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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301609

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301609

mardi 25 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301609
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantSEYREK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête enregistrée 20 avril 2023, M. B C, représenté A Me Seyrek, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2023 A lequel le préfet de la Seine-Maritime a adopté à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de son renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2023 A lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros A jour de retard ;

4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

* La décision portant obligation de quitter le territoire français :

­ a été signée A une autorité incompétente ;

­ souffre d'une motivation insuffisante ;

­ a méconnu son droit à être entendu consacré A l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

­ méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ procède d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

* La décision de refus d'un délai de départ volontaire :

­ est insuffisamment motivée ;

­ a méconnu son droit à être entendu consacré A l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

­ est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

­ procède d'une application de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui transpose irrégulièrement la directive dite " retour " ;

­ méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ procède d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

* La décision fixant le pays de destination :

­ est insuffisamment motivée ;

­ a méconnu son droit à être entendu consacré A l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

­ elle n'a pas été adoptée à la suite d'un examen personnalisé de sa situation.

* La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

­ a été signée A une autorité incompétente ;

­ est insuffisamment motivée ;

­ méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

* La décision l'assignant à résidence :

­ a été signée A une autorité incompétente ;

­ est insuffisamment motivée ;

­ est entachée d'illégalité A voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français ;

­ méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

A un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés A M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code de justice administrative.

A une décision du 24 avril 2023, le président du tribunal a désigné M. E comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

L'instruction étant close à l'issue de l'audience à 14 heures 05, en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien, né le 12 mai 1993 à Mostaganem, est, selon ses dires, entré sur le territoire français au cours du mois d'août 2019. M. C s'est vu notifier le 27 février 2022 un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, décision à laquelle il n'a pas déféré. A arrêté en date du 20 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime a pris à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois aux motifs qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français, qu'il a fait l'objet de différentes condamnations représentant une menace pour l'ordre public, qu'il n'a fait aucune démarche tendant à ce que lui soit délivré un titre de séjour depuis son arrivée en France, qu'il ne remplit aucune des conditions de l'accord franco algérien, ne justifie pas de l'existence d'une communauté de vie stable et ancienne avec celle qu'il présente comme sa concubine, qu'il ne justifie pas exercer un emploi, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et que M. C n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. A décision du 20 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime a décidé d'assigner M. C à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. C demande l'annulation de ces décisions.

Sur les moyens communs aux décisions :

2. En premier lieu, M. H F qui a signé les décisions attaquées, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime en date du 30 janvier 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer les décisions en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces décisions, prises après un examen particulier de la situation de M. C A le préfet de la Seine-Maritime sont donc suffisamment motivées.

4. En troisième lieu, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur les décisions l'obligeant à quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi ou l'assignant à résidence dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. A ailleurs, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition signé A l'intéressé, que M. C a été entendu A les services de police le 19 avril 2023 sur sa situation personnelle, notamment en ce qui concerne son âge, sa nationalité, sa situation de famille dont son projet de mariage avec Mme D G, ses attaches dans son pays d'origine, les raisons et conditions de son entrée en France, ses conditions d'hébergement ainsi que, de façon spécifique, sur l'éventuelle adoption à son encontre de mesures d'éloignement et d'assignation à résidence. Le requérant a eu ainsi la possibilité, au cours de cet entretien, de faire connaître des observations utiles et pertinentes de nature à influer sur les décisions prises à son encontre. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C disposait d'informations tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise à son encontre les mesures qu'il conteste et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de ces décisions. A suite, le moyen tiré de ce que les décisions contestées méconnaîtraient le principe général du droit d'être entendu qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne doit être écarté.

Sur les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français sans délai :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ;() ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " A dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () "

6. D'une part, il est constant que M. C est entré irrégulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Sa situation permettait ainsi au préfet d'envisager d'adopter à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai. D'autre part, M. C, qui serait entré sur le territoire français au cours du mois d'août 2019, soutient qu'il a établi en France le centre de ses attaches privées et familiales. Il n'est pas sérieusement contesté que le requérant entretient une relation stable avec une ressortissante française avec laquelle il a en commun une fille prénommée Layla née le 6 décembre 2022. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. C, s'il soutient participer à l'entretien et l'éducation de sa fille, ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations. M. C a été interpellé le 19 avril 2023 A les services de police du Havre requis A sa compagne, se disant victime de violences conjugales. M. C est A ailleurs entré en France qu'à l'âge de vingt-six ans après avoir toujours vécu dans son pays d'origine où il n'allègue pas ne plus disposer de membres de sa famille. A ailleurs, l'intéressé ne justifie pas être particulièrement inséré socialement et professionnellement dans la société française. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, il n'est pas établi que la décision en litige du préfet de la Seine-Maritime du 20 avril 2023 ait porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision contestée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. C.

Sur les moyens propres à la décision portant refus de délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit plus haut que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire doit être écarté.

8. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que le II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile procéderait à une transposition erronée de la directive dite " retour " ne peut qu'être écarté dès lors que les dispositions de l'article L.511-1 ont trait à la reconnaissance de la qualité de réfugié et n'ont pas vocation à régir la situation du requérant.

9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur le moyen propre à la décision fixant le pays de destination :

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. C. Ce moyen doit, A suite, être écarté.

Sur les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. Alors que la situation de M. C impliquait que le préfet de la Seine-Maritime adopte à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français en raison du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, le requérant ne fait pas état de circonstances humanitaires permettant de considérer que son interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois porterait une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et méconnaitrait donc les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les moyens propres à la décision portant assignation à résidence :

12. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I.- L'autorité administrative peut prendre une décision d'assignation à résidence à l'égard de l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, lorsque cet étranger : () / 5° Fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins d'un an auparavant et pour laquelle le délai pour quitter le territoire est expiré ou n'a pas été accordé ; / 6° Doit être reconduit d'office à la frontière en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une interdiction de circulation sur le territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire () ".

13. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se soit senti tenu d'assigner le requérant à résidence. Ce dernier n'établit enfin nullement que les modalités de son assignation à résidence présenteraient un caractère disproportionné eu égard à sa situation personnelle. A suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Il en est de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle du requérant.

14. Eu égard à ce qui est dit précédemment sur la légalité des décisions contestées, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté en ses diverses branches.

15. Il résulte de ce qui précède que, compte tenu des conclusions présentées et des moyens soulevés à leur soutien, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 avril 2023 A lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a notamment fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de trois mois. Il n'est pas davantage fondé à demander l'annulation de l'arrêté du même jour A lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence. A suite du rejet de ses conclusions à fin d'annulation, les conclusions du requérant à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées A voie de conséquence.

D E C I D E :

Article 1er : Monsieur C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Seyrek et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.

Le rapporteur,

V. E

La greffière,

A. LENFANTLa République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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