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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300821

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300821

vendredi 3 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300821
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 février 2023, M. B A, représenté par Me Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant son pays de destination ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 660 euros à lui verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et une somme de 1 000 euros hors taxes à verser à la Selarl Mary et Inquimbert en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle se fonde sur l'arrêté du 24 mai 2022 lui octroyant un titre de séjour temporaire d'un an ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable ;

- elle méconnaît l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; d'une part, elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle applique indistinctement les notions de vie privée et de vie familiale ; d'autre part, elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant assignation à résidence est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, à hauteur de 55 %, par une décision du 30 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Vercoustre, substituant Me Inquimbert, représentant M. A, non présent à l'audience, qui reprend les conclusions et moyens exposés dans la requête.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 23 octobre 1999 à Conakry, déclare être entré irrégulièrement en France en 2014. A la suite d'un contrôle d'identité, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 25 novembre 2014. Le 30 janvier 2018, il a demandé son admission au séjour en raison de sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance. Un titre de séjour lui a été délivré le 2 février 2018 et renouvelé, pour une durée de quatre ans, le 2 février 2019 jusqu'au 1er février 2023. Le 24 mai 2022, à la suite de la condamnation pénale dont il a fait l'objet le 2 juillet 2021, le préfet a pris un arrêté portant retrait de cette carte de séjour pluriannuelle de quatre ans. Par un arrêté du 29 novembre 2022, le préfet a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par un second arrêté du 24 février 2023, le préfet l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande, par la requête susvisée, l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. / Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4°. "

3. Par une lettre du 10 mai 2022, le préfet a informé le requérant de son intention de lui retirer son titre de séjour pluriannuel, en application de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison de la condamnation pénale prononcée à son encontre le 2 juillet 2021 à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis, pour le remplacer par une carte de séjour temporaire. Après avoir recueilli les observations de M. A, le préfet a pris un arrêté le 24 mai 2022 par lequel il lui retire son titre de séjour pluriannuel valable du 2 février 2019 au 1er février 2023 et, sans que cela puisse être considéré comme une erreur de plume, lui a conféré un droit au séjour d'une durée d'un an. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de la décision contestée, la validité de ce droit au séjour aurait expiré, ni même que le préfet l'aurait retiré ou abrogé. Dans ces conditions, en prenant une mesure d'éloignement à l'encontre de M. A, le préfet a méconnu l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués au soutien des conclusions dirigées contre la décision attaquée, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 29 novembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, ainsi que par voie de conséquence, la décision du même jour fixant le pays de renvoi et l'arrêté du 24 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Le présent jugement implique, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'administration procède au réexamen de la situation de M. A dans un délai qu'il convient de fixer à trois mois à compter de la notification du présent jugement, et qu'elle le munisse, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55 %. Dès lors, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 550 euros à la Selarl Mary et Inquimbert, conseil de M. A, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et le versement de la somme de 450 euros à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 29 novembre 2022 du préfet de la Seine-Maritime portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement est annulé.

Article 2 : L'arrêté du 24 février 2023 du préfet de la Seine-Maritime portant assignation à résidence est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de M. A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement en lui remettant, jusqu'à ce qu'il soit statué sur son cas, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera à la Selarl Mary et Inquimbert une somme de 550 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, et une somme de 450 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la Selarl Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2023.

La magistrate désignée,

H. C

La greffière,

A. LENFANTLa République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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