mardi 6 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2301058 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | BERRADIA NEJLA |
Vu les procédures suivantes :
I/ Par une requête n° 2301058 enregistrée le 14 mars 2023, M. B A, représenté par Me Berradia, demande au tribunal :
- d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et lui a interdit tout retour en France pendant une année ;
- d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de sa situation.
Il soutient que :
La décision portant refus de séjour :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
La décision fixant son pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
La décision lui interdisant tout retour en France pendant une année est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
II/ Par une requête enregistrée le 2 juin 2023 sous le numéro 2302169, M. B A, représenté par Me Berradia, demande au tribunal :
- de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
- d'annuler l'arrêté du 31 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence.;
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale car fondée sur une mesure d'éloignement illégale ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 juin 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu la décision du 8 mars 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Rouen par laquelle M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale en ce qui concerne l'instance n° 2301058.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Leduc comme juge du contentieux des décisions relatives à l'éloignement et à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Leduc ;
- les observations de Me Berradia, représentant M. A, qui reprend et développe les conclusions et moyens soulevés dans les requêtes.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.
En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né le 17 août 1993 à Tunis, a été interpellé le 17 mars 2016 pour des faits de recel et de vol. Par un jugement du 23 mars 2016, le tribunal administratif de Rouen a rejeté le recours de l'intéressé à l'encontre de l'arrêté du 18 mars 2016 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'avait obligé à quitter sans délai le territoire français et fixé le pays de destination. Le 5 juillet 2016, M. B s'est évadé du centre de rétention d'Oissel. Le 12 août 2016, il a été écroué à la maison d'arrêt de Rouen. Par un jugement du 16 août 2016, le tribunal de grande instance de Rouen l'a condamné à une peine de trois mois d'emprisonnement pour s'être soustrait aux mesures de surveillance prises à son encontre. Par un arrêté du 15 septembre 2016, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dans lequel il était légalement admissible et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. L'intéressé a demandé au tribunal de céans l'annulation de l'arrêté du 20 novembre 2017 par laquelle la préfète de la Seine-Maritime a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français notifiée 15 septembre 2016, pour une durée de deux ans, requête rejetée par un jugement du tribunal en date du 28 mars 2019. Préalablement, le requérant avait fait l'objet d'une troisième mesure d'éloignement en date du 18 mars 2018, à laquelle il n'a pas déféré. Sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été rejetée implicitement par l'administration, et par l'arrêté attaqué du 24 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime a refusé explicitement d'accorder une suite favorable à sa démarche, l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours, a fixé son pays de destination et lui a interdit tout retour en France pendant une année. Par un arrêté du 31 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime a assigné l'intéressé à résidence. M. A sollicite l'annulation de ces arrêtés.
Sur la demande d'aide juridictionnelle dans l'instance n° 2302169 :
2. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce et considération prise, notamment, de l'octroi de l'aide juridictionnelle dans l'instance n° 2301058, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur la jonction :
3. Les requêtes susvisées concernent la situation d'un même ressortissant tunisien et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur l'étendue du litige :
4. Conformément aux dispositions de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, il n'appartient pas au magistrat désigné, saisi selon la procédure prévue aux articles R. 776-14 et suivants du même code, de se prononcer sur la légalité de la décision par laquelle l'autorité préfectorale refuse de délivrer un titre de séjour à un étranger. En conséquence, les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre la décision du 24 janvier 2023 par laquelle le préfet a refusé un titre de séjour au requérant sont renvoyées devant une formation collégiale de jugement. Il en va de même des conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte qui en sont l'accessoire, ainsi que de la demande relative aux frais d'instance.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 24 janvier 2023 :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précision les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde pour mettre utilement M. A en mesure d'en apprécier la valeur et d'en discuter la légalité. Elle fait notamment état, contrairement à ce que soutient le requérant, de ce qu'il est le père d'un enfant né le 17 mars 2017 de sa relation avec une ressortissante française, et souligne l'absence de preuve de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de cet enfant. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'acte attaqué doit, dès lors, être écarté.
6. En deuxième lieu, le requérant soutient que l'acte attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dans la mesure où cette décision va le priver de vivre avec son enfant qui a vocation à demeurer sur le territoire français. Il convient néanmoins de relever que M. A a entamé sa vie familiale sur le territoire français à un moment où sa situation, présentée ci-dessus, était telle qu'elle ne pouvait que lui conférer un caractère précaire. Il ne pouvait ignorer qu'il était susceptible de faire l'objet, eu égard à sa situation en France, d'une nouvelle mesure d'éloignement après la naissance de son enfant intervenue après deux précédentes obligations de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour en France non exécutées, et il n'était pas fondé à attendre des autorités françaises, confrontées au fait accompli lié à la naissance d'un enfant sur le territoire national, la régularisation de ladite situation. Dans ces conditions, l'administration ne peut être regardée comme ayant porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de son enfant une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.
7. En troisième lieu, le requérant ne verse au dossier aucune pièce susceptible d'établir la réalité de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant précité. A cet égard, l'attestation de la mère de l'enfant datée du 29 juin 2022, qui se borne à faire état de cette contribution, n'est accompagnée d'aucune pièce en justifiant et permet par ailleurs de constater que, si M. A est domicilié à Elbeuf, en Seine-Maritime, l'intéressée réside avec son fils à C sur Cher, dans le Loir et Cher, l'absence d'impact de cet éloignement géographique sur sa relation avec l'enfant n'étant nullement établie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3.5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la mesure d'éloignement pour demander l'annulation de l'acte attaqué.
S'agissant de l'interdiction de retour en France pendant une année :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la mesure d'éloignement pour demander l'annulation de l'acte attaqué.
10. En second lieu, la circonstance alléguée que " le requérant n'a pas de condamnation qui fait de lui une menace pour l'ordre public ", outre le caractère confus du moyen, est sans incidence sur la légalité de l'acte attaqué eu égard à la situation administrative, personnelle et familiale du requérant en France, telle que présentée aux points 1, 6 et 7 du présent jugement. Le préfet de la Seine-Maritime, en prenant cette interdiction de retour d'une durée d'une année, n'a entaché sa décision d'aucune erreur d'appréciation, à supposer que ce moyen soit invoqué par M. A.
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 31 mai 2023 :
11. En premier lieu, l'arrêté attaqué cite les articles L. 731-1 et L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et rappelle que M. A fait l'objet d'une mesure d'éloignement exécutoire. Il comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Il est, dès lors, suffisamment motivé.
12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'arrêté du 24 janvier 2023 comprenant une mesure d'éloignement, fixant le pays de destination et lui interdisant de revenir en France pendant une année, pour demander l'annulation de l'assignation à résidence en litige.
13. En dernier lieu, M. A soutient que l'acte attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il ignore totalement sa qualité de parent d'enfant français et va le séparer de celui-ci alors qu'il contribue à son éducation et son entretien. Eu égard à ce qui est relevé ci-dessus, le moyen doit, en tout état de cause, être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation, d'une part, des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour en France pendant une année comprises dans l'arrêté du 24 janvier 2023, et, d'autre part, de l'arrêté du 31 mai 2023 du préfet de la Seine-Maritime l'assignant à résidence.
D É C I D E :
Article 1er : M. A n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, dans l'instance n° 2302169.
Article 2 : La requête n° 2302169 est rejetée.
Article 2 : L'examen des conclusions de la requête n° 2301058 de M. A aux fins d'annulation de la décision du 24 janvier 2023 portant refus de titre de séjour, ainsi que de celles aux fins d'injonction, en tant qu'elles s'y rattachent, est réservé jusqu'à ce qu'il y soit statué par une formation collégiale du tribunal.
Article 4 : Le surplus des conclusions formées par M. A dans l'instance n° 2301058 est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Berradia et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.
Le magistrat désigné,
C. LEDUC
La greffière,
A. LENFANT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2301058, 2302169
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026