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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301323

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301323

vendredi 19 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301323
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 1
Avocat requérantBOYLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

D une requête et un mémoire en production de pièces, enregistrés le 30 mars 2023 et le 6 avril 2023, Mme A C, représentée D Me Boyle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2023 D lequel le préfet de l'Eure lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jour et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour au titre de la protection temporaire, subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer dans cette attention une autorisation provisoire de séjour, le tout sous astreinte de 100 euros D jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 ; subsidiairement, de lui verser cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que les décisions :

* ont été adoptées D une autorité incompétente ;

* souffrent d'une motivation insuffisante ;

* n'ont pas été adoptées à la suite d'un examen personnalisé de sa situation ;

* reposent sur transposition erronée l'article 7.2 de la directive retour en subordonnant un délai de départ volontaire de plus de trente jours à une situation exceptionnelle ;

* procède d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre de l'article 2 de la décision d'exécution UE n° 2022/382 car elle justifie qu'elle résidait en Ukraine avant le 24 février 2022 et est un proche parent de sa sœur, qui a obtenu la protection temporaire, dont elle était à la charge.

D un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2023, préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés D Mme C ne sont pas fondés.

Vu :

­ la décision du 5 avril 2023 D laquelle Mme C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

­ la décision D laquelle le président du tribunal a désigné M. B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

­ les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ la décision n° 2022/382/UE du 4 mars 2022 ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

­ le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

­ le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique du 15 mai 2023, présenté son rapport et entendu les observations orales de Me Niakaté, substituant Me Boyle avocat représentant Mme C qui soutient que :

* l'arrêté n'a pas été adopté à la suite d'un examen sérieux de sa situation car la présence de sa famille en France n'est pas mentionnée ;

* elle justifie de sa présence en Ukraine bien qu'elle ne disposait pas d'un titre de séjour ;

* elle n'a plus de liens en Arménie de sorte que la décision méconnaît son droit à sa vie privée et familiale ;

* sa sœur et sa mère n'ont pas fait l'objet d'une mesure d'éloignement ;

* que la décision repose sur des faits inexacts.

Le préfet n'étant ni présent ni représenté.

L'instruction étant close à l'issue de l'audience à 09 heures 14, en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante arménienne, née le 11 avril 1990, entrée sur le territoire français en provenance d'Ukraine, a déposé une demande d'asile qui a été rejetée D l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 septembre 2022. D arrêté du 10 mars 2023, le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours aux motifs Mme C provient d'un pays d'origine sûre, qu'elle ne bénéficie plus du droit de sa maintenir en France, qu'elle ne peut justifier de document de voyage ou d'identité en cours de validité, qu'elle n'a pas sollicité son admission au séjour à un autre titre que l'asile, que, célibataire et sans charge de famille et alors que sa sœur et sa mère ont également été déboutées de leur demande d'asile, elle n'établit pas l'ancienneté de sa présence en France ni être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, que sa situation personnelle ne permet pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, que sa situation ne contrevient pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que rien ne s'oppose à ce qu'elle soit obligée de quitter le territoire français.

2. En premier lieu, Mme Dorliat-Pouzet, secrétaire générale de la préfecture, qui a signé les décisions attaquées, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de l'Eure du 23 août 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer les décisions en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et notamment la présence de la mère et la sœur de la requérante, le rejet de leur demande d'asile ainsi que la référence à l'absence de circonstances nécessitant l'octroi d'un délai de départ volontaire d'une durée supérieure. Ces décisions, D ailleurs prises après un examen particulier de la situation de Mme C D le préfet de l'Eure, sont donc suffisamment motivées.

4. En troisième lieu, les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient que, pour satisfaire à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français, l'étranger dispose d'un délai de trente jours à compter de sa notification pour rejoindre tout pays dans lequel il est légalement admissible et que l'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Aux termes de l'article 7 de la directive du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier : " 1. La décision de retour prévoit un délai approprié allant de sept à trente jours pour le départ volontaire, sans préjudice des exceptions visées aux paragraphes 2 et 4. () 2. Si nécessaire, les États membres prolongent le délai de départ volontaire d'une durée appropriée, en tenant compte des circonstances propres à chaque cas, telles que la durée du séjour, l'existence d'enfants scolarisés et d'autres liens familiaux et sociaux. ". En prévoyant qu'un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français peut, eu égard à sa situation personnelle, se voir accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours à titre exceptionnel, les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas eu pour objet et ne sauraient avoir pour effet de méconnaître le principe, posé D l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008, selon lequel ce délai, de sept à trente jours en principe, peut être prolongé en cas de nécessité au regard de circonstances propres à la situation de l'étranger. Dès lors, le moyen tiré de l'exception d'inconventionnalité de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de l'article 7 de la directive n°2008/115/CE, doit être écarté.

5. En quatrième lieu, si Mme C soutient qu'elle a présenté une demande de protection temporaire, cela n'est pas corroboré D les pièces du dossiers dont il ressort qu'elle a déposé une demande d'asile. L'arrêté en litige n'a, ainsi, pas été adopté à la suite d'une demande d'octroi de la protection temporaire prévue D la décision n° 2022/382/UE du 4 mars 2022. D suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation qui auraient été commises dans l'application de ce texte, qui sont inopérants, doivent être écartés.

6. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C, entrée selon ses dires sur le territoire français le 12 mars 2022, célibataire et sans enfant, n'est entrée en France qu'à l'âge de trente-et-un ans après avoir vécu la majeure partie de son existence dans son pays d'origine. Elle ne justifie pas avoir constitué de vie familiale en France, ni être particulièrement insérée socialement et professionnellement dans la société française. D ailleurs, si l'une des sœurs de la requérante dispose d'une autorisation provisoire de séjour au titre de la protection temporaire, son autre sœur ainsi que leur mère ont vu leur demande d'asile rejetée. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressée en France, il n'est pas établi que l'arrêté en litige du préfet de l'Eure du 10 mars 2023 ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi, D voie de conséquence, que celles présentées à fin d'injonction et au titre des frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Boyle et au préfet de l'Eure.

Rendu public D mise à disposition au greffe le 19 mai 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

T. B

Le greffier,

Signé

O. PANNIER CRÉANTLa République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

O. PANNIER CRÉANT

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