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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301436

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301436

vendredi 5 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301436
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLEROY Magali

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrés les 8, 12 avril et 2 mai 2023, Mme A, représentée par Me Leroy, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté en date du 20 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé son renouvellement de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de réexaminer sa demande de renouvellement de titre de séjour dans le délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir, et à titre subsidiaire, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de huit jours, ensemble sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 960 euros, à titre principal, à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, et à titre subsidiaire, à lui verser directement, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est caractérisée, dès lors qu'elle était titulaire d'un récépissé de renouvellement de titre de séjour ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, dès lors que :

o elle est insuffisamment motivée ;

o elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et complet ;

o elle méconnait les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o elle méconnait les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

o elle méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

o elle est entachée d'un défaut de saisine de la commission du titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 5 avril 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 8 avril 2023 sous le numéro 2301435 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bailly, vice-présidente pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Hussein, greffière d'audience, Mme B a lu son rapport et a entendu les observations de Me Leroy, représentant Mme A, qui reprend les éléments de sa requête.

Une pièce complémentaire a été produite par Mme A le 3 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante camerounaise, née le 15 octobre 1989, s'est vue remettre, le 10 janvier 2021, une carte de séjour temporaire, valable du 11 juin 2021 au 10 juin 2022, en qualité de parent d'enfant français au titre de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 1er juillet 2022, la requérante a sollicité son renouvellement. Par arrêté du 20 janvier 2023, notifié le 23 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui renouveler son titre de séjour. Par la présente requête, Mme A demande la suspension de l'exécution de cet arrêté du 20 janvier 2023.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour.

4. Pour démontrer l'urgence à suspendre la décision contestée, Mme A soutient que le refus de renouvellement de son titre de séjour la place dans une situation de précarité, dès lors qu'il lui interdit de travailler et ainsi subvenir à ses besoins et ceux de son enfant français, âgé de 3 ans, alors qu'elle a débuté une formation rémunérée d'agent de propreté et d'hygiène au sein du Greta du Grand Quevilly. Dans ces conditions, Mme A justifie de circonstances particulières caractérisant une situation d'urgence au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige.

6. Les deux conditions prévues à l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".

8. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de munir Mme A d'une autorisation provisoire de séjour, avec autorisation de travail dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, jusqu'au jugement de la requête aux fins d'annulation présentée par la requérante.

Sur les frais du litige :

9. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Leroy, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Leroy de la somme de 800 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du préfet de la Seine-Maritime en date du 20 janvier 2023 rejetant la demande d'admission au séjour de Mme A est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime de munir Mme A d'une autorisation provisoire de séjour, avec autorisation de travail dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve que Me Leroy renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Leroy, avocate de Mme A, une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A, à Me Leroy et au préfet de la Seine-Maritime.

Fait à Rouen, le 5 mai 2023.

La juge des référés,

P. BLa greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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