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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300842

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300842

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300842
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 février 2023, M. B A, représenté par Me Bidault, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros TTC à verser à Me Bidault, au titre de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, valant renonciation de l'avocat à la part contributive de l'Etat.

M. A soutient que :

- la décision portant refus de séjour :

o est insuffisamment motivée ;

o méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o est entachée d'erreur de fait ;

o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences sur sa vie personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

o est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

o est entachée d'erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences sur sa vie personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination :

o est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une décision du 22 février 2023, M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

Par courrier du 30 mai 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les stipulations de l'article 9 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le 31 juillet 1993 sont susceptibles d'être substituées aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comme fondement de la décision attaquée.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes du 31 juillet 1993 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Favre.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant congolais né à Brazzaville le 12 mai 1981, est entré sur le territoire le 29 septembre 2021 muni d'un visa long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 10 septembre 2021 au 10 septembre 2022. Le 8 septembre 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 25 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise, notamment, les stipulations de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application à M. A. Il mentionne également les considérations de fait, propres à cette dernière, qui constituent le fondement de la décision portant refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / () ". Aux termes de l'article 13 de la même convention : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. ". Enfin, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ".

4. Il résulte des stipulations précitées de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo que l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissants congolais désireux de poursuivre leurs études supérieures en France, dont la situation est régie par l'article 9 de cette convention.

5. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée et que les parties aient été mises à même de présenter des observations sur ce point.

6. En l'espèce, la décision de refus de délivrance du titre de séjour trouve son fondement légal dans l'article 9 précité de la convention franco-congolaise, qui peut être substitué aux dispositions de l'article L. 422-1 précité, dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver le requérant d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans l'examen d'une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article 9 de cette convention que lorsqu'elle examine une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 422-1 précité. Il convient dès lors de procéder à cette substitution de base légale.

7. M. A est arrivé en France en septembre 2021 afin de suivre les enseignements de la formation d'assistant de gestion transport multimodal et international parcours fluvial dispensée par le CNAM Normandie pour l'année universitaire 2021/2022, qu'il a validée avec une moyenne de 13,57. Il s'est inscrit ensuite dans le cursus de bachelor commerce international du 12 décembre 2022 au 2 janvier 2024 dispensé par l'organisme de formation Studi à distance. Si l'intéressé fait valoir qu'il doit réaliser dans ce cadre des " études professionnelles terrain ", la note méthodologique qu'il produit indique que tous les entretiens peuvent être menés en visioconférence. Par ailleurs, la circonstance que le requérant a travaillé en tant qu'intérimaire durant ses études et qu'il a reçu une offre d'embauche est sans incidence sur le caractère réel et sérieux de ses études. Dans ces conditions, l'autorité préfectorale, qui n'a pas commis d'erreur de fait, pouvait légalement refuser le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant au motif qu'il était inscrit à une formation à distance ne nécessitant pas sa présence en France.

8. En second lieu, M. A fait également valoir qu'il a effectué un stage dans l'entreprise Daher Aerospace du 30 mai au 2 septembre 2022, qu'il a travaillé dans le magasin Bruce en tant que préparateur de commande et architecte réseau du 28 janvier 2022 au 9 avril 2022 et en tant qu'intérimaire chez Ferrero du 3 au 16 janvier 2023 et qu'il a reçu une offre d'embauche pour un emploi d'assistant service réception distribution par Planetpharma le 3 janvier 2023 pour un contrat à durée indéterminée. Toutefois, ces expériences professionnelles récentes et de courte durée ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le préfet sur son insertion sociale et professionnelle. Célibataire et sans enfant, M. A se prévaut de la présence de sa sœur, de nationalité française, qui atteste le prendre en charge financièrement. Cependant, cette circonstance est insuffisante pour établir que l'intéressé a fixé le centre de ses intérêts personnels en France. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de M. A ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. La décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A en annulation des décisions attaquées doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bidault et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

La rapporteure,

L.FAVRE

La présidente,

C.BOYER Le greffier,

J.-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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