mardi 25 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2301003 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 3 |
| Avocat requérant | MERHOUM AMINA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 mars 2023, M. C E, représenté par Me Merhoum, demande au tribunal :
- de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;
- d'annuler l'arrêté du 06 mars 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit tout retour en France pendant trois années ;
- d'enjoindre à l'administration de lui remettre une autorisation provisoire de séjour sous astreinte ;
- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est signée par une autorité incompétente et est insuffisamment motivée ;
- méconnait les articles L. 611-3.9° et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
la décision fixant le pays de destination :
- est signée par une autorité incompétente et est insuffisamment motivée ;
- méconnait l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
la décision lui refusant tout retour en France pendant trois ans :
- est signée par une autorité incompétente et est insuffisamment motivée ;
- est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi qu'à l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant;
Une mise en demeure a été adressée au préfet du Pas-de-Calais le 28 mars 2023, demeurée sans réponse.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie règlementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Leduc, magistrat désigné ;
- les observations orales de Me Merhoum, avocate de M. E, qui reprend les moyens invoqués dans la requête.
Le préfet du Pas-de-Calais n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C E est un ressortissant algérien né le 12 juillet 1994. Il est entré en France en 2011 afin de faire l'objet d'un traitement endovasculaire au centre hospitalier universitaire de Nancy, où il a été hospitalisé du 6 au 10 juin 2011. La gravité de sa pathologie impliquant un suivi en France, il y est de nouveau entré régulièrement au moyen d'un visa valable du 22 avril 2018 au 22 juin 2018, et a fait l'objet d'une nouvelle prise en charge médicale les 5 et 13 juin 2018 au service de neuro-radiologie interventionnelle de la Fondation Ophtalmologique Adolphe de Rotschild à Paris. Au terme de la validité de son visa, le requérant est néanmoins resté sur le territoire français. Le 6 mars 2023, il a fait l'objet d'un contrôle d'identité par les forces de l'ordre et, le même jour, d'un arrêté du préfet du Pas-de-Calais portant obligation de quitter sans délai le territoire français, fixation du pays de destination et une interdiction de retour en France pour une durée de trois années.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 10 août 2022, publié le même jour au recueil spécial n° 97 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. B D, chef du bureau de l'éloignement, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, l'acte contesté, qui énonce par ailleurs les considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet pour le prononcer, est signé par une autorité compétente et est suffisamment motivé.
4. En deuxième lieu, le requérant soutient que l'acte en litige méconnait le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où il serait atteint d'une " pathologie extrêmement grave qui ne connait qu'un traitement très limité en Algérie ". Néanmoins, s'il est établi par les pièces du dossier que M. E est venu en France à l'âge de seize ans, en 2011, pour une intervention médicale qui n'était pas praticable en Algérie, et est de nouveau entré régulièrement en France en 2018 aux mêmes fins, il n'établit pas qu'à la suite des deux séances d'embolisation de sa malformation artérioveineuse pratiquées en juin 2018, il lui était nécessaire de demeurer sur le territoire français, ce à quoi il a irrégulièrement jusqu'à la date de l'acte attaqué. Par suite, le moyen doit être écarté.
5. En troisième lieu, eu égard au caractère particulièrement récent de sa relation personnelle avec une ressortissante française domiciliée à Gaillon, chez laquelle il est domicilié depuis deux mois, et faute de verser au dossier tout autre élément de nature à établir la réalité de relations personnelles en France, alors que sa famille réside en Algérie, il n'est pas fondé à se prévaloir des stipulations de l'article 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour ces mêmes motifs, ainsi que ceux énoncés au point 3, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être qu'écarté.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
6. Nonobstant le caractère irrégulier du séjour de M. E en France, il convient de considérer que sa situation, eu égard à l'adresse de domiciliation fournie aux services de police et à la spécificité de son état de santé, devait conduire l'administration à lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens relatifs à cette décision, elle doit être annulée.
En ce qui concerne le pays de destination :
7. En premier lieu, ainsi qu'il est indiqué au point 2, l'acte attaqué est signé par une autorité compétente et est suffisamment motivé dès lors que le préfet énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il s'est fondé pour le prononcer.
8. En second lieu, M. E, qui ne conteste pas sa nationalité algérienne, n'établit nullement en quoi la décision attaquée méconnaitrait l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il résulte de ce qui précède qu'il n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision de la mesure d'éloignement pour demander l'annulation de l'acte attaqué.
En ce qui concerne l'interdiction de retour en France pendant trois années :
9. Il résulte de ce qui est indiqué ci-dessus que M. E fait l'objet d'un suivi médical en France. Il ressort, en particulier du dernier compte-rendu de l'artériographie cérébrale de contrôle effectuée à Paris le 2 février 2022, que la prochaine IRM de contrôle devra être réalisée en 2024. Par suite, le préfet du Pas-de-Calais ne pouvait prendre l'acte attaqué sans l'entacher d'une erreur d'appréciation.
10. Il résulte de ce tout qui précède que M. E est fondé à demander l'annulation, d'une part, de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire et, d'autre part, de celle lui interdisant tout retour en France pendant trois ans.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. Ces annulations n'ont d'autre conséquence que d'enjoindre à l'administration de procéder à la suppression du signalement de M. E aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Sur les frais d'instance :
12. M. E, qui n'est pas la partie gagnante, n'est pas fondé à réclamer le paiement de ces frais.
D E C I D E
Article 1er : M. E est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les décisions du préfet du Pas-de-Calais refusant à M. E un délai de départ volontaire et lui interdisant tout retour en France pendant trois années, figurant dans l'arrêté du 6 mars 2023, sont annulées.
Article 3 : Le préfet du Pas-de-Calais procédera à la suppression du signalement de M. E aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, à Me Merhoum et au préfet du Pas-de-Calais.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
C. A
La greffière,
Signé
C. DUPONT
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
C. DUPONT
N°2301003
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026