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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301497

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301497

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301497
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 1
Avocat requérantLAHBIB SAFA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire en production de pièces et un mémoire complémentaire, enregistrés le 12 avril 2023, le 15 mai 2023 et le 20 mai 2023, M. B A, représenté par Me Somda demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er avril 2023 par lequel le préfet de l'Eure lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de sa situation sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

* il pensait avoir le droit de conduire en France et a paniqué lors de l'accident ;

* il n'a eu un rendez-vous pour déposer sa demande d'asile que le 3 avril 2023, auquel il s'est bien présenté, alors qu'il s'était présenté dès février 2023 ;

* l'arrêté procède d'une erreur de droit car il est protégé de l'éloignement en raison de son statut de demandeur d'asile ;

* contrairement à ce qu'indique le préfet il est exposé à des traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans son pays d'origine ;

* l'arrêté n'a pas été adopté à la suite d'un examen personnalisé de sa situation ;

* les décisions sont insuffisamment motivées ;

* l'obligation de quitter le territoire français a été adoptée par une autorité incompétente et à la suite d'un refus de séjour irrégulier ;

* le préfet a commis une erreur de droit en se sentant tenu d'accorder un délai de départ volontaire de trente jours ;

* la décision fixant le pays de son renvoi repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale et procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2023, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

­ la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. E comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

­ les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

­ le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

­ le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique du 22 mai 2023, présenté son rapport et entendu :

* les observations orales de Me Somda, avocat commis d'office représentant M. A qui soutient que :

- la preuve de la compétence de l'auteur des décisions n'est pas apportée ;

- la motivation de l'arrêté est stéréotypée ;

- sa situation personnelle n'a pas été examinée ;

- son renvoi en Turquie l'exposerait à des traitements contraires à l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison de son activisme politique.

* de M. A qui, par le truchement de Mme C, interprète en turc, soutient que :

- il a déposé sa demande d'asile en préfecture le 6 avril 2023 ;

- il a obtenu un secours financier de la part de France Terre d'Asile (FTDA) avant cette date.

L'instruction étant close à l'issue de l'audience à 14 heures 21, en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc, né le 26 septembre 2000, est, selon ses dires, entré sur le territoire français en 2023. Interpellé à la suite d'un accident de la circulation, le préfet de l'Eure a, par décision du 1er avril 2023, prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours aux motifs que M. A ne dispose pas d'un titre de séjour, qu'il séjourne irrégulièrement sur le territoire français, qu'il constitue une menace pour l'ordre public, que disposant d'un rendez-vous avec FTDA le 3 avril rien n'indique qu'il l'honorera, que célibataire et sans charge de famille, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, qu'il est sans ressources et sans domicile, qu'il ne remplit aucune des conditions permettant la délivrance de plein droit d'un titre, que sa situation ne contrevient pas aux stipulations des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'il n'a pas déposé de demande d'asile et n'est pas protégé contre l'éloignement.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président [] ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " [] L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. " Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, Mme D F qui a signé les décisions attaquées, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de l'Eure en date du 13 septembre 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer les décisions en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait.

4. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces décisions, qui, faisant état des éléments pertinents relatifs à la situation de M. A ont été prises après un examen particulier de la situation de ce dernier par le préfet de l'Eure, sont donc suffisamment motivées.

5. En troisième lieu, à la date de l'arrêté litigieux, il n'est pas contesté que M. A n'avait pas déposé de demande d'asile. Par suite, il ne se trouvait pas dans une situation interdisant au préfet de l'Eure d'adopter une obligation de quitter le territoire français à son encontre. La circonstance que, depuis lors, sa demande d'asile a bien été enregistrée et que l'intéressé dispose d'une attestation valable jusqu'au 5 février 2024 est sans incidence sur la légalité de la décision adoptée le 1er avril 2023. Toutefois, cet élément est de nature à empêcher l'exécution d'office de la décision d'éloignement prise à son encontre durant le temps de l'examen de sa demande d'asile.

6. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français en raison de l'irrégularité du refus de séjour opposé à M. A, qui n'est d'ailleurs pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bienfondé, est inopérant dès lors qu'un refus de séjour n'est pas le motif de la décision contestée.

7. En cinquième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet de l'Eure se serait, contrairement à ce que soutient M. A, cru en situation de compétence liée pour adopter le délai de départ volontaire de trente jours octroyé au requérant, de sorte que le moyen tiré de l'erreur de droit commise dans la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En sixième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français adoptée doit être écarté.

9. En dernier lieu, l'intéressé ne justifie pas être exposé à des peines ou traitement contraire à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine de sorte que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de cette convention et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er avril 2023 par lequel le préfet de l'Eure lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. Par voie de conséquences les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : L'exécution d'office de la décision d'éloignement prise à l'encontre de M. A ne pourra intervenir durant l'examen de sa demande d'asile.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Aminita Somda et au préfet de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

Le magistrat désigné,

Signé :

T. E

Le greffier,

Signé :

N. BOULAYLa République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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