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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301103

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301103

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301103
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 4
Avocat requérantLAUNOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mars 2023, Mme A B, représentée par la SELARL " Launois Fondaneche " (Me Launois), demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 août 2022 par laquelle la commission de médiation de la Seine-Maritime a rejeté son recours tendant à reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande d'hébergement présentée sur le fondement du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation de la Seine-Maritime de la reconnaître prioritaire et de prononcer un accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que la décision litigieuse :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de la demande ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 300-1 et L. 441-2-3, III du code de la construction et de l'habitation, qu'en outre le préfet y a ajouté une condition ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation concernant sa situation au regard de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés ne sont fondés.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Van Muylder a été entendu au cours de l'audience publique, en présence de M. Mialon, greffier.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante tchadienne, a saisi la commission de médiation de la Seine-Maritime en vue d'une offre d'hébergement le 6 juillet 2022, en indiquant être dépourvue de logement. La requérante est présente sur le territoire français accompagnée de ses enfants, ils sont admis en Centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) depuis le 4 octobre 2019. Sa demande d'asile a fait l'objet d'une décision définitive défavorable rendue lors de l'audience publique du 14 juin 2022. L'OFII a notifié sa sortie du lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, qui a été prolongé jusqu'au 31 juillet 2022. Par une décision du 10 août 2022, la commission de médiation de la Seine-Maritime a rejeté son recours amiable. Mme B a formé un recours gracieux, qui a été rejeté par la commission de médiation par décision du 26 octobre 2022. Mme B demande l'annulation de la décision du 10 août 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que, pour rejeter sa demande, la commission de médiation s'est fondée sur les dispositions des articles L. 300-1 et L. 441-2-3, III, du code de la construction et de l'habitation. La commission a retenu que la requérante ne disposait d'aucun titre de séjour ni d'aucune ressource et se maintenait sur le territoire de manière irrégulière, qu'en outre elle ne justifie pas de démarches préalables d'hébergement. Ces considérations sont suffisamment développées pour avoir mis la requérante à même d'en apprécier la valeur et d'en discuter la légalité. Il ne ressort pas plus des pièces du dossier que la commission de médiation n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de Mme B. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen sérieux de sa demande ne peuvent qu'être écartés.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. " Aux termes du III de l'article L. 441-2-3 du même code : " La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. Si le demandeur ne justifie pas du respect des conditions de régularité et de permanence du séjour mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1, la commission peut prendre une décision favorable uniquement si elle préconise l'accueil dans une structure d'hébergement. () ". Il résulte des textes précités que la commission ne peut refuser d'examiner une demande d'hébergement qui lui est soumise au seul motif de l'irrégularité du séjour de l'intéressée.

4. Il ressort des pièces du dossier que la commission de médiation de la Seine-Maritime a rejeté le recours amiable formé par Mme B au motif que sa demande était irrecevable dès lors qu'elle ne disposait d'aucun titre de séjour ni d'aucune ressource, et qu'elle ne justifiait pas de démarches préalables d'hébergement. Si la commission de médiation ne pouvait rejeter le recours amiable de Mme B en se fondant exclusivement sur sa situation administrative sans méconnaître les dispositions du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation précitées, la commission a également recherché si la requérante présentait par ailleurs les conditions lui ouvrant droit à ce dispositif d'urgence dans une structure d'hébergement. C'est également en se fondant sur le motif tiré du fait que Mme B ne justifie pas de démarches préalables d'hébergement que la commission de médiation de la Seine-Maritime a rejeté le recours amiable de celle-ci. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B aurait sollicité au préalable son accueil dans une structure d'hébergement. Dès lors, Mme B, qui ne justifie pas remplir les conditions lui ouvrant droit au dispositif d'urgence, ne peut se prévaloir que la commission de médiation aurait méconnu les dispositions de l'article L. 300-1 et du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation précitées. Par suite, le moyen soulevé en ce sens ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; / -être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; / -être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; / -avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; / -être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, sans préjudice, le cas échéant, des dispositions du IV de l'article L. 441-2-3 ; / -être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ".

6. S'il est loisible à la commission de médiation de désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui se trouve dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3 mais qui ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies à l'article R. 441-14-1 cité ci-dessus, la commission n'en est pas pour le moins tenue. Au demeurant, la requérante ne peut se prévaloir de ce que la commission de médiation n'a pas fait usage de son pouvoir d'appréciation sur ce point dès lors qu'elle ne remplissait pas les conditions prévues à l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par suite, le moyen tiré de ce que la commission de médiation aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Mme B soutient que la décision de la commission de médiation porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en ce qu'elle a pour conséquence de laisser l'intéressée, ainsi que ses cinq enfants mineurs tous scolarisés, dans des conditions de vie précaires en dépit de sa bonne volonté, de ses démarches de régularisation et de ses recherches de relogement. Toutefois, en tout état de cause, dès lors que le rejet de la demande de logement de Mme B a été pris en application des dispositions mentionnées au point 3 ci-dessus, la requérante ne saurait se prévaloir, à l'encontre de la décision litigieuse, de la méconnaissance par l'administration des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision en date du 10 août 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions relatives aux frais de l'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Launois et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La magistrate désignée,

C. VAN MUYLDER

Le greffier,

J-B. MIALON

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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