jeudi 6 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2300975 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | BOYLE |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée sous le n° 2300968 le 7 mars 2023, M. D C, représenté par Me Boyle, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté notifié le 11 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Eure lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut une autorisation provisoire de séjour lui permettant de déposer des éléments supplémentaires à l'appui de sa demande de titre de séjour, et de procéder à un nouvel examen approfondi de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Boyle au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge, pour Me Boyle, de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que l'arrêté attaqué :
- est entaché d'incompétence ;
- n'est pas daté ;
- est insuffisamment motivé ;
- est illégal, dès lors que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont incompatibles avec le point 2 de l'article 7 de la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;
- est illégal, dès lors que le préfet était informé de l'état de santé de son fils aîné et aurait donc dû saisir, pour avis, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- est entaché d'un défaut de base légale et d'erreur de droit, dès lors que le préfet de l'Eure n'a pas appliqué les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- est entaché d'erreur d'appréciation grave concernant ses liens familiaux et personnels en France et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entaché d'erreur d'appréciation et d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il justifie d'un motif humanitaire ou exceptionnel au regard de la situation de leur fils, qui est handicapé ;
- est entaché d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 avril 2023, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- pourront être substituées aux dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 février 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Rouen.
II. Par une requête enregistrée sous le n° 2300975 le 7 mars 2023, Mme A B, épouse C, représentée par Me Boyle, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Eure lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut une autorisation provisoire de séjour lui permettant de déposer des éléments supplémentaires à l'appui de sa demande de titre de séjour, et de procéder à un nouvel examen approfondi de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Boyle au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge, pour Me Boyle, de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que l'arrêté attaqué :
- est entaché d'incompétence ;
- n'est pas daté ;
- est insuffisamment motivé ;
- est illégal, dès lors que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont incompatibles avec le point 2 de l'article 7 de la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;
- est illégal, dès lors que le préfet était informé de l'état de santé de son fils aîné et aurait donc dû saisir, pour avis, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- est entaché d'un défaut de base légale et d'erreur de droit, dès lors que le préfet de l'Eure n'a pas appliqué les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- est entaché d'erreur d'appréciation grave concernant ses liens familiaux et personnels en France et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entaché d'erreur d'appréciation et d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il justifie d'un motif humanitaire ou exceptionnel au regard de la situation de leur fils, qui est handicapé ;
- est entaché d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 avril 2023, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- pourront être substituées aux dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Mme B, épouse C, a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 février 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Rouen.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thielleux,
- et les observations de Me Boyle, représentant M. et Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme C, ressortissants algériens nés respectivement le 7 avril 1988 et le 10 août 1987, sont entrés en France le 27 juillet 2019 et ont, le 21 octobre 2022, sollicité leur admission au séjour au titre de leur vie privée et familiale. Par deux arrêtés notifiés le 11 janvier 2023, le préfet de l'Eure leur a refusé la délivrance de certificats de résidence, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de leur destination. Par les requêtes nos 2300968 et 2300975, M. et Mme C demandent l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées nos 2300968 et 2300975 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'aide juridictionnelle :
3. En vertu de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles, la part contributive versée par l'Etat à l'avocat choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire. La réduction de la part contributive de l'Etat à la rétribution des missions d'aide juridictionnelle assurées par l'avocat devant la juridiction administrative s'applique lorsque celui-ci assiste plusieurs bénéficiaires de l'aide juridictionnelle présentant des conclusions similaires et que le juge est conduit à trancher des questions semblables, soit dans le cadre d'une même instance, soit dans le cadre d'instances distinctes reposant sur les mêmes faits. Tel est le cas en l'espèce ainsi qu'il est dit au point précédent. Par suite, l'instance n° 2300975 donnera lieu à une réduction de 30 % appliquée à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. A cet égard, aux termes de l'article 6 de cet accord : " () Le certificat d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au bénéfice des parents d'enfants dont l'état de santé répond aux conditions prévues par l'article L. 425-9 du même code, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Cette circonstance ne fait toutefois pas obstacle à ce que le préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, délivre à ces ressortissants un certificat de résidence pour l'accompagnement d'un enfant malade.
5. Il ressort des termes mêmes des arrêtés contestés, et est au demeurant constant, que le préfet de l'Eure a mis en œuvre, pour rejeter les demandes de séjour dont l'avaient saisi M. et Mme C, les dispositions des articles L. 423-23, L. 425-9, L. 425-10 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'elles ne sont pas applicables aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière complète par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que les décisions par lesquelles le préfet leur a refusé la délivrance d'un certificat de résidence sont entachées d'erreur de droit.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, que M. et Mme C sont fondés à demander l'annulation des décisions notifiées le 11 janvier 2023 par lesquelles le préfet de l'Eure leur a refusé la délivrance d'un certificat de résidence. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler les décisions notifiées le même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de leur destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de l'Eure ou tout préfet territorialement compétent réexamine les situations de M. et Mme C. Un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement lui est imparti pour y procéder. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. M. et Mme C ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, réduite de 30 % dans l'instance n° 2300975, ainsi qu'il résulte du point 3 du présent jugement. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Boyle, avocat de M. et Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Boyle de la somme globale de 1 700 euros pour les deux instances.
D E C I D E :
Article 1er : La part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle est réduite de 30 % dans l'instance n° 2300975.
Article 2 : Les arrêtés notifiés le 11 janvier 2023 par lesquels le préfet de l'Eure a refusé à M. et Mme C la délivrance d'un certificat de résidence, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de leur destination sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Eure ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer les situations de M. et Mme C dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera la somme globale de 1 700 euros pour les deux instances à Me Boyle, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Boyle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes nos 2300968 et 2300975 est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, épouse C, à M. D C, à Me Boyle et au préfet de l'Eure.
Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Bailly, présidente,
- M. Le Duff, premier conseiller, et Mme Thielleux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.
La rapporteure,
D. ThielleuxLa présidente,
P. BaillyLe greffiier,
J.-L. Michel
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2300968 et 2300975
ah
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026