lundi 12 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2300756 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | ELATRASSI-DIOME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 février 2023, M. C D B, représenté par Me Elatrassi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour valable un an portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa demande de titre de séjour, dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser conformément aux dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision portant de refus de séjour :
- est insuffisamment motivée ;
- a été signée par une autorité incompétente ;
- n'a pas été précédée d'une saisine pour avis de la commission du titre de séjour ;
- méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;
- méconnaît l'article 7 d) de l'accord franco-algérien ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- a été signée par une autorité incompétente ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
La décision portant fixation du pays de destination :
- est insuffisamment motivée ;
- a été signée par une autorité incompétente ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Duff,
- et les observations de Me Mary, substituant Me Elatrassi, pour M. D B.
Considérant ce qui suit :
1.M. D B, ressortissant algérien, né le 17 juin 1985, a épousé le 15 août 2019 à Chlef (Algérie) Mme A F, ressortissante algérienne, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2029. Il déclare être entré en France le 7 octobre 2021 dans le cadre de la procédure de regroupement familial, muni d'un visa long séjour délivré par les autorités françaises. Il conteste l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 16 janvier 2023, lui refusant son admission au séjour, l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant son pays de destination.
Sur les moyens communs aux décisions contestées :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles se fondent les décisions qui le composent. L'arrêté est, par suite, suffisamment motivé.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. G E, directeur des migrations et de l'intégration, en vertu de la délégation de signature que lui a accordée le préfet de la Seine-Maritime par l'arrêté n° 22-072 du 28 décembre 2022, publiée le même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté.
4. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier, ainsi que des motifs de l'arrêté litigieux, que l'adoption des décisions qu'il comporte a été précédée d'un examen particulier de la situation personnelle du requérant.
Sur le refus de séjour :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c), et au g) () d) aux membres de la famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence valable dix ans qui sont autorisés à résider en France au titre du regroupement familial ; () ". Le regroupement familial, lorsqu'il est autorisé au profit du conjoint d'un ressortissant algérien résidant en France, a pour objet de rendre possible la vie commune des époux, ainsi qu'il résulte notamment des stipulations précitées de l'article 4 de l'accord franco-algérien.
6. Pour refuser à M. D B la délivrance d'un certificat de résidence de dix ans sur le fondement du d) de l'article 7 bis, le préfet de la Seine-Maritime a opposé à celui-ci le fait qu'il ne démontrait pas une communauté de vie effective avec sa conjointe. Si M. D B a épousé une compatriote résidant régulièrement sur le territoire français, lui permettant d'entrer sur le territoire français au titre du regroupement familial, il ne ressort pas des pièces du dossier que les époux aient entretenu une communauté de vie. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Maritime a méconnu les stipulations précitées de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 en lui refusant la délivrance pour ce motif d'un certificat de résidence de dix ans.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit () 5. Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). "
8.Au cas d'espèce, M. D B ne peut valablement se prévaloir de sa durée de séjour sur le territoire national. Son mariage avec une ressortissante algérienne en situation régulière en France, est intervenu le 15 août 2019 à Chlef en Algérie. S'il est constant que M. D B et Mme A F ont un enfant en commun, Alma Benhaya B née le 25 novembre 2021, la vie commune avec son épouse n'est pas démontrée par les pièces versées aux débats, et notamment pas par l'attestation pré-renseignée de vie commune non datée, à défaut pour celle-ci d'être corroborée par d'autres éléments, alors au demeurant qu'aux termes de l'attestation d'hébergement produite, M. D B réside à la date de la décision attaquée à Canteleu chez un tiers. La réalité de la relation avec sa fille n'est pas davantage établie en l'absence du moindre élément produit en ce sens, ne rapportant pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. L'absence de démarche entreprise par Mme A F auprès de la caisse d'allocations familiales afin de bénéficier d'une allocation spécifique destinée au parent élevant seul son enfant ne permet pas d'établir la réalité d'une communauté de vie avec le requérant. Si M. D B soutient participer aux charges de la vie commune, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations. Les déplacements professionnels réguliers et notamment à Voiron dans le département de l'Isère ne sauraient établir à eux seuls l'insertion professionnelle du requérant en l'absence de tout élément matérialisant cette activité professionnelle actuelle. Enfin, le requérant ne conteste pas disposer d'attaches familiales dans son pays d'origine et où il a vécu jusqu'à l'âge de 36 ans. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet n'a pas porté une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
10. Si M. D B soutient qu'il participe activement à l'entretien et à l'éducation de son enfant né sur le territoire français le 25 novembre 2021, et que son épouse, mère de leur enfant, dispose d'un certificat de résidence valable jusqu'en 2029 de sorte qu'elle a vocation à demeurer sur le territoire français, il résulte du point 8 que M. B n'établit ni la réalité de la vie familiale que sa participation à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Dès lors, le préfet de la Seine-Maritime, qui n'a pas porté atteinte à l'intérêt supérieur de cet enfant, n'a pas méconnu les stipulations précitées de la convention internationale des droits de l'enfant.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Le préfet n'est tenu de saisir la commission que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions fixées par les articles visés par les dispositions du L. 432-12 du code précité. Il résulte des points précédents que le requérant ne remplit pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations dont il se prévaut. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait dû consulter la commission du titre de séjour avant de lui opposer un refus de séjour.
12. En dernier lieu, au regard de l'ensemble des motifs précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant n'est pas établie.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
14. En premier lieu, le refus de séjour opposé à M. D B n'étant pas illégal, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français qui lui est faite.
15. En second lieu, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés pour les motifs précédemment exposés.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
16. En premier lieu, l'obligation faite à M. D B de quitter le territoire national n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement.
17. En second lieu, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés pour les motifs précédemment exposés.
18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. D B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bailly, présidente,
M. Le Duff, premier conseiller, et Mme Thielleux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2023.
Le rapporteur,
V. Le Duff
La présidente,
P. BaillyLa greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026