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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301395

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301395

mardi 26 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301395
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantLEPEUC MARIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 avril 2023, et un mémoire en production de pièces, enregistré le 25 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Lepeuc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, dans le délai de sept jours, un récépissé de demande de titre dans l'attente du réexamen de sa situation ;

3°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'État en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou à titre subsidiaire de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- S'agissant de la décision portant refus de séjour :

o elle n'est pas suffisamment motivée ;

o elle méconnaît les stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

o elle a été prise sans examen de sa situation personnelle ;

o elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

- S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

o elle n'est pas suffisamment motivée ;

o elle méconnaît l'autorité de la chose jugée ;

o elle a été prise sans examen de sa situation personnelle ;

o elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

- S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

o elle n'est pas suffisamment motivée ;

o elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 24 avril 2023 admettant M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère,

- et les observations de Me Lepeuc, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité algérienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 mars 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la légalité du refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit sur lesquelles elle est fondée et indique, notamment, la nationalité de M. A, les mesures d'éloignement dont il a fait l'objet, sa situation familiale et administrative et la circonstance qu'il n'établit pas encourir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Elle est donc suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime, qui n'était pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments portés à sa connaissance, n'aurait pas effectué un examen approfondi de la situation personnelle de M. A avant l'édiction de la décision contestée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () "

5. M. A admet être entré irrégulièrement en France. Il ne remplit donc pas l'ensemble des conditions cumulatives auxquelles est subordonnée la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit donc être écarté.

6. En dernier lieu, si M. A soutient être entré en France fin 2017, il ne l'établit pas par les pièces qu'il produit. Marié avec une ressortissante française en décembre 2020, il est entré irrégulièrement en France et ne remplit pas les conditions pour la délivrance d'un titre de séjour au regard de son mariage. Il ne démontre pas avoir de réelles perspectives d'insertion professionnelle ni une insertion sociale particulière. La séparation avec son épouse ne serait que de courte durée, le temps de solliciter dans son pays d'origine la délivrance d'un visa. Il n'est pas dépourvu de toute attache en Algérie où il lui-même vécu au-moins jusqu'à l'âge de 18 ans et où résident ses parents et une partie de sa fratrie. Compte tenu des buts poursuivis par la décision en litige, et en dépit d'une démarche de procréation médicalement assistée qui serait en cours, en ayant refusé la délivrance d'un titre de séjour à M. A, qui relève des " catégories précédentes " au sens du 5) de l'article 6 de l'accord, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent également être écartés.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisante motivation, du défaut d'examen de sa situation personnelle, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les motifs exposés aux points 2, 3 et 6.

8. En second lieu, c'est à l'issue du réexamen de la situation de l'intéressé auquel le préfet de la Seine-Maritime a été enjoint par une décision juridictionnelle du 1er février 2023 que la décision en litige du 14 mars 2023 a été adoptée. M. A ne peut donc pas utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'autorité de la chose jugée.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2.

10. En second lieu, il résulte de ce qui précède que les décisions ayant refusé à M. A la délivrance d'un titre de séjour et l'ayant obligé à quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant le pays de son éloignement doit donc être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation l'arrêté du 14 mars 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Marie Lepeuc et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.

La rapporteure,

H. JEANMOUGIN Le président,

P. MINNE

Le greffier,

N. BOULAY

N°2301395

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