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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301066

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301066

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301066
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mars 2023, M. B A, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire valable un an dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Mary et Inquimbert, au titre de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, valant renonciation de l'avocat à la part contributive de l'Etat.

M. A soutient que :

- la décision portant refus de séjour :

o est insuffisamment motivée ;

o méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

o méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

o est insuffisamment motivée ;

o est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

o méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

o est entachée d'erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences sur sa vie personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination :

o méconnaît le principe général du droit de l'Union Européenne relatif au droit à être entendu préalablement à toute décision favorable ;

o méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o est entachée d'erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences sur sa vie personnelle ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

o est insuffisamment motivée ;

o méconnaît le principe général du droit de l'Union Européenne relatif au droit à être entendu préalablement à toute décision favorable ;

o méconnaît les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o est entachée d'erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences sur sa vie personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une décision du 8 février 2023, M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Favre,

- et les observations de Me Inquimbert, représentant M. A.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant mauritanien né le 4 janvier 1978, déclare être entré sur le territoire le 22 avril 2013. Sa demande d'asile a été rejetée par décision du 14 octobre 2013 de l'Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides (OFPRA), confirmée par décision du 13 mai 2014 de la Cour Nationale du Droit d'Asile (CNDA). La demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée par décision du 17 août 2016 de la CNDA. L'intéressé a fait l'objet d'obligations de quitter le territoire français les 14 août 2014 et 15 novembre 2017, cette dernière ayant été confirmée par décision du 3 juillet 2018 du tribunal puis par arrêt du 16 mai 2019 de la cour administrative d'appel de Douai. Le 16 septembre 2020, M. A a fait l'objet d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire et d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, confirmé par décision du 9 février 2021 du tribunal. Le 15 octobre 2021, sa nouvelle demande d'admission au séjour a été refusée. Le 3 octobre 2022, M. A a de nouveau demandé son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 6 décembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise, notamment, les dispositions de l'article L. 423-23 dont il a été fait application à M. A. Elle mentionne également les considérations de fait, propres à ce dernier, qui constituent le fondement de la décision portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

4. M. A est entré sur le territoire français en 2013. Il fait valoir être le père de deux enfants nés en France respectivement le 10 décembre 2020 et le 11 février 2022, qu'il a reconnus. La mère des enfants, ressortissante sénégalaise titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 26 novembre 2022, indique vivre séparée de M. A mais que celui-ci participe à l'éducation de leurs enfants. Si l'intéressé produit des factures d'achats pour ses enfants de mai 2021 à février 2023, ces éléments ne suffisent pas à justifier de l'intensité et de la stabilité des liens qu'il entretiendrait avec eux. La circonstance que M. A suive des cours d'alphabétisation depuis 2022 et qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche établie le 21 septembre 2021 par la société El Madina ne permet pas de remettre en cause l'appréciation portée par le préfet sur son insertion sociale et professionnelle en France. Enfin, s'il se prévaut également de la présence de son oncle, de sa tante et de ses cousins en France, le requérant ne justifie pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, au sein duquel il a résidé jusqu'à l'âge de 35 ans et où demeurent son épouse, ses trois enfants mineurs, ses parents et sa fratrie. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour le préfet de la Seine-Maritime aurait porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ne peuvent être accueillis.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, la décision attaquée vise, notamment, les dispositions des articles L. 611-1 et L. 611-3 dont il a été fait application à M A. Elle mentionne également les considérations de fait, propres à ce dernier, qui constituent le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

6. En deuxième lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire.

7. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu doit être écarté comme étant infondé en tant qu'il est dirigé contre la décision fixant le pays de destination.

9. En second lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

10. M. A n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il pourrait encourir, en cas de retour dans son pays d'origine, des risques pour sa vie ou sa liberté ou qu'il y serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants. Par ailleurs, sa demande d'asile a été rejetée par décision du 14 octobre 2013 de l'OFPRA, confirmée par décision du 13 mai 2014 de la CNDA et la demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée par décision du 17 août 2016 de la CNDA. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

12. Pour prononcer l'interdiction de retour sur le territoire français en litige, le préfet de la Seine-Maritime a relevé que M. A s'était maintenu en situation irrégulière sur le territoire français, malgré des précédentes mesures d'éloignement. Toutefois, M. A dispose d'attaches en France en la personne de ses enfants et ne constitue pas une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que, en dépit de sa soustraction à de précédentes mesures d'éloignement, le préfet de la Seine-Maritime a méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 précité, en fixant à deux ans la durée de son interdiction de retour sur le territoire français.

13. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête invoqués à l'encontre de la décision attaquée, que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

14. Le présent jugement, qui n'annule que l'interdiction de retour sur le territoire, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte de M. A doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la SELARL Mary et Inquimbert, conseil de M. A, de la somme demandée sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 6 décembre 2022 du préfet de la Seine-Maritime est annulé en tant qu'il interdit à M. A de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

L.FAVRE

La présidente,

Signé

C.BOYER Le greffier,

Signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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