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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301347

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301347

vendredi 5 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301347
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 2
Avocat requérantESSOUMA AWONA BENJAMIN-MARIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mars 2023, Mme B A, représentée par Me Essouma Awona, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir l'arrêté du 27 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer, sans délai, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et dans l'attente, de lui délivrer sans délai, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendue ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendue ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de renvoi :

- est insuffisamment motivée ;

- intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendue ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 24 avril 2023, le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 3 mai 2023, a été entendu le rapport du magistrat désigné.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction est intervenue après appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante guinéenne née le 8 avril 1994, déclare être entrée, le 9 octobre 2021, en France. Le 18 octobre 2021, l'intéressée a déposé une demande d'asile en préfecture de la Seine-Maritime. Par décision du 13 avril 2022, confirmée par une décision du 18 novembre 2022 de la cour nationale du droit d'asile (CNDA), l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté la demande d'asile de Mme A. Par l'arrêté attaqué du 27 février 2023, le préfet de la Seine-Maritime a fait obligation à l'intéressée de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application des dispositions mentionnées au point précédent.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. Mme A soutient que la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée, qu'elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendue, qu'elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, qu'elle méconnaît tant les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, et enfin qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, ces moyens ne sont invoqués au soutien d'aucune conclusion tendant à l'annulation d'une décision portant refus de titre de séjour, dont il ne ressort en outre pas des termes de l'arrêté du 27 février 2023 qu'il a un tel objet ni une telle portée. L'ensemble de ces moyens doit dès lors en tout état de cause être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, vise les dispositions dont elle fait application, et indique que Mme A ne dispose plus d'un droit à se maintenir sur le territoire français. Elle fait également état de sa situation personnelle et familiale, à la fois sur le territoire français et dans son pays d'origine. Elle comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, lorsqu'il sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection internationale, un étranger ne saurait en principe ignorer qu'en cas de rejet de sa demande, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il s'est vu remettre une information complète sur ses droits et obligations, par écrit et dans une langue qu'il comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Il appartient dès lors au demandeur d'asile qui s'est vu remettre cette information, laquelle remise constitue une garantie, lors du dépôt de sa demande ou en cours d'instruction, de faire valoir auprès de l'autorité préfectorale toute observation supplémentaire dans l'éventualité de l'intervention d'une mesure d'éloignement.

7. Il ressort des pièces des dossiers que Mme A, de nationalité guinéenne, s'est vu remettre, le 18 octobre 2021, lors du dépôt de sa demande d'asile, le guide du demandeur d'asile, qui comporte l'information mentionnée au point précédent, en langue française, qu'elle ne conteste pas lire et comprendre. L'intéressée n'allègue pas que l'information remise était insuffisante. Le droit de l'intéressée à être préalablement entendue, ainsi satisfait, n'imposait pas au préfet de la mettre à même de réitérer ses observations ou d'en présenter de nouvelles, préalablement à l'intervention de la décision attaquée prise par suite du rejet de sa demandes d'asile par l'OFPRA, puis la CNDA. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que par courrier du 26 janvier 2023, notifié le 1er février, ce que Mme A ne conteste pas sérieusement, le préfet de la Seine-Maritime a invité cette dernière à présenter ses observations sur l'éventualité de l'édiction à son encontre d'une obligation de quitter le territoire français. Si Mme A indique " s'être donné la peine de faire connaître sa situation au préfet ", elle n'apporte aucun commencement de preuve en ce sens, alors en outre qu'il ressort des termes de la décision attaquée que le courrier précité est resté sans réponse. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de l'intéressée à être entendue préalablement à l'intervention d'une décision qui l'affecterait défavorablement, doit être écarté.

8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

9. En quatrième lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

10. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

12. Mme A soutient qu'elle est mère d'un enfant dont le père est de nationalité française, qui contribue régulièrement à son entretien et avec lequel il a des liens fréquents. Toutefois, l'intéressée n'apporte aucun commencement de preuve permettant d'établir la nationalité française du père de son enfant, ni l'intensité, voire même la réalité, des relations qu'ils entretiennent tous deux. En outre, Mme A, arrivée en France il y a un peu plus d'un an, n'y justifie d'aucune attache particulière, alors en outre qu'elle n'allègue pas être dépourvue de liens familiaux dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations citées aux deux points précédents doivent être écartés. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de Mme A.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 12 que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi de la mesure d'éloignement doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette mesure doit être écarté.

14. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions dont elle fait application, et indique que Mme A n'établit pas être exposée à un risque, en cas de retour dans son pays d'origine, de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Elle comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

15. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de Mme A à être entendue préalablement à l'intervention d'une décision qui l'affecterait défavorablement doit en tout état de cause être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 27 février 2023 du préfet de la Seine-Maritime doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Essouma Awona et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 5 mai 2023.

Le magistrat désigné,

J. CLa greffière,

N. Drouilhet

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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