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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300673

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300673

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300673
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantMANSOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 février 2023, M. C A D, représenté par Me Mansouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer pour la durée de cet examen une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle ou à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 313-11-7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle porte atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 mars 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Guiral.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant marocain né le 4 avril 1966 à Oran, demande l'annulation de l'arrêté du 19 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées ;

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. G E, directeur des migrations et de l'intégration, en vertu de la délégation de signature que lui a accordée M. F B en qualité de préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime, par un arrêté n° 22-072 du 28 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Si M. F B a été nommé, par décret du président de la République en date du 11 janvier 2023, préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait été installé dans ses nouvelles fonctions à la date de l'arrêté en litige ni qu'une décision de l'autorité supérieure l'aurait invité à cesser les fonctions qu'il exerçait dans le département de la Seine-Maritime. Dès lors, la délégation de signature que M. F B a consentie à M. G E n'était pas devenue caduque à la date de l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

Sur les moyens propres à la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour. La décision de refus de titre de séjour est donc suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, le préfet n'était pas tenu d'examiner si le requérant pouvait obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain, en l'absence de demande présentée par l'intéressé sur ce fondement. Par ailleurs, pour refuser la délivrance du titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a apprécié, contrairement à ce qui est soutenu, la nature des liens personnels et familiaux du requérant en France au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

5. En dernier lieu, si M. A D se prévaut de la présence en France de membres de sa famille, notamment de ses enfants, il ne produit aucune pièce au dossier, à l'exclusion de la décision attaquée. Ainsi, et à supposer même que ses proches résident sur le territoire national, le requérant ne justifie pas de la réalité et de l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec ces personnes. Par ailleurs, rien ne fait obstacle à ce que M. A D, qui s'est soustrait à l'exécution de deux mesures d'éloignement dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Rouen, reconstruise sa cellule familiale hors de France avec sa compagne qui se trouve également en situation irrégulière sur le territoire français. Dès lors, en refusant la délivrance d'un titre de séjour, le préfet n'a pas méconnu l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour.

Sur les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, en application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsque l'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Par suite, et dès lors que le refus de délivrance d'un titre de séjour est suffisamment motivé comme il a été dit au point 3, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la mesure d'éloignement ne peut qu'être écarté.

8. En dernier lieu, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'erreur d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur les moyens propres à l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, la décision attaquée comporte les motifs de fait et de droit qui la fonde. Elle est donc suffisamment motivée.

11. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

12. En dernier lieu, il n'est pas établi que M. A D entretiendrait avec les membres de sa famille présents sur le territoire des liens quelconques. Il est en outre constant que l'intéressé n'a pas déféré à deux mesures d'éloignement. Dès lors, et alors même que le requérant ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas commis d'erreur de droit ni n'a méconnu l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

Sur le moyen propre à la décision fixant le pays de destination :

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 9 que le moyen tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 janvier 2023 du préfet de la Seine-Maritime. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A D, à Me Mansouri et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

Le rapporteur,

Signé : S. GUIRAL

La présidente,

Signé : C. BOYER

Le greffier,

Signé : J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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