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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300553

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300553

lundi 13 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300553
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantMUKENDI NDONKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 février 2023 à 22 heures 52, M. B A, représenté par Me Mukendi Ndonki, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, au préfet de la Seine-Maritime de suspendre son processus d'éloignement vers la Mauritanie en exécution de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français du 8 février 2022 ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à titre principal à son conseil, en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, à titre subsidiaire, à lui-même en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- Sa requête est recevable, dès lors que le magistrat désigné a rejeté son recours, ce qui est constitutif d'un élément nouveau ;

- La condition d'urgence est remplie dès lors que son éloignement doit intervenir le 15 février 2023 ;

- Il est porté atteinte à son droit à la vie privée et familiale et cette atteinte est grave ;

- Cette atteinte est aussi manifestement illégale, dès lors que son renvoi est prévu vers la Mauritanie, pays qu'il a quitté en 2005, qu'il est en France depuis 17 ans, que sa compagne y est présente, qu'il y a travaillé et que la commission du titre de séjour avait donné un avis favorable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". L'article L 522-3 du même code autorise le juge des référés à rejeter par une ordonnance motivée, sans mener de procédure contradictoire et sans audience, une demande en référé " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée ".

2. Il résulte de l'instruction que M. B A, ressortissant mauritanien, a fait l'objet, d'un arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 8 février 2022 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français sous trente jours, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Il n'a pas formé de recours contentieux contre cet arrêté, mais soutient avoir formé un recours gracieux par courrier du 18 février 2022 resté sans réponse. Par arrêté du 9 décembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a assigné M. A à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, décision que l'intéressé analyse comme une décision implicite de rejet de son recours gracieux. Par arrêté du 13 janvier 2023, le préfet a prolongé l'assignation à résidence de M. A pour une nouvelle durée de quarante-cinq jours. L'intéressé a saisi le Tribunal administratif de Rouen le 31 janvier 2023 aux fins d'annulation de l'arrêté du 13 janvier 2023 et de l'arrêté du 9 décembre 2022 analysé comme portant rejet de son recours gracieux. Par jugement du 6 février 2023, le magistrat désigné par le président du Tribunal a rejeté sa requête en considérant, notamment, que l'arrêté du 9 décembre 2022 ne statuait pas sur le recours gracieux du 18 février 2022 et que la décision précisément attaquée, soit le rejet du recours gracieux par ledit arrêté, était matériellement inexistante. M. A soutient avoir appris, lors de la procédure ayant abouti au jugement du 6 février 2023, que l'administration envisageait de procéder effectivement à son éloignement, un vol vers Nouakchott étant prévu le 15 février 2023. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L 521-2 du code de justice administrative, de suspendre son processus d'éloignement vers la Mauritanie, en exécution de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français du 8 février 2022.

3. Il résulte des pouvoirs confiés au juge par les dispositions des articles L. 614-4, L. 614-5 et L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des délais qui lui sont impartis pour se prononcer et des conditions de son intervention que la procédure spéciale prévue par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile présente des garanties au moins équivalentes à celles des procédures régies par le livre V du code de justice administrative. Ces procédures particulières sont exclusives de celles prévues par le livre V du code de justice administrative. Il en va autrement dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement des dispositions soit des articles L. 614-4 et L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit des articles L. 614-7 à L. 614-13 du même code, soit successivement des deux, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution.

4. Comme dit au point 2, M. A n'a pas formé de recours contentieux contre l'arrêté du 8 février 2022 l'obligeant notamment à quitter le territoire français vers la Mauritanie, mais a formé un tel recours contre l'arrêté du 9 décembre 2022 analysé comme portant rejet implicite de son recours gracieux contre l'arrêté du 8 février 2022. La circonstance que le magistrat désigné par le président du Tribunal administratif ait rejeté ce recours en considérant, notamment, que l'arrêté du 9 décembre 2022 ne statuait pas sur le recours gracieux du 18 février 2022 et que la décision précisément attaquée, soit le rejet du recours gracieux par ledit arrêté, était matériellement inexistante, ne fait pas, par elle-même, contrairement à ce qui est soutenu, obstacle à ce que le requérant, s'il était encore recevable à le faire, puisse contester tout ou partie des mesures contenues dans l'arrêté du 8 février 2022. Il n'est donc pas constitutif d'un changement de circonstance de droit ou de fait survenu depuis l'intervention de l'arrêté du 8 février 2022 ou depuis que le délai pour en saisir le juge a expiré, en conséquence duquel l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français emporterait pour M. A des effets excédant ceux qui s'attachent normalement à l'exécution d'une telle décision. M. A ne se prévaut, par ailleurs, d'aucun autre élément susceptible de caractériser un tel changement.

5. Il résulte de ce qui précède que la demande en référé de M. A, manifestement irrecevable, doit être rejetée sur le fondement de l'article L 522-3 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il n'y a pas lieu de mettre quelque somme que ce soit à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance de référé. Par voie de conséquence, il n'y a pas lieu non plus d'admettre provisoirement M. A à l'aide juridictionnelle eu égard à l'irrecevabilité de sa requête.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A n'est pas admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Joseph Mukendi Ndonki.

Fait à Rouen, le 13 février 2023.

La juge des référés,

A. C

La République mande et ordonne à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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