mardi 10 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2301660 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | LEROY Magali |
Vu la procédure suivante :
Par une requête une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 24 avril 2023 et le 31 août 2023, M. B, représenté par Me Leroy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de jugement et, dans l'attente et dans un délai de huit jours, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de lui enjoindre de procéder au règlement de cette somme dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle méconnaît le droit à une bonne administration et le droit d'être entendu, tirés de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions des articles R. 431-10 et R. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 47 du code civil ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale, principe général du droit, principe à valeur constitutionnelle et droit résultant des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle porte atteinte à la liberté fondamentale qu'il tire du droit à l'instruction ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
- elles méconnaissent le droit à une bonne administration et le droit d'être entendu, tirés de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elles n'ont pas été précédées d'une procédure contradictoire ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elles sont illégales par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elles sont entachées d'erreur de droit, dès lors qu'il remplissait les conditions pour se voir délivrer, de plein droit, un titre de séjour ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 235-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 juillet 2023 et le 6 septembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- la décision du 22 mars 2023 par laquelle M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- l'ordonnance du 4 septembre 2023 fixant la clôture de l'instruction au 15 septembre 2023 à 12h ;
- les autres pièces du dossier, notamment celles produites par M. A, enregistrées le 25 avril 2023.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,
- et les observations de Me Leroy, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Le requérant déclare être entré en France le 18 avril 2018. Ayant été regardé comme mineur, il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance à compter du 30 octobre 2018. Le 4 janvier 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 3 février 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. "
3. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. " Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. "
4. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
5. D'une part, le préfet de la Seine-Maritime a considéré, au regard en particulier des rapports émis par la cellule fraude documentaire de la direction interdépartementale de la police aux frontières (DIDPAF) du Havre le 21 octobre 2022, que le jugement supplétif et l'acte de naissance dont s'est prévalu le requérant au soutien de sa demande d'admission au séjour, concernant M. B , né le 31 décembre 2003 à Kayes (Mali), ne pouvaient pas être regardés comme authentiques et que, dès lors, l'intéressé ne justifiait pas avoir été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance avant l'âge de seize ans. Il ressort de ces rapports que les services de la DIDPAF ont estimé que le jugement supplétif n° 488 rendu par le tribunal civil de Kayes le 24 janvier 2018 était " falsifié par apposition d'un timbre humide contrefait ", relevant exclusivement, outre la circonstance que les mentions pré-imprimées de ce document ne seraient pas parfaitement alignées, que le timbre humide comprend une faute d'orthographe à l'une des lettres " e " du mot " Greffier ", orthographié " Gréffier ". Cette seule irrégularité n'est pas de nature à remettre en cause l'authenticité de ce document. Les analystes de la DIDPAF ont également estimé que l'acte de naissance n° 98 de la commue de Kayes délivré le 13 mars 2018 était " contrefait ", en relevant plusieurs irrégularités. Cependant, aucune de celles-ci, à propos desquelles le requérant apporte au demeurant des justifications circonstanciées, n'est de nature à remettre en cause l'authenticité de ce document et, à plus forte raison, la réalité des informations qui y figurent, lesquelles concordent avec celles portées sur le jugement supplétif, par transcription duquel cet acte de naissance est présumé avoir été établi. Dès lors, l'autorité administrative, qui se borne à se prévaloir des conclusions de ces analyses documentaires, n'apporte pas d'éléments suffisamment probants susceptibles de faire regarder les documents d'état civil du requérant comme irréguliers, falsifiés ou comme faisant état de faits ne correspondant pas à la réalité, s'agissant en particulier de la date de naissance, alors, au surplus, que la minorité n'a été remise en cause par aucune des autorités amenées à en tenir compte depuis son arrivée sur le territoire. Par suite, il doit être tenu pour établi que M. A a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance avant l'âge de seize ans.
6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A a été inscrit à l'institut de formation des apprentis Marcel Sauvage de Mont-Saint-Aignan du 14 septembre 2020 au 30 juin 2022, pour la préparation d'un certificat d'aptitude professionnelle " équipier polyvalent du commerce ". Il a conclu un contrat d'apprentissage à compter du 13 juillet 2020 avec la SARL ALM DISTRI, qui exploite un commerce d'alimentation générale sous l'enseigne Carrefour. Il justifie de bons résultats au cours de cette formation et de l'obtention de son diplôme le 13 octobre 2022. Par ailleurs, les notes sociales établies par l'institut départemental de l'enfance, de la famille et du handicap pour l'insertion (IDEFHI), le 19 novembre 2021 et le 22 mars 2022, font état de sa motivation, de la satisfaction qu'il a donné à son maître d'apprentissage, de son autonomie matérielle et, de manière générale, de ses bonnes perspectives d'insertion professionnelle. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait entretenu des liens d'une intensité particulière avec sa famille restée dans son pays d'origine. Par suite, M. A est fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Maritime a méconnu les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ayant refusé de lui délivrer un titre de séjour sur ce fondement.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision, contenue dans l'arrêté du 3 février 2023, par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour et, par voie de conséquence, des décisions, contenues dans le même arrêté, portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. L'annulation de l'arrêté attaqué, eu égard aux motifs qui la fondent, implique nécessairement que le préfet territorialement compétent délivre à M. A une carte de séjour temporaire, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. D'une part, dès lors que M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Leroy, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Leroy de la somme de 1 000 euros.
10. D'autre part, en revanche, dès lors que les dispositions de l'article L. 911-9 du code de justice administrative permettent à la partie gagnante, en cas d'inexécution d'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée, d'obtenir du comptable public assignataire le paiement de la somme que l'Etat est condamné à lui verser à défaut d'ordonnancement dans le délai prescrit, il n'y a pas lieu, à ce stade, de faire droit à une demande tendant à ce que le juge prenne des mesures pour assurer l'exécution de cette décision. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de M. A tendant à ce qu'il soit enjoint à l'Etat de procéder, dans un délai déterminé et sous astreinte, au paiement de la somme mise à sa charge sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 3 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Leroy la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Leroy renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Magali Leroy et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
M. Deflinne, premier conseiller,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.
Le rapporteur,
A. LE VAILLANT
Le président,
P. MINNELe greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026