jeudi 2 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2300719 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | ELATRASSI-DIOME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 février 2023, Mme A C, représentée par Me Elatrassi-Diome, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé de son transfert aux autorités italiennes ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en qualité de demandeur d'asile dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, subsidiairement, une somme de 1 500 euros à lui verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;
- il appartient à l'administration de justifier avoir respecté l'obligation d'information prévue à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- il est contraire à l'article 5 du règlement du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- il méconnaît l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013, l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 et méconnaît l'article 3.1 et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen personnel de sa situation ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le traité sur l'Union européenne ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;
- la directive n° 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les observations de Me Yousfi, substituant Me Elatrassi-Diome, représentant Mme C, qui n'était pas présente à l'audience, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, ajoute que le compte rendu ne comporte pas les initiales de l'agent de la préfecture et rappelle que les documents versés au dossier par le préfet ne permettent pas d'établir que l'Italie aurait été informée de l'état de santé de la requérante.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.
En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante arménienne née le 21 janvier 2002 à Nigegorodskaya, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile les 26 octobre et 4 novembre 2022. Par un arrêté du 3 février 2023, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime a décidé de son transfert aux autorités italiennes.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président / () ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté contesté, après avoir visé le règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, indique que la requérante disposait d'un visa délivré par les autorités italiennes le 8 juin 2022, valable jusqu'au 30 juillet 2022 et que celles-ci, saisies par la France le 29 novembre 2022, ont explicitement accepté leur responsabilité en application de l'article 12-4 du règlement précité. L'arrêté énonce ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde avec une précision suffisante pour permettre à la requérante de comprendre les motifs de la décision. Il est, dès lors, suffisamment motivé.
3. En deuxième lieu, il résulte de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application des dispositions du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de le remettre aux autorités responsables de l'examen de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits et les modalités d'application du règlement, par écrit et dans une langue qu'il comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Cette information doit comporter l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de ce même article 4 et constitue une garantie pour le demandeur d'asile.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C s'est vu remettre, les 26 octobre et 4 novembre 2022, les brochures A et B en russe, langue qu'elle a déclaré comprendre, contenant les éléments d'information exigés par les dispositions de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Ces livrets lui ont été remis au plus tard lors de l'entretien, puisque l'intéressée a attesté en signant le compte-rendu d'entretien avoir reçu l'information sur les règlements communautaires. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C a bénéficié le 4 novembre 2022, assisté d'un interprète, d'un entretien individuel et confidentiel, à l'occasion duquel elle a pu formuler des observations personnalisées relatives notamment à sa situation personnelle, à sa famille ainsi qu'à son parcours migratoire depuis son départ de la Russie. Il n'est pas contesté qu'elle a bien été reçue, lors de cet entretien, par un agent de la préfecture, lequel doit être regardé, en l'absence, notamment, de tout élément permettant de supposer un défaut de formation, comme une personne qualifiée en vertu du droit national ayant reçu la formation nécessaire et disposant des connaissances appropriées pour remplir ses obligations. En outre, aucune disposition, ni aucun principe n'imposent, contrairement à ce que soutient la requérante, que figurent sur le compte rendu de l'entretien individuel les initiales de l'agent qui a mené l'entretien. Enfin, si l'intéressée soutient que le résumé de l'entretien ne lui a pas été remis, il n'est ni établi ni même allégué qu'elle en ait sollicité la communication, aucune disposition du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 n'imposant au demeurant que ce document, qui, en l'espèce, a été communiqué par le préfet à l'appui de son mémoire en défense, soit remis spontanément par l'administration au demandeur d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté en toutes ses branches.
6. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants n'est pas assorti des précisions nécessaires permettant d'en apprécier le bien-fondé.
7. En cinquième lieu, la requérante soutient que les capacités d'accueil des migrants en Italie sont saturées et que cet Etat, qui n'a pas la capacité de les accueillir dans des conditions correctes, présente des défaillances systémiques, notamment en ce qui concerne l'accès aux soins médicaux. Toutefois, Mme C n'établit pas par les éléments qu'elle produit que l'Italie serait, à la date de la décision de transfert contestée, dans l'incapacité d'offrir un soutien et des structures adaptés à la prise en charge des demandeurs d'asile, ni que sa demande de protection internationale ne pourrait pas être traitée par les autorités italiennes dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, ni que son transfert l'exposerait à des risques pour son intégrité, de torture ou de traitements inhumains et dégradants. En outre, si Mme C, qui n'a signalé aucun problème de santé lors de son entretien individuel, était enceinte de six mois à la date de la décision attaquée, il ne ressort pas des pièces du dossier que sa grossesse présenterait un caractère pathologique. En outre, alors même que la demande de prise en charge ne mentionnait pas l'état de santé de la requérante, il n'est pas établi que l'exécution de la décision de transfert doive intervenir à très brève échéance et que les autorités françaises ne mettront pas en œuvre le dispositif de l'article 31 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 qui impose un échange d'informations avec l'Etat requis, en particulier en ce qui concerne la santé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance, ensemble, des articles 3 et 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et des articles 3-1 et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doivent être écartés.
8. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de la décision contestée qui mentionnent les liens personnels de Mme C ainsi que son état de santé, a procédé à un examen attentif de sa situation. Par suite, ce moyen doit être écarté.
9. En dernier lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrête du 3 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé de son transfert aux autorités italiennes. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles liées aux frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Elatrassi-Diome et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.
La magistrate désignée,
Signé,
H. B
La greffière,
Signé,
P. HIS
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026