mardi 6 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2300459 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 février 2023 et le 27 février 2023, Mme B C veuve A, représentée par Me Inquimbert, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Orne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) à titre subsidiaire, de désigner avant dire droit un expert judiciaire ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Mary et Inquimbert en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le refus de titre de séjour est entaché d'un vice de procédure dès lors que le préfet vise un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qu'il ne produit pas ;
- méconnaît les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ; subsidiairement, un expert doit être désigné aux fins de déterminer si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si elle pourra bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;
- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; d'une part, il est entaché d'une erreur de droit en ce qu'il applique indistinctement les notions de vie privée et de vie familiale ; d'autre part, il est entaché d'une erreur d'appréciation ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet vise un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qu'il ne produit pas ;
- est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; d'une part, elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'il applique indistinctement les notions de vie privée et de vie familiale ; d'autre part, elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciations quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Mme C veuve A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :
- le rapport de Mme Boyer, présidente-rapporteure ;
- et les observations de Me Vercoustre substituant Me Inquimbert, représentant Mme C veuve A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C veuve A, née le 14 mars 1945, de nationalité algérienne est entrée sur le territoire munie d'un visa de court séjour le 3 février 2019. Le 4 janvier 2023, Mme C a sollicité son admission au séjour sur le fondement du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par l'arrêté contesté du 22 novembre 2022, le préfet de l'Orne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de son renvoi.
Sur la décision portant refus de séjour :
2.En premier lieu, le préfet produit en défense l'avis émis le 28 avril 2022 par le collège de médecins de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet viserait un avis qu'il ne produit pas doit, en tout état de cause, être écarté.
3.En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ". Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L.412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ".
4.Pour refuser de délivrer le titre de séjour à Mme C, atteinte d'une gonarthrose tricompartimentale bilatérale invalidante, le préfet de l'Orne a estimé, suivant en cela l'avis du collège de médecins de l'OFII du 28 avril 2022, que son état de santé nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut n'était pas susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle pouvait voyager sans risque. Pour soutenir que cette appréciation est erronée concernant l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité du défaut de prise en charge, la requérante soutient qu'elle a fait l'objet de deux interventions chirurgicales en 2020 et 2021, et qu'elle nécessite une surveillance médicale et une prise en charge adaptée en raison d'un risque infectieux. Toutefois, ces seules allégations et le certificat médical produit, ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le préfet, fondée notamment sur l'avis du collège de médecins de l'OFII quant aux risques que lui ferait encourir un arrêt des soins. Ainsi, le préfet a pu, sans méconnaître les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, refuser à la requérante la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement. Par suite, ce moyen doit être écarté.
5.En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6.D'une part, les stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'imposent pas à l'autorité préfectorale de procéder à un examen distinct du droit au séjour de la requérante au titre de sa vie privée, d'une part, et de sa vie familiale, d'autre part. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.
7.D'autre part, Mme C soutient qu'elle est entrée le 3 février 2019 sur le territoire français où résident ses frères, ses enfants et ses petits-enfants de nationalité française, et qu'elle est hébergée chez sa fille. Toutefois, en se bornant à produire des attestations peu circonstanciées, la requérante, âgée de plus de soixante-dix ans et dont l'arrivée en France est relativement récente, n'apporte aucun élément de nature à établir que sa présence en France serait nécessitée par la situation des membres de sa famille qui y résident. En outre, la requérante, mère de six enfants, ne justifie pas qu'elle serait dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à ses soixante-quatorze ans, Mme C ne justifiant pas, par ailleurs d'une insertion sociale en France. Dans ces conditions, et en dépit de la présence en France de l'un des enfants de la requérante, la décision de refus de titre de séjour n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8.En dernier lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante.
9.Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10.En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2 du présent jugement, le moyen tiré du vice de procédure tenant à l'absence de production de l'avis du collège de médecins de l'OFII doit être écarté.
11.En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire.
12.En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".
13.Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent jugement, le préfet n'a pas méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.
14.En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 8 du présent jugement, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
15.Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
Sur la décision fixant le pays de destination :
16.En premier lieu, en se bornant à soutenir qu'elle risque pour sa vie en cas de retour dans son pays, Mme C, qui n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations, n'établit pas être exposée à un risque de traitements contraires à l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
17.En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.
18.Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'ordonner l'expertise sollicitée, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 22 novembre 2022 du préfet de l'Orne. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E:
Article 1er: La requête de Mme C veuve A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C veuve A, à Me Inquimbert et au préfet de l'Orne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.
La présidente-rapporteure,
Signé : C. BOYER L'assesseur le plus ancien,
Signé : S. GUIRAL
Le greffier,
Signé : J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026