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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301209

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301209

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301209
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantBOYLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 mars 2023, M. A C, représenté par Me Boyle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " ou de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant le jugement à intervenir et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; d'enjoindre également la restitution de son passeport ;

3°) de mettre à la charge de l'État, représenté par le préfet, et au bénéfice de Me Boyle, la somme de 1 500 euros TTC en application de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir l'indemnité due au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Les décisions comprises dans l'arrêté attaqué :

- ont été signées par une autorité ne disposant pas d'une délégation à cette fin ;

- sont insuffisamment motivées, s'agissant, notamment, du refus de lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ;

- sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, s'agissant, notamment, du handicap de son épouse ;

- sont entachées d'une erreur d'appréciation concernant sa situation de conjoint de Français ;

- sont entachées d'erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- sont entachées d'une erreur d'appréciation concernant son insertion dans la société française.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2023, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête, en soutenant qu'elle n'est pas fondée.

M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2023.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;

- les observations de Me Niakate substituant Me Boyle, représentant M. C.

Le préfet de l'Eure n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant sierra-léonais né le 14 mai 1979 est entré irrégulièrement en France, en 2017. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par la CNDA, le 23 juin 2022. Le 21 octobre suivant, M. C a sollicité du préfet de l'Eure la délivrance d'un titre de séjour " conjoint de Français ". Par l'arrêté litigieux du 13 décembre 2022, le préfet a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français sous trente jours et a fixé son pays de destination. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté n° DCAT/SJIPE-2022-84 du 13 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de l'Eure a donné délégation à M. E Baron, directeur de la citoyenneté et de la légalité à la préfecture de l'Eure, pour signer tous arrêtés et décisions, à l'exception d'actes expressément listés, parmi lesquels ne figurent pas les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué est, par conséquent, infondé et ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige énonce, de façon suffisamment développée et précise, les considérations de fait et de droit constituant le fondement des décisions qu'il comporte. Par ailleurs, le préfet ayant accordé à M. C un délai de départ volontaire de trente jours, délai de droit commun prévu par l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel ne méconnaît pas le 2° de l'article 7 de la directive " retour ", il n'était pas tenu de motiver spécifiquement cette décision dès lors que le requérant n'avait formulé aucune demande tendant à ce qu'un délai plus long lui soit accordé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions litigieuses doit être écarté en toutes ses branches.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le Préfet de l'Eure aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. C.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

6. Au cas d'espèce, il n'est pas contesté que M. C est entré irrégulièrement, sur le territoire français de sorte qu'il ne pouvait se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-2 précité. En outre, à la supposer même établie, la circonstance qu'il n'existe pas de poste consulaire français en Sierra-Leone, est sans incidence sur la légalité de la décision. Le moyen tiré de ce que le préfet de l'Eure a entaché sa décision d'erreur d'appréciation au regard de la qualité de conjoint de Français de M. C doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

8. M. C qui réside depuis 2017, en France, se prévaut de son mariage avec Mme B D, ressortissante française. Toutefois, outre que le couple ainsi formé n'a pas d'enfants, son union avec l'intéressée a été célébrée le 15 mai 2021, alors qu'il n'ignorait rien de la précarité de sa situation administrative. L'intéressé a ainsi développé sa vie privée et familiale en France alors qu'il se trouvait en situation irrégulière. En outre, il ressort des indications, non contestées, du préfet de l'Eure, en défense, que M. C n'est pas dépourvu d'attaches personnelles ou familiales dans son pays d'origine où vivent toujours ses deux enfants mineurs ainsi que sa mère. Enfin, M. C ne justifie d'aucune activité professionnelle, ni, plus largement, d'aucune insertion, actuelle ou passée, sa participation à des activités de bénévolat pour le compte du Secours Populaire, qui n'est d'ailleurs que peu documentée, ne pouvant être regardée à elle seule comme révélant une particulière insertion sur le territoire national. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont serait entachée l'acte attaqué, au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit dès lors être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté litigieux du préfet de l'Eure. Ses conclusions formées à cette fin doivent dès lors être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Boyle et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

Le rapporteur,

C. BOUVET

La présidente,

A. GAILLARD

Le greffier,

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301209

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