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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301491

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301491

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301491
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantGOMEZ AUDREY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 avril 2023, M. H, retenu au centre de rétention administrative de Oissel, demande au tribunal :

1) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté en date du 12 avril 2023 par lequel le préfet du Finistère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2023 à 11h 42, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouvet, premier conseiller, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 18 avril 2023, ont été entendus :

- le rapport de M. C ;

- les observations de Me Gomez, avocate désignée d'office, pour le requérant, qui reprend et complète les conclusions et moyens de la requête ;

- les observations de M. B, assisté de M. E, interprète en arabe.

Le préfet du Finistère n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. H, ressortissant tunisien né le 10 octobre 1998, a été interpellé et placé en garde à vue par des fonctionnaires de police de Brest, le 11 avril 2023, pour des faits de menaces de mort sur la personne de son ex-concubine. Le caractère irrégulier de son séjour ayant été constaté, il s'est vu notifier, le 12 avril 2023, un arrêté du préfet du Finistère l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant son pays de renvoi et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, Mme D F, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration à la préfecture du Finistère était bien compétente, en vertu d'un arrêté régulièrement publié en date du 27 janvier 2023 du préfet de ce département, pour signer les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux manque donc en fait.

3. En deuxième lieu, chacune des décisions attaquées contenues dans l'arrêté en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont, par suite, suffisamment motivées.

4. En troisième lieu, si M. B se prévaut de sa relation avec une ressortissante française, Mme A, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été interpellé le 28 mai 2021, le 3 mars 2023 et le 11 avril 2023 pour des faits de violences suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours et menaces de mort sur personne étant ou ayant été concubin. Mme A, qui fait état de violences régulières de l'intéressé, a d'ailleurs déposé plainte contre lui pour ces faits, le 11 avril 2023. Il ressort, en outre, des éléments versés aux débats que M. B est convoqué devant le tribunal correctionnel de Brest, le 6 novembre 2023, pour y être jugé sur les faits précités de 2021 et d'avril 2023. Enfin, M. B a lui-même indiqué, au cours des débats, qu'il était séparé de Mme A. L'intéressé n'est dès lors pas fondé à se prévaloir de sa relation avec Mme A pas plus qu'il n'est fondé, ainsi qu'il l'a fait à l'audience, à dénoncer un " acharnement " de la Police à son encontre, pour invoquer une méconnaissance, par l'autorité préfectorale, de sa situation personnelle. M. B a, par ailleurs, fait l'objet, le 5 septembre 2021, d'un arrêté du préfet du Finistère portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, auquel il n'a pas déféré. Il a fait l'objet, le même jour, d'une mesure d'assignation à résidence qu'il n'a pas davantage respectée, ainsi qu'en atteste le procès-verbal de carence du 23 septembre 2021 du Commissariat de Brest. Outre les faits de violences conjugales et menaces précités, l'intéressé est défavorablement connu de la police et de la gendarmerie pour des faits d'abus de confiance et de violences avec arme. Il ressort enfin des éléments produits que M. B est isolé sur le territoire français, où il n'exerce aucune activité professionnelle, et qu'il ne justifie pas être dépourvu d'attaches en Tunisie, son pays d'origine, où il a vécu jusqu'en 2019, et dans lequel il n'établit pas encourir le risque de subir des traitements inhumains ou dégradants. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le préfet du Finistère n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B, pas plus qu'il n'a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation, en édictant l'arrêté litigieux à l'encontre de l'intéressé.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent dès lors être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H et au préfet du Finistère.

Prononcé en audience publique le 18 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Signé :

C. C

La greffière,

Signé :

M. G

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301491

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