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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301119

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301119

mercredi 22 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301119
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique
Avocat requérantNJEM EYOUM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mars 2023, des mémoires enregistrés les 20 mars 2023 et 21 mars 2023, et un mémoire en production de pièces du 22 mars 2023, M. C B, représenté par Me Njem Eyoum, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2023 par lequel le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable un an sans délai, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard et de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois.

M. B soutient que :

- L'arrêté attaqué :

o Est entaché d'un vice d'incompétence ;

o Est insuffisamment motivé ;

- La décision portant obligation de quitter le territoire français :

o Est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux en méconnaissance de la directive 2008/115/CE ;

o Méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o Méconnait le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o Est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;

- La décision fixant le pays de renvoi :

o Est entachée d'exception d'illégalité du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

o Méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o Méconnaît l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o Est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;

- La décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

o Est entachée d'exception d'illégalité du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

o Est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;

- La décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

o Est entachée d'exception d'illégalité du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

o Est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

o Méconnait son droit au respect de la vie privée et familiale ;

o Est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2023, le préfet de la Sarthe conclut à l'irrecevabilité de la requête et à titre subsidiaire à son rejet.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive dès lors que le recours a été introduit postérieurement au délai de 48h prévu à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal administratif de Rouen a désigné Mme A comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique du 22 mars 2023, présenté son rapport et entendu les observations orales :

* de Me Njem Eyoum, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins, abandonne le moyen tiré de l'incompétence, soutient les mêmes autres moyens que dans ses écritures, qui fait valoir en outre que :

- M. B ne représente pas une menace à l'ordre public ;

* de M. B, qui indique entretenir des liens réguliers avec ses trois sœurs résidant en France et avoir subi des traumatismes liés à la guerre civile dans son pays d'origine.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais né le 14 mai 1983 à Brazzaville, est entré en France le 9 octobre 2007 muni d'un visa D valable du 8 octobre 2007 au 6 janvier 2008. Il a ensuite bénéficié de plusieurs titres de séjour portant la mention " étudiant " jusqu'au 6 septembre 2012. Il a fait l'objet d'un refus de séjour, d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours par arrêté du 16 octobre 2012. Sa demande d'admission au titre de l'asile a été rejetée par décision du 17 octobre 2014 par l'Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides (OFPRA), confirmée par décision du 28 janvier 2015 de la Cour Nationale du Droit d'Asile (CNDA), et dont la demande de réexamen a été rejetée par décision du 29 juin 2015 de l'OFPRA. Il a fait l'objet d'un nouveau refus de séjour et d'une obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans par arrêté du 13 janvier 2020, confirmé par jugement du 26 octobre 2022 du tribunal administratif de Nantes. Il a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai avec interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans par arrêté du 10 janvier 2022. Le 15 mars 2023, M. B, qui a refusé de suivre l'escorte policière en vue de son éloignement, a été placé en garde à vue pour soustraction de l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français. Par l'arrêté attaqué du 15 mars 2023, le préfet de la Sarthe a obligé M. B à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par arrêté du 17 mars 2023, l'intéressé a été placé en rétention au centre de rétention de Oissel le 17 mars 2023.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, expose de la situation personnelle de M. B, en précisant notamment sa condamnation pénale et sa situation administrative. En outre, l'interdiction de retour sur le territoire français vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il ne justifie pas de liens intenses en France, qu'il représente une menace pour l'ordre public et a fait l'objet de trois précédentes mesure d'éloignement auxquelles il n'a pas déféré et, s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français. L'arrêté énonçant ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde pour permettre au requérant de comprendre les motifs des décisions contestées, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit par suite être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et des termes mêmes de la décision attaquée, qui mentionne, notamment, la situation administrative et personnelle de M. B, que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de ce dernier.

4. En deuxième, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

5. M. B est entré sur le territoire français en 2007. Célibataire et sans enfant, il se prévaut de la présence de sa famille en France et de la nationalité française de deux de ses sœurs. Toutefois, ces circonstances ne permettent pas d'établir qu'il aurait fixé le centre de ses intérêts personnels en France. Il ne démontre aucune insertion sociale et professionnelle. Il a été condamné le 7 mai 2015 à 200 euros d'amende par le tribunal correctionnel du Mans pour vol avec violence n'ayant pas entrainé une incapacité totale de travail et le 6 décembre 2017 à un mois d'emprisonnement avec sursis par le tribunal correctionnel du Mans pour violence sur une personne chargée de mission de service public sans incapacité en récidive. Il ne justifie pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans et où réside ses parents. Dans ces circonstances, au regard des conditions de séjour de l'intéressé, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur la situation personnelle du requérant.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ".

7. M. B étant célibataire et sans enfant, il ne peut utilement invoquer les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui est dit aux points 3 à 7 que le requérant ne peut exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ".

10. Dans les circonstances énoncées au point 5, la décision fixant le pays de renvoi le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur la situation personnelle du requérant.

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui est dit aux points 3 à 7 que le requérant ne peut exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français pour demander l'annulation de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;() 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code précité : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

13. M. B, qui a fait l'objet d'obligation de quitter le territoire français en 2012, 2020 et 2022, s'est maintenu sur le territoire. Le requérant a été condamné le 7 mai 2015 à 200 euros d'amende par le tribunal correctionnel du Mans pour vol avec violence n'ayant pas entrainé une incapacité totale de travail et le 6 décembre 2017 à un mois d'emprisonnement avec sursis par le tribunal correctionnel du Mans pour violence sur une personne chargée de mission de service public sans incapacité en récidive. Il n'a pas respecté les mesures portant assignation à résidence prises à son encontre les 13 janvier 2020 et 10 janvier 2022 et n'a pu remettre l'original de son passeport. S'il indique bénéficier d'une adresse stable en France, il ne corrobore cette allégation par aucune pièce versée au dossier. Aucune circonstance particulière n'est invoquée par le requérant pour démontrer que le risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement ne serait pas établi. Par suite, dans ces circonstances, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur la situation personnelle du requérant.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

14. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et des termes mêmes de la décision attaquée, qui mentionne, notamment, la situation administrative et personnelle de M. B, que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de ce dernier.

15. En deuxième lieu, il résulte de ce qui est dit aux points 3 à 7 que le requérant ne peut exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français pour demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

16. En dernier lieu, aux termes de l'article L 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " et aux termes de l'article L 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

17. M. B a fait l'objet d'une décision d'obligation de quitter le territoire français sans délai. Compte tenu de la situation personnelle du requérant rappelée précédemment et de la menace à l'ordre public que représente son comportement, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans n'a pas portée une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée de M. B et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

18. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 mars 2023 par lequel le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. C B et au préfet de la Sarthe.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Maritime.

Lu en audience publique le 22 mars 2023.

La magistrate désignée, La greffière,

Signé : Signé :

L. AP. HIS

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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