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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300829

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300829

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300829
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantLEROY Magali

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 février 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 12 juin 2023, M. C B, représenté par Me Leroy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 28 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi ou, à titre subsidiaire, d'abroger cet arrêté ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois, et en tout état de cause de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des articles L. 431-1 et R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il s'est vu contraint de déposer sa demande de titre de séjour par voie dématérialisée, ce qui l'a privé d'un échange personnel et individualisé avec l'administration ;

- méconnaît l'obligation de motivation et l'obligation d'examen complet et sérieux de sa demande ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

- est entachée d'un défaut de saisine pour avis de la commission du titre de séjour ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des articles L. 431-1 et R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'obligation de motivation et l'obligation d'examen complet et sérieux de sa demande ;

- méconnaît son droit à être entendu ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- est illégale dès lors qu'il devait se voir attribuer de plein droit un titre de séjour ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- méconnait le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le refus d'abroger l'arrêté litigieux méconnaît l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il appartient au Tribunal d'abroger l'arrêté devenu illégal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 juin 2023, à 12 heures.

Des pièces, présentées pour M. B, ont été enregistrées le 29 août 2023 mais n'ont pas été communiquées.

Par une décision du 18 janvier 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 avril 2021 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;

- les observations de Me Leroy, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais né le 6 mars 1989, est entré irrégulièrement en France le 13 janvier 2019 en provenance d'Espagne. Il a sollicité, le 17 septembre 2022, son admission au séjour en qualité de conjoint de Français. Par l'arrêté contesté du 28 novembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours et a fixé son pays de renvoi.

Sur la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, les conditions dans lesquelles le requérant a déposé sa demande de titre de séjour sont, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de la décision qu'il demande au tribunal de censurer. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie par le préfet de la Seine-Maritime au regard des articles L. 431-1 et R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision, qui comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, la méconnaissance du droit d'être entendu reconnu par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et par les principes généraux du droit de l'Union européenne ne peut être utilement invoquée à l'encontre d'une décision relative au séjour qui, contrairement aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, notamment régies par la directive n° 2008/15/CE du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, ne peut être regardée comme mettant en œuvre le droit de l'Union européenne ou comme régie par celui-ci.

5. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. B.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

7. Le requérant, qui a déposé une demande de titre de séjour " conjoint de Français " n'est pas fondé à invoquer une méconnaissance de ces dispositions, qui ne s'appliquaient pas à son cas, par l'autorité préfectorale. Le moyen doit être écarté comme inopérant.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

9. M. B soutient que le fait d'être en situation irrégulière ne peut l'empêcher d'être régularisé par l'administration, qu'il a fixé le centre de ses intérêts familiaux en France, qu'il est marié avec Mme A depuis le 17 décembre 2021, que cette dernière était enceinte à la date d'adoption de la décision contestée et qu'il dispose d'une promesse d'embauche permettant de considérer qu'il dispose de perspectives d'intégration. Toutefois, M. B est entré irrégulièrement en France en janvier 2019 et s'y est maintenu irrégulièrement jusqu'en septembre 2022, sans chercher à régulariser son séjour. S'il ressort des pièces du dossier qu'une communauté de vie avec son épouse est établie depuis le mariage, il est constant qu'il n'était marié que depuis moins d'un an à la date de la décision attaquée et que la communauté de vie du couple, qui demeure chez une cousine, est très récente. En outre, M. B ne justifie d'aucune activité professionnelle actuelle ou passée ni d'aucune formation qualifiante. Aucun autre élément du dossier ne permet d'établir l'existence d'une insertion sociale en France. Enfin, la circonstance que son épouse était enceinte à la date d'adoption de la décision litigieuse ne permet pas, à elle seule, de démontrer qu'en lui opposant le refus de séjour contesté, le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.

10. En sixième lieu, le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des étrangers qui remplissent effectivement toutes les conditions prévues à l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auxquels il envisage de refuser la délivrance du titre de séjour sollicité et non de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Ainsi qu'il a été exposé supra, M. B ne remplit pas les conditions prévues pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet n'était donc pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de rejeter la demande de titre de séjour du requérant.

11. En dernier lieu, pour l'ensemble des motifs précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant n'est pas établie.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, pour les motifs exposés au point n°2, les moyens tirés de l'irrégularité de la procédure suivie par l'administration doivent être écartés.

13. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que les éléments que le requérant aurait pu avancer relativement à sa situation matrimoniale et à sa situation de futur père d'un enfant français s'il avait été entendu préalablement à la prise de la décision en litige auraient pu influer sur le contenu de cette décision, dès lors que le préfet avait déjà connaissance desdits éléments. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit donc être écarté.

14.En troisième lieu, la décision de refus de séjour étant suffisamment motivée, la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise en raison du refus de séjour et qui n'avait donc pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, l'est également. Il ne résulte pas de la lecture de cette décision qu'elle n'aurait pas été précédée d'un examen suffisant de la situation personnelle de M. B.

14. En quatrième lieu, les moyens dirigés contre la décision de refus de séjour ont tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas fondée et doit ainsi être écartée.

15. En cinquième lieu, pour les motifs exposés au point n°9, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. En sixième lieu, M. B ne pouvant, comme dit au point 8 prétendre à un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale, ni en tant que père d'un enfant français, cet enfant n'étant pas né le 28 novembre 2022, il n'est pas fondé à soutenir qu'il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il aurait dû se voir délivrer de plein droit un titre de séjour.

17. En septième lieu, alors que son enfant n'était pas né à la date d'adoption de la mesure d'éloignement en litige, le requérant ne saurait valablement invoquer la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Le moyen doit être écarté comme inopérant.

18. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".

19. Ainsi qu'il a été dit, l'enfant de nationalité française de M. B n'était pas né à la date d'adoption de l'acte attaqué. S'il est venu au monde le 22 février 2023, cette circonstance, si elle est de nature à faire obstacle, en application du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la mise à exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français à la condition que l'intéressé établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de cet enfant, est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de la décision.

20. En dernier lieu, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant ne ressort pas des pièces du dossier.

Sur le refus d'abroger l'arrêté litigieux :

21. Aux termes du second alinéa de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. ".

22. M. B fait valoir que le refus d'abroger l'arrêté litigieux devenu, selon lui, illégal, du fait de la naissance de son fils, le 22 février 2023, méconnaît les dispositions de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration. Toutefois, le requérant ne fournit aucun commencement de preuve de ce qu'il a effectivement sollicité de l'autorité administrative l'abrogation de l'acte attaqué. Le moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.

23. Enfin, il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir, en dehors d'hypothèses particulières dans lesquelles n'entre pas le présent litige, de procéder lui-même à l'abrogation d'une décision individuelle.

24. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Leroy et au préfet de Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

MM. Bouve et Mulot, premiers conseillers,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

Le rapporteur,

C. BOUVET

La présidente,

A. GAILLARD

Le greffier,

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300829

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