire français.

13. En second lieu, M. B, célibataire et sans charge de famille, n'établit, ni même n'allègue avoir tissé des liens privés sur le sol national. En outre, il dispose encore, selon ses propres déclarations, d'attaches familiales dans son pays d'origine, dans lequel résident sa mère et l'un de ses frères et où il a vécu jusqu'à l'âge de 19 ans. Il ne ressort donc pas des pièces du dossier que le centre de ses attaches privées et familiales se trouverait sur le territoire français. Dès lors, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en fixant à deux années la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de la Seine-Maritime.

Lu en audience publique le 8 février 2023.

La magistrate désignée,

Signé :

L. C

La greffière,

Signé :

P. HIS

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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