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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300993

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300993

mardi 12 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300993
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 6 mars 2023 et le 22 juin 2023, Mme A B, représentée par Me Elatrassi-Diome, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant ", subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa situation, le tout dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, subsidiairement, la somme de 1 500 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

* S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été adoptée par une autorité incompétente ;

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle a été adoptée à la suite d'une procédure irrégulière dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- elle n'a pas été adoptée à la suite d'un examen personnalisé de sa situation ;

- elle méconnaît tant les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle repose sur une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour, dépourvue de base légale ;

- elle a été adoptée par une autorité incompétente ;

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable ;

- elle n'a pas été adoptée à la suite d'un examen personnalisé de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui portant obligation de quitter le territoire français, dépourvue de base légale ;

- elle a été adoptée par une autorité incompétente ;

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 8 février 2023 par laquelle Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a décidé de dispenser la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Deflinne, premier conseiller ;

- et les observations de Me Yousfi, substituant Me Elatrassi-Diome, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 8 décembre 2004, est, selon ses dires, entrée sur le territoire français le 19 février 2020 sous couvert d'un visa valable du 11 novembre 2019 au 6 mai 2020. Elle a déposé une demande d'admission au séjour le 5 décembre 2022 sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en qualité d'étudiante. Par arrêté du 26 décembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer le titre sollicité et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours aux motifs que Mme B se maintenait en France en situation irrégulière depuis plusieurs années, qu'elle ne justifiait pas d'un visa de long séjour, qu'elle ne démontrait pas l'impossibilité de suivre sa scolarité en Algérie, qu'elle n'établissait pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine ni que le centre de ses intérêts se trouverait en France, qu'elle ne remplissait aucune des conditions permettant la délivrance de plein droit d'un titre, que sa situation personnelle ne permettait pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, que sa situation ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que l'examen de son dossier ne permettait pas d'envisager une régularisation à titre exceptionnel et dérogatoire et que rien ne s'opposait à ce qu'elle fût obligée de quitter le territoire français. Mme B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, M. D C qui a signé les décisions attaquées, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime en date du 24 novembre 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer les décisions en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces décisions, prises après un examen particulier de la situation de Mme B par le préfet de la Seine-Maritime, sont donc suffisamment motivées.

Sur les moyens propres au refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, dans la mesure où Mme B ne résidait pas en France depuis dix années au jour de la décision en litige et où elle ne peut prétendre remplir utilement les conditions de délivrance d'un des titres de séjour visés aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile inaplicables aux ressortissants algériens dont la situation au regard du droit au séjour est entièrement régie par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le moyen tiré du défaut de la commission du titre de séjour ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, il est constant que Mme B n'est pas entrée en France sous couvert d'un visa de long séjour, de sorte que c'est à bon droit que le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un certificat de résidence en application des stipulations du titre III annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

6. En troisième lieu, Mme B ne peut, en raison de sa nationalité, utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors, au surplus, que sa demande de certificat de résidence ne reposait que sur le motif tiré de sa scolarité.

7. En dernier lieu, Mme B, qui serait entrée sur le territoire français en février 2020, soutient que le centre de ses intérêts privés se situe en France. Si la requérante a effectivement vécu sur le territoire français pendant deux ans et demi au jour de la décision en litige, où elle a continué sa scolarité, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressée, célibataire et sans enfant, est entrée en France après avoir vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine où demeurent ses parents. Si elle indique que des membres de sa fratrie résideraient en France, elle ne justifie que de la présence de son frère et ne justifie pas des liens qu'elle entretiendrait avec ces proches parents. Mme B n'allègue pas avoir constitué de vie familiale en France et ne justifie pas être particulièrement insérée socialement dans la société française. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressée en France, il n'est pas établi que la décision en litige du préfet de la Seine-Maritime du 26 décembre 2022 ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision contestée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme B.

Sur les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté pour les mêmes motifs que précédemment.

9. En deuxième lieu, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Une atteinte au droit d'être entendu n'est par ailleurs susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a eu la possibilité, durant l'instruction de sa demande de certificat de résidence, de faire connaître des observations utiles et pertinentes de nature à influer sur la décision prise à son encontre. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante disposait d'informations tenant à sa situation personnelle qu'elle a été empêchée de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise à son encontre la mesure qu'elle conteste et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait le principe général du droit d'être entendu qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne doit être écarté

11. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs exposés au point 7.

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les motifs exposés au point 7.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

15. Mme B se borne à soutenir que l'administration n'apporte pas la preuve de ce que sa vie et sa liberté ne seraient pas menacées dans son pays d'origine et ne fait même pas valoir que tel puisse être le cas. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 26 décembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Djehanne Elatrassi-Diome et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 29 août 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2023.

Le rapporteur,

T. DEFLINNE

Le président,

P. MINNE

Le greffier,

N. BOULAY

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