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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301093

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301093

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301093
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantMUKENDI NDONKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mars 2023, et un mémoire en production de pièces, enregistré le 15 mai 2023, M. B A, représenté par Me Mukendi Ndonki, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire valable un an et portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant" dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Mukendi Ndonki, au titre de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, valant renonciation de l'avocat à la part contributive de l'Etat, à titre subsidiaire de lui verser la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- la décision portant refus de séjour :

o est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

o méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o méconnaît l'article 9 de l'accord franco-ivoirien et est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application de ces stipulations ;

o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

o est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

o méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o est entachée d'erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences sur sa vie personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés. Le préfet doit être regardé comme sollicitant une substitution de motifs tenant au fait que le requérant n'établit pas une progression suffisante dans ses études pour justifier de leur caractère réel et sérieux.

Par une décision du 22 février 2023, M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-ivoirien du 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Favre,

- et les observations de Me Mukendi Ndonki, représentant M. A.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian né le 1er février 1999, est entré sur le territoire le 27 septembre 2018, muni d'un visa long séjour valant titre de séjour valable du 18 septembre 2018 au 18 septembre 2019. Il a été par la suite titulaire d'une carte de séjour temporaire valable du 19 septembre 2019 au 18 septembre 2020 puis d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 22 septembre 2020 au 21 octobre 2022. Le 19 septembre 2022, l'intéressé a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 27 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué vise, notamment, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application à M. A. Il mentionne également les considérations de fait, propres à ce dernier, qui constituent le fondement des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui mentionne, notamment, la situation administrative et personnelle de M. A, que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de ce dernier. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, M. A étant de nationalité nigériane, comme en atteste son passeport, il ne peut prétendre à l'application l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché la décision attaquée d'erreur de droit en ne faisant pas application des stipulations de cette convention.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. (). ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement ses études. Le renouvellement de ce titre de séjour est ainsi subordonné à la réalité des études et à la progression du bénéficiaire dans celles-ci.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est inscrit pour l'année universitaire 2018-2019 en première année de licence informatique, électronique, énergie électrique, automatique, à l'université de Rouen, pour laquelle il a été ajourné avec une moyenne de 7,699 sur 20. Il a ensuite validé sa première année de licence lors de l'année universitaire 2019-2020 en obtenant une moyenne de 11,258 sur 20. Il s'est inscrit en deuxième année de licence informatique pour l'année universitaire 2020-2021, à laquelle il a été ajourné avec une moyenne de 4,516 sur 20. Il s'est réinscrit en deuxième année de licence au titre de l'année universitaire 2021-2022, qu'il n'a pas validé avec une moyenne de 3,708 sur 20 pour la 1ère session et en ayant été déclaré défaillant à la 2nde session. L'intéressé s'est réinscrit une troisième fois en deuxième année de licence informatique au titre de l'année universitaire 2022-2023. Par ailleurs, M. A s'est inscrit au titre de l'année universitaire 2022-2023 à une formation intitulée " titre professionnel développeur web et web mobile " de 2022 à 2025, dispensée par l'école ESECAD à Montrouge à distance. L'autorité préfectorale a refusé le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant au motif qu'il était inscrit dans une formation à distance ne nécessitant pas sa présence en France. Cette circonstance ne pouvait pas, à elle seule, justifier la décision attaquée dès lors que l'intéressé justifie s'être inscrit en deuxième année de licence informatique sur l'année universitaire 2022-2023, formation dispensée en présentiel.

7. Cependant, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existante à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

8. En l'espèce, le préfet invoque dans son mémoire en défense un autre motif, tiré de ce que M. A n'établit pas une progression suffisante dans ses études pour justifier de leur caractère réel et sérieux. Si ce dernier affirme que son ajournement lors des années universitaires 2020-2021 et 2021-2022 s'explique par les conditions de scolarité qui prévalaient durant la crise sanitaire et par son état de santé dégradé, il n'apporte toutefois pas d'élément de nature à corroborer ses allégations, ni à démontrer le sérieux du suivi de ses études, ni à justifier l'absence de progression dans la poursuite de celles-ci. Il ne peut ne prévaloir de son inscription en formation professionnelle chez " Zone 1 Rouen " pour une formation de " concepteur développeur d'application " du 22 mai 2023 au 23 mai 2025, postérieure à la date de la décision contestée. Par ailleurs, la circonstance qu'il aurait conclu des contrats de travail à temps partiel est sans incidence sur le caractère réel et sérieux de ses études. Dans ces conditions, il y a lieu de substituer ce motif à celui initialement retenu, cette substitution n'ayant pas pour effet de priver le requérant d'une garantie, et d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

10. Le préfet de la Seine-Maritime a examiné d'office si la situation de l'intéressé lui ouvrait droit au bénéfice d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions. M. A est entré en France en septembre 2018 en vue d'y réaliser ses études sans toutefois justifier de leur caractère réel et sérieux. Il se prévaut également de ses expériences professionnelles à temps partiel durant les années 2019 à 2021 en qualité d'adjoint territorial d'animation, d'aide-cuisinier et d'employé de restauration et services. Toutefois, ces éléments ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation portée par le préfet sur son insertion sociale et professionnelle en France. Enfin, la circonstance que sa sœur est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 6 octobre 2028 ne peut suffire à établir qu'il aurait transféré en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Ainsi, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en adoptant la décision attaquée, le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de M. A ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire.

12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. La décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A, en annulation des décisions attaquées doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Mukendi Ndonki et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

L.FAVRE

La présidente,

Signé

C.BOYER Le greffier,

Signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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