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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301327

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301327

mercredi 5 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301327
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantLAHBIB SAFA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mars 2023, M. B E, actuellement retenu au centre de rétention de Oissel, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 31 mars 2023 par lequel la préfète du Loiret l'a maintenu en rétention administrative durant sa demande de réexamen de sa demande d'asile par l'OFPRA.

Il soutient que :

- l'arrêté est signé par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il méconnaît le droit d'être entendu prévu par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L.754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2023, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens de légalité externes soulevés par le requérant sont inopérant et que les autres moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de Mme Savornin, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Boyer, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Lahbib, avocate désignée d'office, représentant

M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête. Elle précise que l'article L.556-1 ayant été abrogé, les moyens de légalité externe présentés dans la requête sont opérants et fondés, que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'intéressé n'a eu connaissance de la décision de l'OFPRA qu'à son arrivée au centre de rétention le 26 mars 2023. Elle demande son admission à l'aide juridictionnelle provisoire ;

- M. E était assisté d'une interprète, Mme C.

La préfète du Loiret n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, né le 23 octobre 1984 à Kutaisi en Géorgie de nationalité géorgienne, déclare être entré en France le 7 juillet 2022 pour y demander l'asile. Sa demande d'asile présentée le 20 juillet 2022 a été enregistrée en procédure accélérée dès lors que la Géorgie est considérée comme un pays sûr. Sa demande a été clôturée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 2 septembre 2022. Par arrêté du 1er septembre 2022, la préfète de l'Indre-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai. Par arrêté du 26 mars 2023, la préfète du Loiret l'a placé en rétention administrative. Placé au centre de rétention administrative d'Oissel, M. E a déposé le 30 mars 2023 une demande de réexamen de sa demande d'asile. Par l'arrêté attaqué du 31 mars 2023, notifié le même jour par le truchement d'un interprète en langue géorgienne, la préfète du Loiret a maintenu son placement en rétention pendant l'examen de sa demande de réexamen.

M. E demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer, d'admettre provisoirement le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13 ". Aux termes de l'article L. 754-3 de ce même code : " () si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ () ". Enfin, aux termes de l'article L. 754-4 de ce même code : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision de maintien en rétention dans les quarante-huit heures suivant sa notification pour contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement () ".

4. En premier lieu, il résulte des termes mêmes des dispositions précitées que l'annulation d'une décision par laquelle l'autorité administrative maintient en rétention un étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile ne peut être utilement demandée que dans la mesure de la contestation des motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement. Il en résulte que les moyens relevant de la légalité externe de l'arrêté du 31 mars 2023 ne peuvent qu'être écartés comme inopérants. Par suite les moyens tirés de l'incompétence du signataire de l'arrêté, de son absence de motivation et de ce qu'il aurait été pris au terme d'une procédure irrégulière en méconnaissance du droit d'être entendu, doivent être écartés en tant qu'ils sont inopérants.

5. En deuxième lieu, il résulte des dispositions rappelées au point 3, que l'autorité administrative ne peut ordonner le maintien en rétention administrative d'un ressortissant étranger ayant présenté une demande d'asile durant cette rétention que si elle estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement préalablement prise à son encontre.

6. Pour maintenir M. E en rétention la préfète du Loiret relève que l'intéressé mis en rétention le 26 mars 2023 a déposé sa demande de réexamen de sa demande d'asile clôturée par décision de l'OFPRA du 2 septembre 2022, seulement le 30 mars 2023 pour faire échec à son éloignement, que l'intéressé ne présente aucune garantie de représentation en l'absence de revenu et de documents d'identité et de voyage en cours de validité. Si

M. E soutient que sa demande d'asile n'est pas dilatoire car il éprouve des craintes réelles et actuelles en cas de retour dans son pays d'origine, il se prévaut des suites d'un accident de la circulation pour lequel au demeurant il indique avoir été reconnu non coupable de l'accident par le juge géorgien. Par ailleurs, lors de son audition du 1er septembre 2022 pour des faits de vol dont il produit le procès-verbal, il relatait ce même accident et indiquait qu'il préférait retourner en Géorgie qu'aller en prison en France alors même qu'il avait présenté sa demande d'asile le 20 juillet 2022 et ne faisait alors part d'aucune crainte en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la préfète du Loiret a fait une exacte application des dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que la demande de réexamen de la demande d'asile effectuée en rétention par M. E avait été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de cette décision doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B E est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 3 : Le jugement sera notifié à M. B E et à la préfète du Loiret.

Lu en audience publique le 5 avril 2023.

La magistrate désignée,

Signé :

C. A

La greffière,

Signé :

M. D

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301327

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