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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300448

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300448

mercredi 15 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300448
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 2
Avocat requérantKREUZER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance, en date du 1er février 2023, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Rouen la requête enregistrée le 31 janvier 2023 à 10h38 dans ce tribunal.

Par cette requête, M. A demande au tribunal l'annulation de l'arrêté en date du 29 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Kreuzer, avocate commise d'office, pour M. A, qui demande à titre principal l'annulation de l'arrêté dans sa totalité, au motif, en premier lieu, que la procédure est irrégulière, dès lors que le principe du contradictoire n'a pas été respecté, en second lieu, que le préfet a commis un abus de pouvoir, dès lors que l'obligation de quitter le territoire français est disproportionnée. Elle demande à titre subsidiaire l'annulation de la décision par laquelle le préfet a refusé un délai de départ volontaire, au motif que M. A ne constitue pas une menace à l'ordre public ainsi que l'annulation de l'interdiction de retour qui n'est pas justifiée au vu de sa situation.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant moldave, né le 13 septembre 1973 à Riscani, déclare être entré en France le 3 septembre 2022. Il n'a, cependant, pas pu justifier, au moment de son interpellation pour défaut de permis de conduire, être entré sur le territoire national régulièrement ni disposer d'un titre de séjour en cours de validité. Par l'arrêté attaqué du 29 janvier 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé comme pays de destination la Moldavie et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté dans sa totalité :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

3. Il n'est pas contesté que M. A n'a pu justifier son entrée régulière sur le territoire français ni être détenteur d'un titre de séjour en cours de validité. Par suite, il entrait dans le champ d'application des dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant au préfet de prendre un arrêté emportant obligation de quitter le territoire français. En l'espèce, alors que le requérant ne réside sur le territoire que depuis six mois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

4. Si le requérant fait valoir que le principe du contradictoire n'a pas été respecté, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition versé à la procédure par le préfet de la Seine-Saint-Denis que M. A a été entendu avant que le préfet ne prenne la décision litigieuse. Celui-ci n'est par suite pas fondé à soutenir que la décision a été prise à la suite d'une procédure irrégulière.

5. Il suit de là que les conclusions présentées à titre principal doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision refusant un délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; ".

7. Au vu de la situation précédemment rappelée de M. A, et alors que celui-ci ne fait état d'aucune circonstance particulière, le préfet a pu refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, et ce alors même que la seule circonstance qu'il ait été interpellé pour des faits de défaut de permis de conduire ne saurait à elle seule caractériser une menace pour l'ordre public.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision emportant interdiction de retour :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens en France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

9. En l'espèce, M. A n'est présent sur le territoire national que depuis six mois, ne justifie pas d'une résidence habituelle sur le territoire, n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles dans son pays d'origine, où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 50 ans, ne présente pas les garanties nécessaires lui permettant d'obtenir un délai de départ volontaire. Dès lors que le préfet l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, et en l'absence invoquée de circonstances humanitaires, il devait assortir cette décision d'une interdiction de retour. Au vu de la durée et des conditions du séjour en France de l'intéressé, le préfet n'a commis aucune illégalité en fixant une interdiction de retour de douze mois à compter de l'exécution de la mesure.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 29 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de douze mois doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2023.

La magistrate désignée,

Signé :

P. B

La greffière,

Signé :

N. Stock

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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