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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301595

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301595

mardi 25 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301595
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2023, et un mémoire complémentaire enregistré le 25 avril 2023, M. A F, retenu au centre de rétention administrative de Oissel, demande au tribunal :

1) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté en date du 18 avril 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les dispositions du 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- elle est irrégulière en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est irrégulière en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est irrégulière en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 24 avril 2023, le président du tribunal a désigné M. D comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 25 avril 2023, ont été entendus :

- le rapport de M. D ;

- les observations de Me Larousse, avocate désignée d'office, pour le requérant, qui reprend et complète les conclusions et moyens de la requête ;

- les observations de M. F, assisté de M. C, interprète en arabe.

Le préfet de Maine-et-Loire n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A F, ressortissant tunisien né le 2 janvier 1987, est entré en France le 26 janvier 2018 sous couvert d'un visa de long séjour " vie privée familiale " valable jusqu'au 16 janvier 2019. Il a épousé Mme B E, ressortissante française, le 16 juin 2017 à Kabira (Tunisie), le mariage a été retranscrit par le service central d'état civil le 7 septembre 2017. Par arrêté du 29 juillet 2020, le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours. M. F a formé un recours contre cette décision, dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal administratif de Nantes du 24 décembre 2020 et par la cour administrative d'appel de Nantes le 8 octobre 2021. Par arrêté du 5 janvier 2021, le préfet de Maine-et-Loire a assigné à résidence M. F pour une durée de 45 jours, avant que cette durée ne soit prolongée de six mois par arrêté du 29 septembre 2021. Le requérant s'est vu notifier, le 18 avril 2023, un arrêté du préfet de Maine-et-Loire l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant son pays de renvoi et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. F demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision d'éloignement, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. En outre, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise, que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait été, à un moment de la procédure, informé de ce qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ou mis à même de présenter des observations. Si les militaires de la gendarmerie de la communauté de brigades de Durtal ont entendu M. F, le contenu des procès-verbaux fait apparaître que les enquêteurs ont strictement limité le contenu de l'audition au seul contexte des faits de violences volontaires allégués par la plaignante, Mme B E. L'unique question posée par les militaires de la gendarmerie à M. F sur sa situation administrative n'a pu permettre à elle seule à M. F de présenter de manière utile et effective son point de vue sur la perspective d'éloignement, ou même sur l'irrégularité de son séjour. A aucun moment le requérant n'a été informé au cours de son audition par les services de gendarmerie qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il ressort des pièces du dossier que le 18 avril à 19h10, étaient notifiés à M. F la fin de sa garde à vue ainsi que l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 18 avril 2023 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour sur le sol français pendant deux ans, M. F étant immédiatement placé en rétention administrative afin d'être escorté vers le centre de rétention de Oissel. En l'espèce, le requérant s'il a pu indiquer la date de célébration de son mariage soit le 28 juin 2017, a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision contestée le fait qu'il était marié depuis plus de trois ans avec une ressortissante française avec laquelle la communauté de vie n'avait pas cessé. Dès lors, à aucun moment M. F n'a été mis à même de formuler ses observations par écrit avant que n'intervienne la décision contestée. Dans ces conditions, la décision a méconnu le droit de M. F à être entendu.

4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. F dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français doivent être accueillies. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'annulation de la décision refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans doivent être également accueillies.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

6. L'annulation de l'obligation de quitter le territoire français faite à M. F implique, en application des dispositions précitées de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de procéder au réexamen de sa situation et, dans l'attente, qu'il soit muni d'une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire ou à tout préfet territorialement compétent, de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois et, dans l'attente, de munir M. F d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a en revanche pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 18 avril 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. A F dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, de lui délivrer, jusqu'à ce qu'il soit statué sur son cas, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : le surplus des conclusions est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et au préfet de Maine-et-Loire.

Prononcé en audience publique le 25 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Signé :

V. D

La greffière,

Signé :

P. HIS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301595

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