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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301628

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301628

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301628
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 avril 2023 et un mémoire en production de pièces enregistré le 24 avril 2023, M. B A, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation et de lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat et au bénéfice de son conseil la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu préalablement ;

- n'a pas été précédée de la saisine du collège de médecins de l'OFII ;

- méconnaît le 9°) de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- a été adoptée en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

La décision fixant son pays de destination :

- a été adoptée en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision lui interdisant le retour sur le territoire français :

- a été adoptée en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- est illégale pour être fondée sur une décision d'interdiction de retour sur le territoire français illégale ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision d'assignation à résidence :

- a été adoptée en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- méconnaît les dispositions de l'articles L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 24 avril 2023, le président du tribunal a désigné M. D comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D ;

- les observations de Me Inquimbert, pour M. A, qui reprend et développe les moyens soulevés dans la requête ;

- les observations de M. A.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian, né le 18 septembre 1997, est, selon ses dires, entré sur le territoire français le 14 septembre 2017. Il a déposé une demande d'asile le 11 janvier 2018 qui a été définitivement rejetée le 26 février 2019. Le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer le titre sollicité par arrêté du 7 mai 2019 par lequel il a également obligé M. A à quitter le territoire français. M. A, qui n'a pas exécuté l'obligation prise à son encontre, a déposé une demande d'admission au séjour le 20 février 2020 au titre du 11° et du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors applicable. Par arrêté du 19 février 2021, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer le titre sollicité et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours aux motifs que M. A pouvait disposer de soins appropriés dans son pays d'origine, que, célibataire et sans enfants, il n'établissait pas, nonobstant la présence de sa sœur, la nécessité de sa présence en France ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, qu'il ne disposait pas de son propre logement, que sa situation personnelle ne permettait pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, que sa situation ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que l'examen de son dossier ne permettait pas d'envisager une régularisation à titre exceptionnel et dérogatoire et que rien ne s'opposait à ce qu'il fût obligé de quitter le territoire français. M. A ne s'est pas conformé à cette obligation de quitter le territoire, dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal administratif de Rouen du 12 octobre 2021 puis par la cour administrative d'appel de Douai le 11 mars 2022. Le 20 avril 2023, il a fait l'objet d'un contrôle d'identité puis a été placé en retenue administrative. Par un arrêté du 20 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre les requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application des dispositions mentionnées au point précédent.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant refus d'octroi de délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français :

4. Le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été auditionné par un policier de la police aux frontières portuaire du Havre le 20 avril 2023 et spécifiquement interrogé sur son parcours migratoire, ses conditions de vie et sur le prononcé éventuel à son encontre, par l'autorité administrative, d'une mesure d'éloignement. M. A a d'ailleurs présenté des observations relatives à sa situation personnelle dans le cadre de cette audition. Par suite, c'est sans méconnaitre le principe rappelé au point précédent que le préfet de la Seine-Maritime a pu édicter les décisions en litige.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il résulte des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'étranger résidant habituellement en France ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Un tel état de santé est constaté au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'OFII. Il en résulte que dès lors qu'elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie qu'elle prévoit des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, l'autorité préfectorale doit, lorsqu'elle envisage de prendre une telle mesure à son égard, et alors même que l'intéressé n'a pas sollicité le bénéfice d'une prise en charge médicale en France, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'OFII.

7. Au cas d'espèce, il n'est pas contesté que M. A souffre d'épilepsie et de troubles psychiatriques, bénéficiant à ce titre d'un suivi au sein du pôle médico chirurgical du groupe hospitalier du Havre. Lors de sa demande d'admission au séjour, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé en novembre 2020, après examen de l'intéressé, que celui-ci pourrait voyager sans risque vers le Nigéria et y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Or, cette appréciation n'a pas été démentie par les pièces versées au dossier et il n'est pas démontré qu'un retour au Nigéria réactiverait ces pathologies. Les certificats médicaux qu'il verse aux débats, dont le plus récent remonte au mois d'octobre 2022, ne permettent pas d'établir qu'il souffre actuellement d'une pathologie nécessitant une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime n'était pas tenu de saisir pour avis le collège de médecins de l'OFII avant d'édicter la mesure d'éloignement litigieuse.

8. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, le certificat médical daté du 5 octobre 2022 produit par le requérant, qui se borne à faire état de ce que M. A est régulièrement suivi pour des troubles psychiques, depuis le 28 janvier 2018, en consultation externe dans le cadre de la permanence d'accès aux soins santé ainsi qu'à la consultation neurologique, et qu'il observe un traitement médicamenteux, ne permettent pas de retenir que l'intéressé souffre actuellement d'une pathologie nécessitant une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le préfet de la Seine-Maritime n'a dès lors pas méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en obligeant le requérant à quitter le territoire français.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

10. Au cas d'espèce, M. A, qui serait entré sur le territoire français le 14 septembre 2017, selon ses dires, se prévaut d'une part de sa relation avec sa sœur Mme A, laquelle est bénéficiaire de la protection subsidiaire et est à ce titre en possession d'un titre de séjour pluriannuel, et d'autre part de sa relation avec Mme E C, le couple étant hébergé chez un tiers. Si le requérant fait état de cette relation avec l'intéressée ainsi que du fait que Mme C serait enceinte, il n'en apporte toutefois pas la preuve. Cette relation est récente et le couple ne dispose pas de son propre logement. Les seules attestations produites sont insuffisantes pour établir la réalité de la relation de couple, dès lors qu'elles ne sont corroborées par aucune autre pièce. Si le requérant allègue être prochainement le père d'un enfant en commun avec sa compagne, il n'est toutefois produit aucun élément. En tout état de cause, cet élément n'a pas été porté à la connaissance des services de la préfecture pas plus qu'il n'a été indiqué lors de l'audition réalisée par la police aux frontières le 20 avril 2023 avec l'assistance d'un interprète en langue anglaise. Lors de cette audition, M. A déclare que sans profession, il est célibataire. L'intéressé, n'est entré en France qu'à l'âge de 19 ans après avoir toujours vécu dans son pays d'origine. Nonobstant la présence de sa sœur sur le territoire français, il ne justifie pas avoir constitué de vie familiale en France, ni être particulièrement inséré socialement et professionnellement dans la société française. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, lesquelles n'ont pas à être apprécier distinctement au regard de la vie privée et de la vie familiale, en adoptant à l'encontre de M. A l'obligation de quitter le territoire français litigieuse.

11. En dernier lieu, eu égard à ce qui précède, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant n'est pas établie.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, eu égard à ce qui est dit aux points 5 à 10 sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'exception d'illégalité soulevé à l'encontre de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (). "

14. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. A, le préfet de la Seine-Maritime a relevé que l'intéressé est démuni de tout document de voyage en cours de validité et n'ayant pas déféré aux précédentes mesures d'éloignement, et notamment celle du 19 février 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi, malgré le rejet du recours en annulation introduit contre cette dernière décision par jugement du tribunal administratif de Rouen du 12 octobre 2021. Au vu de ces éléments, le préfet de la Seine-Maritime était fondé à estimer qu'il existait un risque de fuite et, pour ce motif, à refuser d'octroyer au requérant un délai de départ volontaire. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

15. En troisième lieu, eu égard à ce qui a été indiqué précédemment et à ce qui a été exposé au point 10, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

16. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

18. Si M. A soutient que sa vie et sa liberté seraient menacées en cas de retour au Nigéria en raison de sa confession chrétienne, et de son refus de se soumettre à volonté de son père qui selon lui tenterait de l'initier aux cultes islamistes, il n'apporte toutefois au soutien de ses allégations, aucun élément de nature à justifier de leur bien-fondé. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée aurait été adoptée en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, M. A, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée la Cour nationale du droit d'asile, le 26 février 2019, n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée aurait été adoptée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pas plus qu'il n'est fondé à soutenir que celle-ci procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

19. En premier lieu, la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire au requérant n'étant pas illégale, ce dernier n'est pas fondé à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français à son encontre.

20. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ".

21. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 10 et 11 du présent jugement, le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle à l'édiction de la décision contestée. Il ressort en outre des pièces du dossier que M. A a fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement le 7 mai 2019 puis le 19 février 2021, auxquelles il n'a pas déféré, ainsi qu'il a été dit précédemment. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en adoptant la décision contestée, pas plus qu'il n'a entaché celle-ci d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

22. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français sans délai n'étant pas illégale, M. A n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision portant assignation à résidence litigieuse.

23. En deuxième lieu, pour les motifs indiqués au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

24. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".

25. L'arrêté attaqué vise et reproduit les dispositions du 1°) de l'article L. 731-1 et de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Il indique que M. A, qui est dépourvu de document de voyage en cours de validité, fait l'objet d'une mesure d'éloignement sans délai exécutoire et qu'il est nécessaire de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours afin d'effectuer les démarches consulaires en vue de mettre en œuvre son éloignement vers son pays d'origine. Cet arrêté comporte ainsi, de façon suffisamment précise, les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

26. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

27. Au cas d'espèce, l'arrêté litigieux a été adopté en vue d'exécuter une obligation de quitter le territoire français sans délai prise concomitamment à l'arrêté d'assignation à résidence litigieux. En outre, le préfet, qui rappelle dans l'arrêté que M. A est dépourvu de document de voyage en cours de validité. Au cas d'espèce, l'administration indique en défense sans être contredite, que des diligences seront accomplies dans le temps de l'assignation à résidence pour saisir les services de l'ambassade du Nigéria en vue de présenter l'intéressé à un rendez-vous pour une audition consulaire. Au regard de ces éléments, le préfet était fondé à retenir l'existence d'une perspective raisonnable d'éloignement pour fonder la mesure d'assignation à résidence litigieuse. Le moyen tiré de l'erreur de droit dans la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

28. En dernier lieu, au regard des éléments précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation, invoquée de façon générale par le requérant, n'est pas établie.

29. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 20 avril 2023. Ses conclusions à fin d'annulation doivent dès lors être rejetées de même que, par voie de conséquences, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Signé :

V. D

La greffière,

Signé :

P. HIS

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2301628

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