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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300700

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300700

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300700
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantLEPEUC MARIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 février 2023, Mme A B, représentée par Me Lepeuc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de résident ou, subsidiairement, de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ou, plus subsidiairement encore, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et, en tout état de cause, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de sept jours à compter de ce jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir préalablement recueilli l'avis du collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de l'arrêté ministériel du 4 mai 2022 fixant la liste des pièces justificatives exigées pour la délivrance des titres de séjour prévus par le livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir préalablement recueilli l'avis du collège de médecins à compétence nationale de l'OFII ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 8 février 2023 par laquelle Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- l'ordonnance du 12 avril 2023 fixant la clôture de l'instruction au 31 mai 2023 à 12h ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 4 mai 2022 fixant la liste des pièces justificatives exigées pour la délivrance des titres de séjour prévus par le livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- et les observations de Me Lepeuc, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante rwandaise née le 1er janvier 1954, est entrée en Belgique le 16 octobre 2021, sous couvert d'un visa de long séjour délivré par la France. Elle déclare être entrée en France le même jour. Par un courrier du 17 décembre 2021, reçu le 22 décembre 2021 par les services de la préfecture de la Seine-Maritime, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en qualité de parent à charge d'un ressortissant français et de son conjoint. Par l'arrêté attaqué du 14 décembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur le refus de séjour :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, parent à charge d'un Français et de son conjoint, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour. " Aux termes de l'article L. 411-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : 1° Un visa de long séjour () " Aux termes de l'article R. 431-11 de ce code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code. " L'arrêté des ministres de l'intérieur et des outre-mer du 4 mai 2022 fixant la liste des pièces justificatives exigées pour la délivrance des titres de séjour prévus par le livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a créé une annexe 10 à ce code, en vertu de laquelle, selon son point 31, l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de résident sur le fondement de l'article L. 423-11 du code présente, notamment, un visa de long séjour, à l'exception du visa de long séjour portant la mention " dispense temporaire de carte de séjour "

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24. " En vertu du 3° de l'article R. 431-16 du même code, les étrangers séjournant en France sous couvert d'un visa d'une durée supérieure à trois mois et inférieure ou égale à douze mois comportant la mention " dispense temporaire de carte de séjour ", sont, pendant la durée de validité de ce visa, dispensés de souscrire une demande de carte de séjour.

4. Le visa de long séjour portant la mention " dispense temporaire de carte de séjour " mentionné au 3° de l'article R. 431-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne confère à son titulaire aucun droit attaché à un titre de séjour ni ne lui donne vocation à solliciter la délivrance d'un titre de séjour dans un délai déterminé après son entrée sur le territoire français. En excluant ce visa de long séjour particulier des pièces justificatives pouvant être présentées à l'appui d'une demande de délivrance d'une carte de résident en qualité d'ascendant à charge d'un Français, la rubrique 31 de l'annexe 10 au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile instituée par l'arrêté ministériel du 4 mai 2022 ne méconnaît ni les dispositions législatives qui encadrent la délivrance de ce titre de séjour, ni aucune disposition réglementaire. Par suite, le moyen, soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de la rubrique en cause de l'arrêté ministériel du 4 mai 2022 au motif qu'elle instaurerait une condition non prévue par les dispositions de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. Il est constant que Mme B, seulement munie d'un visa de long séjour portant la mention " dispense temporaire de carte de séjour ", n'a pas présenté le visa de long séjour exigé pour la délivrance de la carte de résident en qualité d'ascendant de Français. Par suite, le préfet pouvait légalement refuser cette délivrance pour ce seul motif, sans qu'ait d'incidence la circonstance, alléguée par la requérante, que le visa de long séjour dont elle était titulaire aurait été délivré à tort par l'autorité consulaire.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () "

7. Par un avis du 17 août 2022, dont le préfet s'est approprié les conclusions sans s'en estimer lié, le collège de médecins de l'OFII a considéré que l'état de santé de Mme B nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, elle pouvait y bénéficier d'un traitement approprié. Mme B soutient qu'elle ne dispose pas des moyens matériels lui permettant de bénéficier d'un traitement approprié au Rwanda. Cependant, en se bornant à cet égard à faire état de la prise en charge par sa fille française d'un certain nombre de frais liés à sa subsistance et à son état de santé, elle n'établit pas être dans l'impossibilité de bénéficier, dans son pays d'origine, d'un traitement approprié de ses pathologies. Par suite, le moyen tiré du vice affectant la consultation du collège de médecins de l'OFII ainsi que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent être écartés.

8. En dernier lieu, il est constant que l'entrée sur le territoire de Mme B est très récente à la date de la décision attaquée. Si sa fille, de nationalité française, réside en France où elle l'accueille et subvient à ses besoins et si elle justifie être veuve depuis l'année 2015, elle ne conteste pas avoir vécue séparée de sa fille française pendant de nombreuses années, ni avoir également un fils résidant au Rwanda et une fille résidant en Ouganda. La requérante ne fait par ailleurs état d'aucun élément de nature à établir une insertion particulière dans la société française. Dans ces conditions, en ayant refusé de délivrer à Mme B un titre de séjour, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts poursuivis par cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de la requérante, doivent être écartés.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les moyens tirés du vice de procédure relatif au recueil préalable de l'avis du collège de médecins de l'OFII et de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent être écartés.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs exposés au point 8, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

Sur le pays de destination :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

13. En second lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les dispositions de l'article L. 721-3, qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de destination. Il mentionne également les considérations de fait, propre à Mme B, qui motivent cette décision. Il n'appartenait pas à l'autorité préfectorale, contrairement à ce que soutient la requérante, de mentionner dans quelle mesure cette décision ne porterait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ne l'exposerait pas à des peines ou traitements inhumains ou dégradant au sens des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui n'en constituent pas le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 14 décembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Marie Lepeuc et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

Le rapporteur,

Signé :

A. LE VAILLANT

Le président,

Signé :

P. MINNELe greffier,

Signé :

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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