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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300585

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300585

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300585
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantLENGLET, MALBESIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 février 2023 et 31 octobre 2024, Mme B A, représentée par Me Enard-Bazire, demande au tribunal :

1) avant-dire-droit, d'ordonner une expertise aux fins de déterminer l'origine de dommages affectant l'immeuble dont elle est propriétaire à Déville-lès-Rouen, commune membre de la métropole Rouen Normandie ;

2) à défaut, de condamner la métropole Rouen Normandie à lui verser une indemnité de 10 000 euros à parfaire ainsi que les intérêts au taux légal à compter de la réception de sa demande préalable et la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices subis qu'elle impute à des désordres des réseaux métropolitains ;

3) d'annuler la décision implicite née du silence gardé par le président de la métropole Rouen Normandie sur la demande qu'elle lui a adressée tendant à procéder aux travaux nécessaires pour faire cesser les désordres constatés ;

4) d'enjoindre au président de la métropole Rouen Normandie de faire procéder, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, aux travaux nécessaires pour faire cesser les désordres constatés ;

5) de condamner la métropole Rouen Normandie aux dépens et de mettre à sa charge la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le mémoire en défense de la Métropole Rouen Normandie est irrecevable faute de justification de l'habilitation de son président à la défendre en justice ;

- la juridiction administrative est compétente pour connaître du litige ;

- des désordres imputables aux réseaux publics dégradent la cave de l'immeuble qui lui appartient ;

- elle est usagère du service public de collecte des eaux pluviales, qui est un service public administratif ;

- elle est tiers au réseau public d'assainissement dès lors que sa parcelle dispose d'un assainissement non collectif ;

- la décision de refus de faire des travaux est insuffisamment motivée, entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la responsabilité de la Métropole Rouen Normandie est engagée tant sur le terrain de la rupture d'égalité devant les charges publiques que sur celui de la faute ;

- elle justifie de ses préjudices.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2024, la Métropole Rouen Normandie, représentée par Me Malbesin, conclut à titre principal au rejet de la requête en raison de l'incompétence de la juridiction administrative et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; à titre subsidiaire, à ce qu'il lui soit donné acte qu'elle émet les réserves et protestations d'usage sur la mesure d'expertise sollicitée et à ce que le tribunal sursoit à statuer jusqu'à la réception du rapport d'expertise.

Elle fait valoir que :

- Mme A étant usagère d'un service public industriel et commercial, il n'appartient qu'à la juridiction judiciaire de connaître de sa requête ;

- les ouvrages à l'origine supposée du dommage sont situés sur les parcelles privées et ne lui appartiennent pas, de sorte qu'ils ne peuvent être qualifiés d'ouvrages publics ;

- l'expertise amiable diligentée par l'assureur de la requérante est insuffisante pour établir la nature et l'étendue des responsabilités.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mulot, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Dujardin, rapporteur public ;

- les observations de Me Monange, avocate de Mme A ;

- et les observations de Me Malbesin, avocate de la Métropole Rouen Normandie.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que Mme B A est propriétaire d'un immeuble de rapport en R+1 situé route de Dieppe à Déville-lès-Rouen, commune membre de la Métropole Rouen Normandie. Ayant constaté la présence d'une humidité importante affectant le rez-de-chaussée et la cave de l'immeuble, Mme A a saisi son assureur qui a missionné un technicien en recherche de fuite qui a réalisé sa mission le 27 mars 2021. Sur la base des conclusions du rapport de recherche et de réparation de fuite, Mme A demande à titre principal au tribunal d'ordonner avant-dire-droit une expertise ou à défaut de condamner la Métropole Rouen Normandie à l'indemniser de ses préjudices et à ce qu'il lui soit enjoint de procéder aux travaux nécessaires pour faire cesser les désordres constatés.

Sur la recevabilité du mémoire en défense :

2. Mme A conteste la recevabilité du mémoire en défense présenté par le conseil de la Métropole Rouen Normandie, qui indique que celle-ci est représentée par son président.

3. Aux termes des dispositions du sixième alinéa de l'article L. 5211-10 du code général des collectivités territoriales, " () Le président, les vice-présidents ayant reçu délégation ou le bureau dans son ensemble peuvent recevoir délégation d'une partie des attributions de l'organe délibérant () ", et aux termes de l'article L. 5211-9 du même code, " () Le président est le chef des services de l'établissement public de coopération intercommunale / Il représente en justice l'établissement public de coopération intercommunale () ".

4. D'une part, les avocats ont qualité, devant les tribunaux administratifs et les cours administratives d'appel pour représenter les parties et signer en leur nom les requêtes et les mémoires sans avoir à justifier du mandat par lequel ils ont été saisis par leur client.

5. D'autre part, par une délibération adoptée lors de sa séance du 4 juillet 2022, l'organe délibérant de la Métropole Rouen Normandie a décidé de déléguer au président de l'établissement " l'ensemble des décisions d'actions en justice en demande et en défense ", de sorte que le président de la Métropole Rouen Normandie, qui représente de plein droit l'établissement en application des dispositions précitées, était compétent pour défendre sur l'action intentée contre elle par la requérante.

6. Il résulte de ce qui précède que le mémoire en défense présenté pour la Métropole Rouen Normandie est recevable et que la fin de non-recevoir afférente opposée par Mme A doit être écartée.

Sur les autres conclusions des parties :

7. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative, " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision () ".

8. Les quelques éléments figurant au dossier, notamment le rapport de recherche de fuites établi de manière non contradictoire à la diligence de l'assureur de la requérante ou encore les plans des réseaux métropolitains, ne permettent pas au tribunal de déterminer avec un degré de certitude suffisant la cause ou les causes du dommage. En outre, les parties divergent sur des points essentiels, tels que le raccordement de l'immeuble aux différents réseaux en question. Les préjudices allégués par la requérante, à les supposer établis dans leur principe, ne peuvent être chiffrés. Enfin, les éléments du dossier ne permettent pas plus de statuer en toute connaissance sur l'exception d'incompétence opposée par la Métropole Rouen Normandie, notamment en l'absence de clarification quant aux réseaux en cause, aux raccordements de l'immeuble ou à l'origine des dommages. Dès lors, en l'absence de caractère manifeste de l'incompétence de la juridiction administrative, il y a lieu d'ordonner la mesure d'expertise sollicitée, qui permettra au tribunal de se prononcer en connaissance de cause sur l'exception opposée en défense.

9. Dès lors, il y a lieu, avant de statuer sur la requête de Mme A d'ordonner une expertise sur ces points.

D E C I D E :

Article 1er: Il sera, avant de statuer sur la requête de Mme A, procédé par un expert désigné par le président du tribunal administratif, à une expertise avec mission de :

1) se rendre sur les lieux situés 176 et 180 route de Dieppe à Déville-lès-Rouen ;

2) se faire communiquer l'ensemble des éléments qu'il estimera utiles au bon accomplissement de sa mission et d'entendre tout sachant ;

3) décrire les désordres, tels que rapportés dans la requête, affectant la propriété de Mme A ;

4) donner son avis sur l'origine des désordres constatés en précisant si possible leur date d'apparition ; en particulier, de distinguer dans la mesure du possible si les désordres sont imputables au service public de l'assainissement des eaux usées, de l'évacuation des eaux pluviales et/ou à celui de la fourniture d'eau potable ;

5) indiquer la nature et le coût des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle ;

6) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.

Article 4 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la Métropole Rouen Normandie.

Délibéré après l'audience du 6 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

MM. Baude et Mulot, premiers conseillers,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

Le rapporteur,

signé

Robin Mulot

La présidente,

signé

Anne Gaillard

Le greffier,

signé

Henry Tostivint

La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

S. Combes

N°2300585

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