mardi 2 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2301215 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 4 |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 mars 2023, M. B C, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé son pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une attestation provisoire de séjour, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Mary et Inquimbert au titre de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, valant renonciation à la part contributive de l'Etat.
M. C soutient que :
- l'arrêté attaqué :
o est entaché d'un vice de procédure dès lors que le principe général du droit de l'Union Européenne relatif au droit à être entendu préalablement à toute décision défavorable a été méconnu ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français :
o est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine préalable du collège de médecins de l'OFII ;
o est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
o méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o méconnaît l'article L.611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination :
o est insuffisamment motivée ;
o est illégale dès lors que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est elle-même illégale ;
o est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée ;
o est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête de M. C. Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1717du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir au cours de l'audience publique du 19 avril 2023, présenté son rapport et entendu les observations orales :
- de Me Inquimbert, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans ses écritures, qui fait valoir en outre que :
o la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- de M. C, assisté de M. D interprète en langue krio, qui indique n'avoir plus personne dans son pays d'origine à l'exception de son oncle qui appartient à la société poro.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant sierra-léonais né le 15 août 2000, déclare être entré en France le 6 décembre 2021. Le 11 février 2022, l'intéressé a présenté une demande d'asile, rejetée par décision du 18 juillet 2022 de l'Office Français de Protection de Réfugiés et des Apatrides (OFPRA), confirmée par décision du 3 janvier 2023 de la Cour Nationale du Droit d'Asile (CNDA). Par l'arrêté attaqué du 13 mars 2023, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé son pays de destination.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à M. C le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
3. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre les intéressés lorsque ceux-ci ont déjà eu la possibilité de présenter leur point de vue de manière utile et effective. En l'espèce, le requérant a pu faire valoir ses observations de manière utile et effective dans le cadre de l'instruction de sa demande d'asile. Son droit à être préalablement entendu ainsi satisfait n'imposait par conséquent pas à l'administration de le mettre à même de réitérer ses observations ou d'en présenter de nouvelles, préalablement à l'intervention de l'arrêté attaqué pris en application du rejet de sa demande d'asile. Dès lors, faute de justifier d'un élément qui aurait été de nature à influencer le sens de la décision contestée, et qu'il n'aurait pas été en mesure de faire valoir en temps utile, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté a été édicté en méconnaissance de son droit à être préalablement entendu.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ", et aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ".
5. M. C affirme souffrir de pathologies psychiatriques résultant de séquelles post-traumatiques suite aux mauvais traitements subis au Sierra-Léone. Il produit deux certificats médicaux établis le 7 février 2022 et 18 novembre 2022 selon lequel il présente des cicatrices de scarification sur le torse, dans le dos, sur les coudes, au niveau du sacrum et des membres inférieurs. Il y est également indiqué que l'intéressé se plaint de sensation de brûlures au niveau des cicatrices situées sur le thorax et dans le dos, de troubles de sommeil et de l'endormissement avec des voix qui le menacent de mort. Le requérant verse également une attestation de suivi psychologique bimensuel entre le 26 septembre 2022 et le 16 novembre 2022 par l'équipe mobile précarité santé mentale du groupe hospitalier du Havre. Il verse également une attestation établie le 14 novembre 2022 par un travailleur de sa résidence sociale, selon laquelle il souffre d'un traumatisme de subir à nouveau une torture physique et psychologique. A supposer même que M. C ait transmis au préfet de la Seine-Maritime les documents médicaux qu'il produit à l'instance, de tels éléments, eu égard à leur teneur, ne permettaient pas de laisser supposer qu'au jour de la décision contestée l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut était susceptible d'entrainer pour lui des conséquences d'une extrême gravité et qu'il était ainsi susceptible de bénéficier des dispositions protectrices de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Maritime a entaché sa décision d'un vice de procédure en s'abstenant de saisir l'autorité médicale pour avis. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 611-3 9° susvisée et de l'irrégularité de la procédure suivie en l'absence de saisine du collège des médecins de l'OFII doivent être écartés.
6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et des termes mêmes de la décision attaquée, qui mentionne, notamment, la situation administrative et personnelle du requérant, que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. C.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ".
8. M. C est arrivé en France en décembre 2021. Il indique avoir suivi des cours de français de mars à juin 2022. Célibataire et sans enfant, l'intéressé ne justifie pas avoir fixé le centre de ses intérêts personnels en France. Il n'établit pas être dépourvu de toutes attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusque l'âge de 21 ans. Dès lors, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire, le préfet de la Seine-Maritime aurait porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
9. En premier lieu, la décision attaquée vise, notamment, les dispositions de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a été fait application à M. C. Elle mentionne également les considérations de fait, propres à ce dernier, qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
10. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision doit être écarté.
11. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime, qui s'est livré à une analyse de la situation du requérant, ne s'est pas cru en situation de compétence liée pour prendre, à la suite du rejet de la demande d'asile de M. C, l'obligation de quitter le territoire français contestée, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la même convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
13. M. C allègue craindre de subir des tortures physiques et psychiques en cas de retour dans son pays d'origine, où il indique avoir été torturé avant son départ dans le cadre de rites pratiqués par la société Poro. Toutefois, l'intéressé se borne toutefois à se prévaloir de ses propres allégations, qu'il n'étaye par aucun élément suffisamment précis et circonstancié permettant d'établir qu'il pourrait encourir, en cas de retour au Sierra-Léone, des risques pour sa vie ou sa liberté ou qu'il y serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants alors que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 5, le requérant n'établit pas nécessiter une prise en charge médicale dont le défaut était susceptible d'entrainer pour lui des conséquences d'une extrême gravité. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. C aux fins d'annulation des décisions attaquées doivent être rejetées. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions tendant à l'application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent également qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.
La magistrate désignée,
L. A
Le greffier,
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026