jeudi 26 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2301644 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en production de pièces, enregistrés le 21 avril 2023 et le 26 juillet 2023, M. C A, représenté par Me Caroline Inquimbert, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, en cas de reconnaissance du bien-fondé de la requête, de lui délivrer une carte de séjour temporaire, valable un an, dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros hors taxe à verser à la SELARL Mary et Inquimbert au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 ; ladite condamnation valant renonciation de l'avocat au versement de l'aide juridictionnelle.
M. A soutient que :
La décision de refus de séjour :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- méconnaît l'article L. 611-3-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
La décision fixant le pays de destination :
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 mars 2023.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les observations de Me Inquimbert, pour M. A.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant comorien né le 26 décembre 2004, déclare être entré à Mayotte en 2015 et en France métropolitaine le 21 juillet 2019. Il était titulaire d'un document de circulation pour ressortissant étranger mineur valable jusqu'au 3 décembre 2023. Le 17 mai 2021, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 2 mars 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur la décision portant refus de séjour:
2. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L 423-23 et L 611-1, et les articles 8 et 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont le préfet de la Seine-Maritime a fait application. Il rappelle les principales caractéristiques de la vie en France de M. C A et mentionne, notamment, sa situation personnelle et les caractéristiques de sa vie privée et familiale. Par suite, la décision litigieuse, qui n'avait pas à exposer les buts poursuivis par le préfet et qui n'avait pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet a entendu se fonder pour refuser l'admission au séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
3. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".
4. M. A fait état de sa durée de présence sur le territoire français depuis l'année 2015, d'abord à Mayotte puis en France métropolitaine depuis le mois de juillet 2019. Il fait également état de la scolarité assidue poursuivie avec l'obtention du brevet ainsi que de son baccalauréat, avec mention assez bien, mais également de la présence de sa famille sur le territoire français. Toutefois, la seule circonstance qu'il ait obtenu le brevet et le baccalauréat en France ne saurait, à elle seule, suffire à démontrer qu'il serait socialement inséré en France. De plus, il ne soutient pas ni ne démontre qu'il aurait un quelconque projet professionnel. Il est constant qu'il est célibataire et sans enfant à charge. En outre, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que ses parents ne sont pas en situation régulière en France et ont fait l'objet d'une mesure d'éloignement, que sa fratrie est mineure, et que par suite, l'ensemble de sa cellule familiale à vocation à se reconstituer hors de France. Dans ces conditions, et alors même qu'il se prévaut d'une durée de séjour de huit ans en France, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée du préfet de la Seine-Maritime aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de M. A doivent être écartés.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : / () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () ".
6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des certificats de scolarité et des attestations de diplômes, que M. A justifie résider habituellement en France, avec ses parents et sa fratrie, au moins depuis l'année 2015, au cours de laquelle il était âgé de 11 ans. Si le préfet se borne à soutenir qu'il est entré, avec ses parents, illégalement en France et qu'ils s'y sont maintenus irrégulièrement, ces éléments ne permettent pas de contester utilement la réalité de la situation du requérant. Dès lors, M. A est fondé à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français attaquée, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 2 mars 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ainsi que, par voie de conséquences, l'annulation de la décision du même jour par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
8. Aux termes de l'article L 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
9. L'exécution du présent jugement, si elle n'implique pas nécessairement qu'un titre de séjour soit délivré à M. A, implique en revanche nécessairement, conformément aux dispositions citées au point 8, que le préfet de la Seine-Maritime ou le préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé munisse l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait de nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de lui enjoindre de délivrer l'autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de lui enjoindre de prendre une nouvelle décision sur la situation de M. A dans un délai de trois mois à compter de la même date. Il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à la SELARL MARY et INQUIMBERT de la somme de 1 000 euros.
D É C I D E :
Article 1er : Les décision du 2 mars 2023 par lesquelles le préfet de la Seine-Maritime a fait obligation à M. C A de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé de délivrer à M. C A une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de prendre une nouvelle décision sur la situation de l'intéressé dans un délai de trois mois à compter de la même date.
Article 3 : L'État versera à la SELARL MARY et INQUIMBERT la somme de1 000 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Caroline Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Anne Gaillard, présidente,
M. Colin Bouvet, premier conseiller,
M. Robin Mulot, premier conseiller.
Assistés de M. Tostivint, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.
La présidente- rapporteure,
A. B
L'assesseur le plus ancien,
C. BOUVETLe greffier,
H. TOSTIVINT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2301644
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026