vendredi 31 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2301129 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | ELATRASSI-DIOME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 mars 2023, M. C A, alias J G F, représenté par Me Elatrassi, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert en Belgique ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 1 000 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, le versement à son profit de la somme de 1 500 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision de transfert :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît le 4 de l'article 12 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît le 1 de l'article 3 et l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- méconnaît l'article 53-1 de la Constitution ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. H comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 27 mars 2023, après la présentation du rapport, ont été entendues :
- les observations de Me Elatrassi, pour le requérant, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et précise que la véritable identité du requérant est bien M. C A, né le 20 février 1996.
- et les observation du requérant, qui indique qu'il était mineur lorsque sa mère a quitté la République Démocratique du Congo, qu'il a vécu chez sa grand-mère dans des conditions difficiles et qu'il a entretenu un lien avec sa mère par téléphone.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle :
1. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement le requérant à l'aide juridictionnelle.
Sur le transfert :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 2 mars 2023 vise le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, outre la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Genève du 28 juillet 1951 et le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003. Il énonce que la Belgique a explicitement accepté de reprendre en charge le requérant sur le fondement du 4 de l'article 12 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a pris connaissance, le 18 janvier 2023, de la brochure A " Information sur la demande d'asile et le relevé d'empreintes " et de la brochure B " Information sur la procédure Dublin " ainsi que du guide du demandeur d'asile. Ces livrets étaient rédigés en langue française que l'intéressé a déclaré comprendre. Par suite, le moyen tiré de ce que le requérant n'aurait pas reçu les informations prévues par l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 manque en fait.
4. En troisième lieu, la circonstance que la qualification de l'agent ayant mené l'entretien n'apparaît pas sur le résumé de l'entretien individuel du requérant est sans incidence sur la régularité de la procédure. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que cet entretien n'aurait pas été mené par une personne " qualifiée en vertu du droit national " au sens et pour l'application des dispositions de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Il apparaît en outre, à la lecture du compte rendu produit, que l'entretien individuel du requérant s'est déroulé dans des conditions permettant d'assurer sa confidentialité et permettant à l'intéressé de comprendre les informations qui lui ont été fournies et de faire valoir ses observations, dans une langue qu'il a déclaré comprendre. Enfin, les dispositions du 6 de cet article 5 n'imposent pas qu'une copie du résumé de l'entretien soit remise d'office à l'intéressée, qui en l'espèce ne justifie ni n'allègue en avoir fait la demande. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, pris en toutes ses branches, doit être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 12 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () 2. Si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale () / 4. Si le demandeur est seulement titulaire d'un ou de plusieurs titres de séjour périmés depuis moins de deux ans ou d'un ou de plusieurs visas périmés depuis moins de six mois lui ayant effectivement permis d'entrer sur le territoire d'un État membre, les paragraphes 1, 2 et 3 sont applicables aussi longtemps que le demandeur n'a pas quitté le territoire des États membres. "
6. Le requérant se prévaut de ce qu'il ne serait pas M. J G F, né le 9 janvier 1990 à Kinshasa, à qui a été délivré un visa par les autorités belges valable jusqu'au 27 septembre 2022, circonstance au regard de laquelle la Belgique a été identifiée comme étant l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile en application des dispositions citées au point précédent. Cependant, il admet lui-même par ailleurs dans ses écritures et à nouveau sans ambiguïté au cours de l'audience publique, être en réalité M. C A, né le 20 février 1996 à Kinshasa et qu'il utilisé l'identité d'Erick G F dans le seul but d'obtenir un visa afin de rejoindre l'Europe, ce qu'il a également déclaré lors de son entretien individuel du 18 janvier 2023. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 4 de l'article 12 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 manque en fait.
7. En cinquième lieu, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire.
8. La Belgique, Etat membre de l'Union européenne, est présumée respecter ses obligations découlant de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union. Pour renverser cette présomption, le requérant se borne à se prévaloir d'articles de presse faisant état des difficultés rencontrées récemment par les autorités belges dans le traitement et l'accueil des demandeurs d'asile. Ces seuls éléments ne sauraient toutefois renverser la présomption mentionnée ci-dessus. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.
9. En sixième lieu, même en l'absence de raisons sérieuses de croire à l'existence de défaillances systémiques dans l'Etat membre responsable de l'examen de la demande d'asile, le transfert d'un demandeur d'asile ne peut être opéré que dans des conditions excluant que ce transfert entraîne un risque réel et avéré que l'intéressé subisse des traitements inhumains ou dégradants. Constitue un tel traitement le transfert d'un demandeur d'asile présentant une affection mentale ou physique particulièrement grave, lorsque cette mesure entraînerait le risque réel et avéré d'une détérioration significative et irrémédiable de l'état de santé de l'intéressé. Il incombe aux autorités de l'Etat membre devant procéder au transfert et, le cas échéant, à ses juridictions, d'éliminer tout doute sérieux concernant l'impact du transfert sur l'état de santé de l'intéressé. Si le requérant se prévaut de son état de santé, il se borne à faire état d'une blessure qu'il a subie au cours d'une agression en République Démocratique du Congo au mois de janvier 2022 et qui a fait l'objet d'examens et de traitements dans ce pays. Il n'apporte ainsi aucun élément permettant de considérer que son transfert en Belgique entraînerait une détérioration significative et irrémédiable de son état de santé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance du 1 de l'article 3 et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () " La faculté laissée à chaque Etat membre, par ces dispositions, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
11. Ainsi qu'il a été dit au point 6, le requérant justifie être M. C A, né le 20 février 1996 à Kinshasa. Il justifie également être le fils de I B E, qui est entrée en France le 3 août 2008 et qui y bénéficie du statut de réfugiée depuis le 20 mai 2009 et le frère de Mme D, qui bénéficie d'un titre de séjour en qualité de réfugiée depuis le 20 juillet 2018. Il n'est pas contesté qu'il est accueilli depuis son arrivée en France par sa mère au domicile familial, où résident également sa demi-sœur et ses deux demi-frères, mineurs. Il soutient qu'il est demeuré dans son pays d'origine après le départ de sa mère dès lors qu'il était encore mineur et qu'il a toujours entretenu un contact téléphonique avec celle-ci. Cependant, si cette dernière a effectué des démarches afin d'obtenir la réunification familiale au profit du requérant en 2010, qui se sont avérées infructueuses, il ne ressort des pièces du dossier aucun autre élément de nature à étayer le lien qu'ils auraient continué d'entretenir jusqu'au départ du requérant plus de dix ans après, alors qu'il était désormais âgé de vingt-six ans. De plus, le requérant ne fait état d'aucun élément permettant d'établir que la présence de sa mère et de sa sœur en France serait de nature, outre l'hébergement dont il bénéficie, à lui procurer une aide dans ses démarches de demande d'asile. Il ressort au contraire de courriers adressés, depuis l'arrivée du requérant sur le territoire, aux services préfectoraux, par Mme B et Mme D, que ces dernières envisagent la présence du requérant avant tout comme une aide pour la famille en raison de l'état de santé dégradé de sa mère. Dans ces conditions, en n'ayant pas considéré que la France devait être désignée comme étant l'Etat membre responsable de l'examen de la demande d'asile du requérant, le préfet de la Seine-Maritime n'a ni porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard au but poursuivi, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ne mettant pas en œuvre l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, ni méconnu les dispositions de l'article 53-1 de la Constitution. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de ces stipulations et dispositions et, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée ; doivent être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 mars 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert vers la Belgique. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Le requérant est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, alias J G F, à Me Djehanne Elatrassi et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.
Le magistrat désigné,
Signé :
A. H
La greffière,
Signé :
P. HIS
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026